TOMBI
Mon cmbr Ain,
Vmis voulez que je vorns dise mes imptessiom, «nés sentiments, sur l'histoire de Louis XVII, dont M. de BeaudfaeMe pnUie une nouTelle édition, et que je viens de lire let de relire «vec un si profond intérêt. Je n'ai Tmiment qii'uwe chose a dire de ce livre, c'est qu'il «e^t admiriible. Je n'ai peutré^e jamais rkm iu dans ma vie qui m'oit si profonde'» ment ému , -et aussi «ériemement éclairé.
Ce qui fait l'extraordinaire intérêt de ce livre, c'est 4pi-ii n'est pas, comme tant d'autres, l'histoire des faits vulgaires, il est surtout l'histoire des âmes : des âmes qui ont le plus souff^ pendant la Révolution française, et de celles aussi qui ont le plus (ait souflîîr. — Aiissi aî«^e trouvé dans celte étude un charme étrange et douloureux, qui m'a feit en même temps, et par un entrafneinent in voloa taire, j<4ar un coup d'oeil sur toute la Aévohition française» et sonder plus à fond que je ne l'avais encore fait cette formidable époque.
Mon Dieu ! ces sentiments , ces impressions , tout cela est encore chec moi bien indéfini.
Gela néanmoins y est si profond , sî spontané , sri irrésistible, que je n'ai aucun doute sur la Vérîlé de ce que je sens«
Ce qui rejaillit de là, ééloire et émeut tellement mon ijoc dans tontes ses puissances, et jasqu'cfti ses dernières profondeurs, et me vient si directement des âmes que je rencontre lèt, dans cette histoire et dans l'étude attentive de cette révolution, qu'il n'y a pas d'illusion possible.
C*est bien la réalité des choses qui est là sous mes yeux : ce sont les âmes elles-mêmes ! Les âmes ! quand on les voit, on ne s'y trompe pas.
Et d'abord, entendez bien, mon ami, que dans l'histoire comme en toute chose, il n'y a que les âmes qui m'intéressent.
Les faits, les événements vulgaires, les émeutes, les batailles, les victoires, les défaites, les traités, tout cela, il faut le savoir ; mais tout cela sans l'histoire des âmes est peu de chose.
11 n'y a réellement que Thistoire des âmes qui touche , qui illumine.
Mais si cela est vrai , en tout temps et de toute histoire , fut-il jamais rien de plus grand et de plus important que l'étude des âmes pendant cette prodigieuse Révolution française? rien de plus nécessaire que de regai^er de près, et de savoir ce que fut l'homme en une telle révolution? C'est ce que j'ai essayé de faire.
Non pas que je puisse donner un long temps à cette étude; mais si ce n'est pas ce dont je m'occupe beaucoup, c'est , je le puis dire, ce dont je suis constamment occupé. J'y donné simplement une demi-heure chaque jour, ni plus ni moins; mais cette demi- heure se prolonge par je ne sais quel retentissement dans mon ame, et jette pour ainsi dire en toute ma vie une préoccupation dont elle est remplie.
Mais, vous l'avez bien compris, et il est inutile de vous le répéter, mon ami, ce n'est pas l'histoire de la Révolution et des faits révolutionnaires qui m'a ainsi soudainement saisi et dompté, bon gré mal gré, dans des sentiments et des pensées irrésistibles, au milieu même de mes grands travaux et de tout l'entrainement des affaires ;
Non , tous ces faits de la Révolution, je les savais ; mais les âmes, ah! je ne les avais pas assez considérées.
Ce n'est pas que j'eusse été jamais indifférent ; mais le teni])S m'avait manqué pour aller jusqu'au fond : il faut ep
effet, pour cela, lire tant de livres, douteux souvent et contradictoires, aller aux sources, là où est la vraie, l'intime hisr toire; et ici les sources sont si diverses et encore si troublées! A tort ou à raison, je n'en avais pas fait mon affaire, et je laissais au temps le soin d'apporter ici la lumière et la justice.
J'ai lu M. de Beauchesne, et grâce aux recherches étonnantes qu'il a faites, aux sources qu'il a découvertes, aux détails qu'il a donnés, j'ai vu le fond des choses; j*ai rencontré là les âmes , dans la vérité de leurs crimes ou de leurs vertus, et une entre autres, qui m'a forcé à regarder toutes les autres :
C'est l'âme de Marie-Antoinette.
Rencontre, je le dirai, inattendue. Je ne croyais pas sans doute aux indignités , aux calomnies dont on a voulu flétrir sa mémoire ; mais je ne m'en occupais point. Aujourd'hui j'en suis saisi ; et pour moi la lumière est faite et la justice aussi, grâce à ce beau livre de M. de Beauchesne et à toutes les sources où il m'a fait puiser, à tout ce qu'il m'a fait lire'. Je suis violemment, profondément éclairé. J'ai trouvé enfin l'histoire des âmes pendant la Révolution française; et, comme je vous l'ai dit, l'histoire des âmes qui ont le plus souffert et de celles qui ont fait le plus souffrir ;
L'histoire des âmes héroïques et des âmes scélérates.
