‹ Louis XVI et sa courChapitre 20 sur 172 · CHAPITRE. PREMIER. 4f · texte numérisé non relu

CHAPITRE. PREMIER. 4f

celle crise, par ses divers collègues : il soupçonna même Sartine et le lieutenant de police Lcnoir de favoriser le complot; et il ne balança pas à renvoyer le dernier. La conduite du parlement lui fut ouvertement hostile; ce corps fit à peu près cause commune avec l’émeute, et il fallut un lit de justice pour le réduire au silence (i). Le contrôleur général , muni de pleins pouvoirs du roi , mit les troupes à la poursuite des fuyards. Au bout de quelques jours le calme fut rétabli.

La source de ces désordres reste difficile à pénétrer. A bien des mouvements du même genre, il n’y a point à chercher d’autre origine que la turbulence naturelle et les terreurs paniques des basses classes , ou d'obcsures manœuvres de l’intérêt privé. Mais l’émeute qui traversa Turgot prend, dans tous les témoignages contemporains, le caractère d’une machination politique ( 2 ). 11 y avait dans cette fermentation un plan des mieux concertés; c’était le coup d’un ennemi puissant. Main-

(1) Le parlement prit des arrêtés contre le système de la liberté du commerce des grains, et demanda , comme les perturbateurs , une réduction dans Je prix du paiu. Le roi écrivit au parlement qu'il « avait découvert en partie les sources de la fermentation, qu’il « comptait être bientôt instruit de toute la machination, et qu'il ne « voulait pas que l’activité mal éclairée du parlement traversât scs * vues. »

(2) « La marche des brigands semble être combinée , disait le garde des sceaux devant le parlement ; leurs approches sont annoncées; des bruits publics indiquent le jour, l’heure, les lieux où ils doivent commettre leurs violences. » « Ou trouva sur ces pillards de

tenant quelle était la main cachée qui faisait mouvoir ces attroupements? Rien ne fut éclairci à cet égard.

I^a diversité des soupçons prouverait le vague et l’incertitude de l’accusation; chaque parti, chaque passion eut la sienne : on imputa ces troubles aux Anglais, au duc de Choiseul, aux anciens fournisseurs des blés. Turgot et son entourage en accusèrent tout haut le prince de Conti et les parlementaires. Mais il était plus difficile d’apporter des preuves que d’élever des soupçons , accrédités même par la vraisemblance , et des preuves patentes manquèrent à Turgot ; son crédit en souffrit un peu auprès de Louis XVI (f), et aussi pCüt-être des perplexités de conscience qui avaient agité le roi pendant la crise : v N’avons-nous rien à nous reprocher , disait-il , dans les mesures que nous prenons? » La popularité de Turgot en resta également ébranlée; dès la première année de son ministère, il lui avait fallu Cecourir à la force , au risque de se montrer rigoureux , comme un ministre endurci au gouvernement. Il mit

l'or et de l’argent : leur marche était si bien réglée, que leur projet ultérieur parut être d'aflamer Paris , sans doute pour y opérer des soulèvements. Sous ce point de vue, le mouvement fut bien dirigé comme opération insurrectionnelle, et dans les meilleurs principes de l'art militaire. L'insurrection était soumise à une telle régularité, qu 'après les premières tentatives , le plan fut deviué, et dès le troisième jour ils furent prévenus parles troupes partout où ils se présentèrent. » (Mm. du chev. de Turgot, frère du ministre. Voir l'éloge de Turgot par Condorcet, et la Notice de Dupont de Nemours.)

(t) Vêm. de Marmontet, t. II, p. 203.

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