‹ Louis XVI et sa courChapitre 18 sur 172 · CHAPITRE PREMIER. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. il

Turgot poursuivait le grand travail de ses réformes, sans s'arrêter aux obstacles qui encombraient son chemin; caries intérêts blessés formaient une ligue déjà forte et allaienl devenir d’ardentes passions. On s’agitait autour de lui. 11 avait supprimé des emplois, il avait tari la source de beaucoup de profits (i), et on savait sa ferme résolution de poursuivre; mille gens menacés se mettaient en garde, et se plaignaient à grand bruit. Les enthousiastes de sa doctrine, qu’il associait trop à ses travaux, allaient colportera l’avance l’annonce de ses projets, ou les chimères qu’ils pouvaient y mêler. L’esprit tranchant et absolu de la secte n’était pas propre à aplanir la route aux innovations. Turgot sentait bien qu’un peu de ridicule s’attachait à ses amis, qu’on appelait les frères de la doctrine économique , et qu’il en pouvait rejaillir quelque chose sur sa position : aussi voit-on qu’il cherche à les écarter avec ménagement. « La vérité, disait-il, n’est pas si facile à atteindre qu’on y puisse aller en t roupe f»)/ » « Ils avaient, a-t-on dit, la folie de parler

« qui , disait-il , se Faisait un jeu de conduire les parlements. »

. (!) Turgot supprima les charges de quatre intendants du commerce , du banquier «le la cour, et combattit l’abus des croupes, qui profitait à beaucoup de gens.

(2) L’esprit de Turgot, applique à tant de travaux graves, avait aussi de l’agrément et de l’originalité. Ou cite de lui des traits comme ceux-ci ? h II ne faut point se fâcher contre les choses, car cela ne leur fuit rien du tout : » mot profond et spirituel qu’on dirait de Montesquieu. Ailleurs, Turgot parle de « ces gens qui veulent laisser aller le monde, parce qu’il va fort bien p»ur eux ; et qui , ayant leur

en prophètes , quand ils avaient le mérite de penser en bons citoyens (i). »

Un des projets que préparait le ministre donnait surtout l’cveil à de nombreux intérêts : c’était l’édit

lit bien fait, ne veulent pas qu’on le remue. » ( Mém . de Morellet , t. I, p. 195.) Il composa un opuscule piquant contre la Sorbonne, sous ce titre : * Leu trente-sept t'éritês opposées aux trente-sept Erreurs contenues dans le /lélisaire de M. Marmontel , censuré par la Sorbonne. <■ Turgot, bon théologien, se jouait parfois de la Sorbonne, » dit Marmontel. [Mém., t. Il, p. 31.)

Turgot lit de même contre le parlement, le petit poëmc satirique de Michel et Michaut, qui courut sous le nom de Voltaire. Ses biographes citent encore une pièce dans laquelle il exprima la plus l'ortc indignation du traité d’alliance avec l’ Autriche, conclu, en 1756 , par l’abbé de Bernis et madame de I’ompadour -

« Vingt traités achetés par deux siècles de guerre ,

• Sans pudeur, sans motif, en un instant rompus, etc. •

Turgot, qui possédait presque toutes les langues de l'Europe et traduisit divers ouvrages de l’anglais, de l’allemond et de l'italien, fut le premier qui Itasarda en français la tentative des vers blancs. Il y avait une petite place pour les chimères dans ce grand et noble esprit

(I) « Il ne manquait plus à messieurs les économistes que d’avoir « un chef, une espèce de saint , digne de la dévotion religieuse de « leurs conventiculcs moraves. C’est M. François Qucsnav, mort Je « 16 octobre 17 74, qui leur a paru propre à remplir ce rang su- « blime; et c’est le 30 du même mois que la canonisation a été cé- « lébrée dans un discours prononcé devant l'assemblée de ses disci- « pies par M. le marquis de Mirabeau... Le capucin le plus exalté, t « ce fou de Bohm , qui remplit , il y a quelques années, l’Allemagne « de ses visions gnostiques, n'eüt pas écrit d’un autre ton l’éloge de i « Qursnay . « Socrate , dit-il, a fait descendre du ciel la morale ; notre « maître la lit germer de la terre. La morale du eiel ne rassasie » que les âmes privilégiées, celle du produit net procure la subsis- « tance aux enfanlsdcs hommes. » ( Corr.de Grimm,\. VIH , p. 462 )

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