Je suis plongé dans l'admiration et la douleur, et je bénis Dieu qui ne m'a pas laissé mourir avant de m'avoir fait sentir sur toutes ces choses ce que je devais sentir.
Je me sens heureux, quoique triste, de n'avoir pas à apprendre dans une vie meilleure , dans l'autre vie , ce que je devais ici-bas d'horreur à de tels crimes , de respect et de compassion à de tels malheurs.
Jamais rien ne s'est emparé de moi à ce degré ; et en efïet,
1 Ce que j*ai lu, entre autres livres, et conseille particulièrement de lire, c*est la Cot-retpondance du comte de Mirabeau avec le comte de La Marck, précédée d*une très-importante Introduction par M. de Bacour; V Histoire du tribunal révolutionnaire , par M. Campardon; et V Histoire des journaux pen^ dant la Révolution,
jamaÎB dans aucuoe histoire, coomifi dans odla da oette iMaiag[iaable révolution» les âmes R*oiit pins édalé, daaa toute leur puissanea, «t avec de plus graoda contraates» daa^ le bien et la mal entrémes.
Toutes ces âmes, on les voit, oo les sait daaa ce livre» de près, dans tout le détail; les boiirreami, par exemple : on sait leur commencemeaft, lamr fin; d'un traita d'un mol quai» quefoisy d'une note rapide» ils nous sont montkréa^ révélés tout entiers^ Tout œla est d'une lualièra axtraordiaaîre» pénétrante» déciaive. Rian n'est oublié : Les noms» prénoms, date de naissance» état» métier, antécédents; leur adresse, nom et numéro de rue; ksir éariture, quand ils savaient éorire, lîear ortho|praphe». dans las aotes les plu» sotennek et quelquafois les plus féreces'; leurs plaisanteries» leurs ricanements, leur odîeuK et biirlesqite élalage da vertu.
Et en regard les victimes, dans toiile la vérité de leurs sentiments les plus intimes; leuv attitude» dans hors sauf» frances les phm inconmies» révélée par les bourreaux eux* mêmes ; ces mots éckappés da leur «ma » ai de*t Dieu seul et les murs de leur prison semUaîant devoir garder le secret ; leur longue patieace» leua canrage tranquitta» leur résigu»* tion infinie dons les dernôcrs des maux.
Et toutes ces ftmes, dans ce Uvre» sent graupées avec un art merveillm autour d'un enSmà.
Oui » l'art est là, et il y estt tris»gpami , l'art le plus simple et le plus profend.
L'histoire de cet enfant oeomience avec la Révolution française : La joie de sa naissance est bientèl obsevrcie et eouiverte por ces images menaçants qui s'élèvenl tout à coup à l'horizon ; Marie-Antoinette ewtnrvoit dès lers cet aflEreox faeoninf^ dont à quatorze ans et demi, mettant le pied sur le sol de la France , au milieu des fêtes de son arrivée » elle avait eu l'étrange pressentiment. Soua la pimne et dans le récit de M. de Beauchesne , tous les événements révolutionnaires, tous les principaux personnages se rattachent
■atoreUement au récit de la courte et kunentable vie de 1 enfant;
On voit d'abord : l'Asseoriilée des noiafalcs ; puis bientél les ïïats généraux; le:Sei ■auiittdu.jeu de paume;le 14 juillet; les S et 6 octobre-; le voyage de VarennW; le 20 juin; le 10 aoftt; les Massacres de septembre ;
Le 21 janvier;
Le 16 octobre y 9S, mort de la Beîiie;.
Le 9 mai ,. 94 , mort de Madame ^isidbeCb ;
Et enfin le 10 jum;, 95, le jeune et trop attendrissant héros du livre meurt lui-même , triste et doaloureuse fleur easportée la demièveot fbolés anr pieds dans la tempête^
Ainsi , dans ce livre v rhiatoire et la biographie vont con^ stamment ensemble. L'éducation du jeune prince se fiiit : tondiants détails; on voit là une nature d'enfant Ycaiment admirable, noble, s il en lut jamais, exquise, royale; puis, les catastrophes se précipitent : son esprit, son cœnr, s*y revêtent; Il s'^panoint là, comme nn lys qui croit au milieu des ^nes et que la fondre menace. On rencontre près de lui sans cesse tous les grands ftâts, et en même temps les grandes victimes dé la Révolution. Ce qu'il en ccm^rend, ce qu'il en dit, dans sa nalwéké d'en£uit, saisit et déchÎK le coeur. Tous les détails de Timmolation sont là^ vrais , intimes, palpitants ) et iis font of^Nrécier, dans la vérité la plus vivante , les crimes de ce temps et la grossière atrocité des boorreaux qui se disputent pendant cinq années le boivheur d'insulter les victimes.
Dn resie, les redierdies les plus eonscienrienses, auic sources tes fias sftres et les plus curieuses, ont jMrésidé à ce tmvasl : M. de Beauchesne a eu tout en. main et a tout fouillé ; toutes les archives de l'Empire; tonâ ce qui reste de b Convention, de la Comninne; tons les dossiers du Tribujrai révotutionnatre, tous les prooès^verbaux du Temple : it a vn , connu , entretenu, (ont œ qui snrvivaU des actenrs du temps : les gar«Kens du Temple, oenx^lè même qm re-
curent les derniers soupirs de l'enfant, les commissaires de la Commune , et jusqu'à trois femmes , amies intimes de la veuve Simon elle-même, laquelle ne mourut qu'en 1819, aux Incurables, où la Restauration l'avait recueillie. L'auteur a tout vu, tout interrogé, tout découvert. Il a consacre sa vie entière à faire ce livre ; et ce livre montre à quoi on arrive avec une telle persévérance, et, je puis le dire, avec un esprit, avec une ài|ie si noblement passionnée. On arrive à faire un chef-d'œuvre, car ce livre en est un, une histoire plus illuminante en deux volumes que d'autres en vingt ou trente volumes.
A cette science étendue, profonde, complète, l'auteur joint deux autres choses nécessaires à un livre de premier ordre : l'àme et le style.
L'àme, dis-je : une délicatesse extrême d'esprit, de cœur, d'appréciation , une élévation morale et religieuse , une sensibilité exquise , et aussi une pénétration, des jugements sur les hommes et sur les temps, des âmes, avec des traits que Tacite ne désavouerait pas. Pour moi, je n'hésite pas à voir dans ce livre l'esprit d'un grand historien.
Du reste, une impartialité, une sérénité constante. Jamais de colère; le sentiment profond des choses, contenu, mo-^ déré, exempt d'emphase et de déclamation, mais empreint d'une tristesse venue des profondeurs de l'àme.
En lisant ce livre, on est saisi : on ne peut se défendre; on pleure, on pousse des cris ; quelquefois on n'a plus le courage de continuer. Pour moi, il y avait des jours où, quand venait l'heure de ma lecture, me souvenant du point où j'en étais resté la veille, je me disais : Je ne continuerai pas aujourd'hui, je ne m'en sens pas la force; et j'employais ma demi-heure à lire autre chose.
Ce qui touche d'ailleurs dans ce livre, ce ne sont pas seulement les grands malheurs et les grands dévouements, je veux dire les dévouements légitimes et attendus; mais aussi les larmes arrachées, les haines vaincues, les tigres domp-
tés y les révolutionnaires attendris et subjugués par la douceur, la vertu , la majesté des victimes.
Mais ce qui fait plus que toucher, ce qui instruit, ce qui est le grand et terrible enseignement de cette histoire, ce qui jette une lumière sombre sur toute cette révolution, et Téclaire dans ses profondeurs, c'est de voir de près T espèce d'hommes par qui elle s'est faite, et par qui on l'a laissé faire : voilà ce qui est utile à étudier, à méditer; car ces hommes, on peut les rencontrer encore, ces natures violentes et puissantes, ces êtres dont l'exaltation de l'esprit, se rencontrant chez eux avec la perversité du cœur, avait fait des monstres, prêts à toute audace, à tout crime, à toute victoire.
Ce qui fait, je le répète, mon ami, le prodigieux intérêt de ce livre, c'est le contraste perpétuel de ces âmes héroïques et de ces âmes scélérates, sans cesse en présence, et les unes et les autres allant dans leurs voies jusqu'aux dernières limites.
Gela est unique à ce degré, et avec un tel détail, dans les annales de l'humanité.
Il y a eu deux sortes de monstres pendant la révolution. Les uns, absolument tels, de tout point : par exemple Gbaumette, Hébert, Marut, Carrier; gens perdus de dettes, de vols, ou natures sanguinaires et froidement atroces, avant même que la Révolution eût éclaté. Ce sont les plus hideux.
Les autres , avant de se révéler, avaient , au dehors , une vie ordinaire, exerçant chacun leur métier, d'une manière plus ou moins irréprochable, mais ayant au cœur des passions basses, encore inconnues, auxquelles l'occasion donna promptement carrière; Robespierre, Pétion, Fouquier-Tinville, Simon lui-même, furent de ceux-là. Sans la révolution, Robespierre et Pétion auraient été probablement, l'un à Ârras , l'autre à Chartres , des avocats plus ou moins diserts et vulgaires, mais pleins de ces envies sourdes et de ce fiel caché qui s'épanchaient dans des petits vers de société e£
dans des haines de provînoe plus ou motos vmiimeuses. Fouquier-Tinville eût été un procnreiir comme un autre. Simon laii-méme eût fait on eondoniiicr suffisant, grossier et ridicule, se laissant méuie patiemment chansonner par les petites filles du ipsartier.
La révolution mettant en ébvUition et faisant éclater ce ^ couTait an fond de ces âmes, en fit des monstnea.
Il faut aasunément placer dans une antre catégorie, certaines natures, plus généreuses , Traimoit distinguées, mais ^nes, présomptueuses, livrées à des ambitions démesurées, à de grandes visées politiques folles et fiiusses, et en même temps sans conscience ferme, sans vrai courage, tels que Vergniaud et ses amis , et arrivant , par faiblesse de carac* tère, aux grands crimes et aux grandes làcbetés.
Je dois dire aussi que j*ai trouvé une satisCaction particu«lière à voir dans ce livre la place faite aux prêtres apostats : cpû ne sait le rèle détestable, à jamais ignominieux, qu'ils jouèrent pendant la révolution? Je ne veux pas parler ici de ces prêtres, égarés phis encore que pervertis , sorte d'imbéciles vaniteux, ayant substitue à l'esprit de leur état, qu'ils n'avaient jamais eu, un esprit qu'ils ne devaient pas avoir, et qu'ils ne comprenaient même pas; chercbaiit des conciliations imposables entre leur caractère et des oravres révo-lutionnaires; voulant être acteurs là où ils ne {jonvaient avoir aucun rèle :
Je parle de ceux qui se sont jetés tout d'abord et iiésolument dans le désordre : mauvais prêtres à <{ui lenrs dev<Hrs pesaient depais longtemps déjà, qui en secouaient le joug dans le secret, et qui, appartenant à des ordres rdigieux ou on clergé des paroisses, ont saisi l'occasion séftjiU par la révolution pour jeter le masque. Il est curieux de voir comment dans le crime et Tignomimie Ms ne furent surpassés par personne, et quelle lutte ils avaient à soutenir im plus que les autres contre le mépris de leurs complices ens-mniea, et celui de leur propre conscience. Il est remarquable aussi
à quel degré leurs collègues se plaisaient à leur rendre jus-* lice, et leur réservaient » comoie aux plus dignes , les plus viles missions; témoins le fameux J.oseph Lebon et le capucin Gliabot; et encore .ce qui arriva, lorsqu'il s'agit à la Comimine de Paris de désigner deux membres pour accom«* pagner le Roi à Téchafaud : Hébert (le père Duchéne) eut bien garde d'en charger d'autres que deux prêtres apostats qui étaient là> Jacques Roux et Claude Bernard, ancien auoàônier de la Pitié.
J'eutend$ dire quelquefois que quelques-uns de ces scélérats eurent des vertus; que celui-ci eut tel jour un bon moi»vement; que tel autre, après avoir fait guillotiner vingt-cinq victimes, s'attendrit et s'arrêta à la vingt-sixième; que tel autre venait de sa marier et aimait sa femme. Eh mon Dieul je ne dis pas le contraire. Il n'y a pas d'être tellement envahi par le mal que rien en lui n'y échappe. L'ij^ène caresse ses petits. Mais quand il s'agit de l'histoire et de la minrale éternelle des âmes, c'est autrement qu'il faut juger les grands crimes et les grands coupables. Que me font des attendrissements qui n'empêchent pas d'être un seélérat?
En regard de toutes ces âmes » dont la scélératesse oppresse et révolte 9 et que M. de Beaudiesiie nous montre sur les théâtres divers de leur actio»y dans les dubs et les assemblées révoliAtionnaires, à la Législative et à la Gouf* vtntion, au Comité de salut public, au tribunal révolution* Bttire, à la Communa de Paris, an Temple; en regard, on rsBConlre perpétui^ment le spectacle consolant et déchi*^ ia«t dea âmes héroïques dans le bie», dans le malheur, les victimes, obscures ou illustres, de ces grands holoeaustes, toutes sublimes dans leur simplicité et leur grandeur : Thistaune de Louis XVil nous les montre successivement à VersaîUes^ à Paris „ aux Tuileries, au Temple, puis sur l'échaf* Giod , à Ift plaoe de hi Conccurde et à ki barrière èm Trèoe. Partout l'émotioDy la pitié, i» sympaAhie, l'ÎAdignation qui Ita aorampagneB* saisissent Pâme dans ses. ptofondcurs ;
mais ce sont surtout les royales yictimes qui appellent sur elles toutes les. larmes et tous les respects.
Il y eut là, alors, sur ce trône de France, et dans cette vieille famille royale, un groupe d*âmes choisies, dirait-on, comme pour une grande expiation de la France... Âh! ce que les Français ont alors fait là est horrible !
On dirait que Dieu leur avait donné le plus doux , le plus honnête des rois , le plus aimable , le plus noble caractère de reine qui fut jamais, a6n que le crime dépassât toute mesulre.
Les Français voulaient une réforme, des changements, des améliorations nécessaires : Dieu leur donna, pour les accomplir, un Roi , le plus désireux du bien qui fut jamais ! Une bienveillance, une abnégation, un désintéressetnent de lui-même, une défiance, hélas! trop grande de ses lumières, une innocence de mœurs, une vertu, une simplicité, une bo|fté extraordinaires! La réforme des abus, nul ne la voulait plus que lui. C'était le Roi le mieux fait pour accomplir une révolution honnête.
Ils l'ont tué!
Âh! sans doute, il eut un défaut, un seul, mais qui causa tous ses malheurs : il fut faible ! Et par là , c'est lui qui fut la grande cause de ce qui arriva. Il ne sut pas assez que la justice et la fermeté ne sont pas moins que la bonté les vertus d'un Roi. Il iîit bon, comme le dit Bossuet, jusqu'à être obligé de s'en repentir. Mais lui ne s'en repentit jamais ; jusqu'à la fin il refusa de laisser couler une goutte de sang pour sa querelle : jusque sur l'échafaud , il ne sut que compatir aux maux de ses peuples , en proclamant son innocence et son amour pour eux.
Ils l'ont tué.
Faible, et cependant courageux, d'une sérénité que rien ne troublait , impassible dans le danger , héros même ; comme au 20 juin, quand il prononça cette parole : « Tiens, grenadier, mets ta main sur mon cœur, et dis à cet homme s'il bat plus fort qu'à l'ordinaire ! » Mais il n'avait que
rhéroïsme passif, l'héroïsme de l'expiation et du martyre.
Et on voit encore à Saint-Germain un exemplaire du plaidoyer de M. de Sèze, que Marie- Antoinette voulut lire, et sur lequel, dans sa religieuse douleur, elle ne sut écrire que ces paroles mystérieuses de l'évangile de saint Jean : Expedù unum hominem mort pro populo.
Mais elle aussi devait mourir pour ce peuple et expier !
Une des plus nobles , des plus grandes natures de femme et de reine qu'on ait jamais rencontrées dans l'histoire, voilà Marie-Antoinette ; les trois traits distinctifs de toute grande nature : la force de l'intelligence , la bonté du cœur, l'énergie du caractère, tout y était, et dans une harmonie étonnante. Aussi lorsque le tourbillon de cette terrible révolution vint la saisir, alors tout à coup quelle révélation de cette nature! Quelle &me, quel esprit, et toujours quel cœur ! Quel coup d'œil , quel discernement et quelle fermeté de jugement! Quelle noblesse d'âme, et toujours quelle impartialité , quelle générosité pour la nation française ! Quelle élévation au-dessus des préjugés de la cour, de l'émigration , au-dessus des ressentiments et des injures ! Quel respect du Roi! quel soin de le faire valoir, et, dans les suprêmes périls, dans ces horribles journées des 5 et 6 octobre, du 20 juin, du 10 août, à Varennes, au Temple, quel caractère ! quel courage ! quel dévouement ! Dévouée jusqu'à la mort, toujours prête à mourir pour ceux qu'elle aime! Obstinée à ne pas vouloir être sauvée seule, à vouloir demeurer toujours à son poste, au poste du péril, près de son mari et de ses enfants! Cela est sans cesse sublime, héroïque, déchirant, illuminant! Je n'ai jamais rien lu dans ma vie qui m'ait fait une plus extraordinaire impression. Et ce qui ajoute à l'émotion quand on lit cette histoire, c'est qu'aujourd'hui le voile qui couvrait alors l'avenir est levé. On sait quel fut définitivement le sort de cette Reine. A chaque moment on voudrait la sauver, on l'espère; et tout à coup on s'arrête avec désespoir, songeant quelle fut sa
destinëe, et le sort de tous les êtres qui lui furent chers!
Ils l'ont tuée !
Et avant de la tuer, ils lui ont prodigué tous les outrages : les ingratitudes, les injustice^, les calomnies dépassent tout. tl y eut là, dans ce Temple, je dirai presque sur cet Autel de la Royauté irançaise immolée, il y eut là, pendant deux ans, pour la dignité de cette Reine si noble, pour le ca?nr de cette mère si tendre, une agonie d*àme et un martyre indicible ! Mais , chose remarquable , h travers tout cela , la Reine, la Femme ne fléchit jamais : quand il n'est question que d*clle, jamais elle ne descend à une prière! mais quand il est question de son mari et de ses enfants , cette grande et fière nature se brise, elle s'abaisse jusqu'à la supplication ; et surtout pour ses enfants, pour eux, h l'instant même, on voit tout à coup, rien n'est plus saisissant, la Reine faire place à la mère , et la mère a des accents , pousse des cris à remuer toutes les entrailles. On le peut dire : elle a péri pour ses enfants. Trois fois elle eût pu se sauver, si elle eût consenti à s'en séparer un seul moment : elle ne le voulut jamais.
Et puis, avec ce père, avec cette mère, il y avait donc là deux enfants, une jeune fille, la seule des victimes qui soit entrée au Temple et qui en soit sortie vivante, afin que son martyre se prolongeât à travers tous les exils et toutes les douleurs : celle-là même, dont les infortunes sont montées si haut, qu'elles sont devenues, dit M. de Chateaubriand, une des grandeurs de la France; et puis cet enfant, ce Dauphin , ce Louis XVII , dont le nom , l'apparition dans ce livre si bien rattachée à toute cette histoire, repose d'abord de toutes les douleurs et de toutes les tristes scènes, et puis bientôt devient la douleur des douleurs, le crime des crimes , la victime incompréhensible : celui-là , ils ne l'ont pas tué sur un échafaud : ils ont tout fait pour le dépraver, l'avilir, l'anéantir.
Et puis, cette sainte, cet ange, cette Madame Élisiobelh,
ù douce, si pure, si fidèle, si héroïque aussi, prête à mourir à toute heure pour son frère , pour sa sceur , pour ses pan- Très euftiats d'adoption ; et qui , dans son humble magnanimité , fit à ceux qui l'osaient juger cette réponse : « Je suis Ifarîe-Élisabeth de France, tante de Totre Roi! • montrant ainsi que la vertu chrélieiuie n'abaissait pas la dignité dans ces «mes royales.
Ceile-tà aussi, ils l'ont tuée !
Et toujours, avec des détails, des tortures, des prolotigations , des raffinements, des grossièretés, des barbaries , des vengeances qui ne s'imaginent pas.
L'innocenoe, la bonté hmnaine, la vertu, ne pouvaient pas aller au delà, non pins que le orime et la scélératesse. Mais quelles leçons! quelles lumières jaillissent de là sur toutes choses ! Sur les âmes en particulier , car c'est là , je le répète, ce qu'il £mt cherdber avant tout ici, l'histoire, la révélation des âmes. 8*11 est vrai, mon ami , qu'il n'y a que les âmes qui éclairent , cela est vrai surtout dans cet épou* vantable drame de la Révolution française.
Pour moi , et je ne saurais rien dire de plus, cette histoire est ce que je connais des choses humaines qui m'a fiait le plus comprendre la Passion de Notre^Seignenr, ou du moins m'a le plus éclairé sur cette Passion, et la Passion de Notre* Seigneur seule m'a fait pénétrer cette histoire.
Jamais je n'ai mieux compris le Juste aux prises avec l'adversité, avec l'injustice, l'ingratitude, les bassesses humaines : l'agonie du cœur, le crucifiement sons les yeux de tout un peuple, les liaines, les envies, les lâchetés; le peuple, les juges , les scribes, les mauvais prêtres, les oonr* tisans, les amis.
Non, depub la Passion, dans aucune histoire des crimes et des malhefirs des hommes, je ne connais rien de comparable, ou du moins Thisloire ne nous a rien conservé de pareil. Le crucifix seul es^plique ta«t ici, et ceci m'aide à comprendre le crucifix.
La voie parcourue par ces êtres , si singuliers dans leur innocence et si étrangement dévoués, si mystérieusement choisis pour l'holocauste, cette voie est telle qu'on ne se lasse pas de la parcourir après eux : on interroge chaque lieu, chaque heure, chaque pas; on s'arrête, on frémit, on se surprend des sanglots , mais on ne se rend compte qu'avec peine du fond d*horreurqui est là. Jamais des âmes humaines n*ont été plus broyées sous l'effort de plus cruelles tortures.
Le père, la mère, la 611e, l'enFant, la sœur, et l'amie, cette infortunée princesse de Lamballe!... ce qu'ils ont souffert, c'est quelque chose qui dépasse tout ce qu'on connaît, tout ce qui est jamais tombé .de douleurs dans des cœurs mortels !
Mais ce qu'il y a de plus difficile à comprendre pour moi dans tous les étonnements de cette histoire , je l'avoue , c'est le mystère de la méchanceté humaine, et, à l'heure où je parle , c'est l'inflexibilité de cette justice divine, qui n'a pas dit encore son dernier mot;
C'est le degré où cette scélératesse peut aller, les formes qu'elle peut prendre, la langue qu'elle sait se feire, au nom de quelles hypocrites vertus les plus grandes horreurs du monde peuvent s'accomplir ;
Ce dont l'homme est capable en de certains moments d'ivresse et de vertige;
Ce qu'une nation peut devenir; comment un peuple peut passer soudainement de VHosanna au Crucifgatur! se laisser égarer , dépraver en deux ans d'une part , écraser de l'autre, et fouler aux* pieds par les plus vils et les plus odieux tyrans.
Car il n'y a pas d'illusion à se faire. Ce ne fut pas seulement une poignée de scélérats qui fit lu Révolution fî^ançaise; non, jamais il n'y eut pareil entraînement, pareil cataclysme moral. Tout était emporté comme dans un fatal tourbillon! Et, ce qui fait le désespoir de l'âme, et, je le
dirai , la honte de Thumanitë , c'est que la peur, la terreur des uns était la seule réponse à Taudace et h la scélératesse des autres.
C'est au nom de César que, par le peuple, les Pharisiens firent crucifier Jésus-Christ , Sauveur du peuple !
C'est au nom du peuple que fut immolé Louis XYI, le seul ami vrai de ce peuple, celui qui écrivait à Turgot : « Il n'y a que vous et moi , mon cher Turgot , qui aimions le peuple ! v
Mais non ! j'ai tort , ce n'est pas le peuple qui fut coupable, le vrai peuple, le peuple abandonné à lui-même; c'est le peuple excité, trompé, empoisonné par les meneurs. L'Évangile nous dit que les Scribes et les Pharisiens, qui voulaient livrer Jésus-Christ , crai{]^naient le peuple , timebant pUbem. L'histoire de 1793 nous apprend que les meurtriers de Louis XYI le craignirent aussi, et repoussèrent l'appel au peuple. Le peuple, je le connais, je l'aime et je le sais chrétien, patient et bon. Pour l'irriter, on commence par le tromper, et les Scribes qui l'enivrent sont les pères des attentats qu'il commet dans son aveuglement et sa fureur. Ce sont eux les vrais bourreaux.
Et comme après cela ils se dévorent tous les uns les autres, selon la sinistre prédiction de l'un d'eux, dans cette arène sanglante, jusqu'au 9 thermidor et au delà : vengeurs sur eux-mêmes de leurs propres crimes !
Mais, en les voyant se dévorer ainsi, on se demande sans cesse , c'est l'idée qui poursuit , comment les hommes arriventrils si vite à cet état de bêtes farouches! C'est i\ renverser toutes les pensées !
Âh! il n'y a qu'une réponse : après avoir étudié tout cela, on est forcé de se dire, avec une triste conviction : Les hoDunes sont capables de tout !
Il ne fiiut donc, d'aucune manière, en aucun temps et sous aucun prétexte , laisser égarer ou aflaiblir la conscience humaine, ni couvrir du silence ou de l'oubli ce qui doit être à jamais abhorré et exécré !
Quiconque a une justification pour ces hordes sao^naires qui usurpent le nom de peuple français , pour <9es assemblées, pour ces crimes, pour ces scélérats, est le jouet, dans son &ible esprit, des sophismes révolutionnaires les plus odieux, ou, dans son méchant cœur, des plus détestables passions.
Il n'y a pas de justification , d'atténuations possibles id.
Il y a les lois éternelles qui réclameni toujours.
Il y a la vérité, la justice, la faiblesse, l'innocence, la vertu, l'hanneur, qui ne doivent jamais e^re foulés aux pieds.
En un mot, les mauvaises passions. ne sont jamais bonnes.
Le bien n'est jamais le mal , le mal n*est jamais le bien*
Le but ne justifie jamais les moyens.
La souveraineté du but est Textînctioa de toute justice.
Jamais le mjd n'est bon pour arriver au bien.
Il ne su£Bt pas de vouloir le bien , il faut le bien faire.
Et faire mal le bien est ce qu'il y a de pine.
Ces axiomes sont sacrés, «t il £uift réprouver avec une indignation vigoureuse les vaines phrases, les odieux sophismes, et tous ces enthousiasmes naaUaiiis , qui, enaveu-^ glant et débilitant les consciences , tuent le sens «aeral.
Historien, et fils de mon siècle, je «'oublie pas un instant ce que je dois k ces iois civiles, -qu'oo est<)Qnv«nu, à tort ou à raison, de désigner par la date de 1780. Prêtre et contemplateur ému des rigueurs de la justice 'divine « je n'oublie pas les crimes et les hontes du dix'^jmiiièiaie.siàQle, les abus du passé, et je sais que ce fvai infortunié ,>en Viiypn lant Louis XYI , portait en quelque sorte le fardeau d'autres Louis, parmi lesquels Louis IX «léme ne oowvrait pas Louis XY. Mais j'ai horreur d'entendne, «u aboaa de l'expia' tien et des victimes, justifier les bourreaux. Keu est ipmte^ les victimes sont grandes., ies .bouiveaux atroces.
Les scélérats qui punisscM^t d'autres snéiérats <ett iservent la justice divine par des. crimes, «l'en ;8eAt pas nmosiidcB scélérats.
Le bien soetal , qtii a pu surviTre à ce» horreurs , ne les amnistie pas : le srtence snr de telles choses n'est qu'une défaillance lamentable , une lâche et coupable complicité.
Est^-cefim d^aillears, et, depuis' quatl*e-vtfigts ans, n'est-ce p» toujours à reeommencer?
Après tant de révolutions , où en sommes-nous? Le sol politique et soeial estait bien raffermi sons nos pas?
Non y la paix sociale n'est pas irrite*.
Les diverse? classes de là société ne sont pas réconciliées.
n ne fiaut flflftter personne, mat9 dire à tous la vérité :
L'aristocratie, de* naissance ou de fortune, a toujours des dédain», hi bourgeoisie se» ombrages, et le petTpfe est toujours le penple, c'est-à-dire que dans Teffervescence d'une r^dution tout est pcissiMe à un peuple trompé, et em-porté par la. fièvre révolutionnaire. Ses qualités* mêmes deviennent effroyable».
H'ouMion» donc jamais que l'amnistie des crimes passés est l'amnistie des^ crimes- futurs.
Sans doute, rancienire' société appelait des expiations; des victimes étaient nécessaire» : âes victime» pures , choisie», capable» de rachef^ tout un peuple ! Ce» victimes se trouvèrent !
Ah? je comprends qneLoni»XY n'ait pas reçu le coup de ibudre : Louis XT n'e&t pas été une victime, il n'eût été qu'un condamné.
Hais Louis XYT, Marie^Ântoinette, Madame Elisabeth, Louis XVII , quelles hosties!
Les bons payèrent pour les coupables; bien des coupables payèrent pour eux-mêmes ; mais , ce qui est affreux à penser, c'est que le sacrifice n'a pas suffi, et l'expiation dure encore.
Serait-ce que les générations qui se sont succédé ne se sont pas montrées dignes d'être rachetéesî
Je rîgnore; mais évidemrment tout n'est pas dit, et qui sait ce que la justice divine peut nous réserver encore?
Pour le passe, ceux que j*aGCUse, ce ii*est pas tant, je Tai dit y ce malheureux peuple lui-même, ni même les horribles scélérats de 93.
Non y on Ta trop méconnu » les premiers coupables furent dans TÂssemblée Constituante, avant d*être dans la Convention.
M. Mortimer-Ternaux a été dans le vrai, lorsqu'il fait commencer la Terreur bien avant 93.
La Terreur a commencé le jour où il y eut un meurtre impuni, le jour où l'autorité publique, désarmée, impuissante , a laissé sans vengeance le sang versé.
Et c'est la Constituante qui a désarmé l'autorité.
En dépit de ses maximes et de ses aspirations généreuses, ce fut le crime de l'Assemblée Constituante, — crime né en partie, je le reconnais, de son inexpérience politique, — d'usurper, et, dans l'enivrement qui l'emportait, de tout faire, de tout sacrifier, pour abaisser, humilier, anéantir l'autorité royale, afin de s'élever sur ses ruines : et cela en s'appuyant sur le peuple, ou plutôt sur ces tourbes soulevées, et rendues bientôt toutes-puissantes par sa connivence.
De là la nécessité de tout permettre, de tout souflrir : même le meurtre, l'incendie, l'assassinat, tout fut impuni.
Et la nécessité aussi, l'humiliante, la dégradante nécessité, de subir elle-même la tyrannie des Trente, avec la pression de la rue.
Dès lors , l'impunité n'a jamais été aussi loin chez aucun peuple ;
De là tous les crimes. Je le répète , du jour où il y eut à Paris, sous les yeux des pouvoirs publics, un meurtre impuni , de ce jour-là lu Révolution a été la terreur des bons et le triomphe des méchants.
Voilà ce que les constituants auraient dû savoir, et ce que leurs panégyristes ne doivent pas oublier.
On a dit, avec l'àpreté du ressentiment : c'étaient de grands sots. Non , ils avaient la plupart beaucoup d'esprit j
mais leur malheur et celui de la France , ce fut leur effroyable vanité ; vanité féroce chez les uns , comme chez Robespierre, puérile chez d'autres , comme chez M. de Lafayette , et ardente chez tous les révolutionnaires.
Yanité, envie, jalousie de la royauté, qu'on était charmé d'abaisser et d'amoindrir ;
Vanité , engouement de théories et de systèmes , de réformations violentes, et de réformations sans le Roi, qui en voulait plus que personne;
Yanité de popularité : Lafayette, Lameth , Gustine, Lauzun et tant d'autres; le malheureux Bailly, le ridicule et atroce Pétion, tous furent tristes amateurs de popularité vaine, d'ovations, d'acclamations;
Yanité aussi , disons-le, et lâcheté chez ces trembleurs de ta plaine dans l'affreuse Convention , lesquels il ne faut pas amnistier non plus parce que d'autres allèrent plus loin qu'eux dans la voie du crime.
Ah! ne pariez plus ici d'idées généreuses, d'âmes hon«oétes, ni de jeunesse, ni d'éloquence et de talent;
Écartez, écartez tout ce qui pourrait fasciner la conscience, et n'appelez pas un attendrissement immoral sur des hommes que des mots pompeux et de belles maximes n'ont pas empêchés de consentir aux plus détestables forfaits !
Le crime ne se commet jamais au nom du crime lui-même ; et après les grands scélérats , rien n'est plus odieux que les rhéteurs ou les sophistes qui leur frayent la route. Les crimes se commettent toujours au nom de la vertu , et trouvent toujours de (prands mots tout prêts à leur service.
Ce qu'il y a de plus démoralisateur en temps de révolution, ce sont moins les crimes eux-mêmes que les grands noms ou les beaux prétextes dont on colore les crimes.
Et, quant à moi, je ne consentirai jamais & des admirations malsaines , et corruptrices du sens moral et de la conscience publique, pour les brillants, mais chimériques et timides espcits qui pactisent avec les pervers.
La Gironde a le saiig[ de Louî» XVI' sur tes mains, elle me 9 en lavera jaiDai».
Il est remarquable' que les Érongëlistes n'ont signalé dans le eœur des ennemis de Jésus-Glirisl qw'une seule passion, comme cause de la mort de Netre-Seignear, TofiiBy mvidiâ;... per ifwiditgm tradiderunt.
Eh bien ï je le repète : L'envie, une ternble envie As toutes les classes de la nation les tmes contre les antre»; le mépris, le dédain, la jalousie, des- classes élevées contre la classe bourgeoise , de la bouiyotsie contre le peapte , et An peuple contre tons :
Voilà, non pas Tunique cause sans doute, mois voilii le principe réel, intime de la* Révolution française;
Voilà la grande inspiratrice de tout ce qui se dit et !N! fit alors;
Voilà ce qui a créé ces rages , absolument inexplicable sans cela.
Oui , la France , sooveivt si noble et si fiére, est une nation vaine; la vanttë, Torgneil vain, ont toujours joué un réie terrible dans tons ses malheurs.
Et la Révolution française n est pas finie, parce- qne cria dnro encens.
L'union n*estpas fliit^; renrien'crpas désarmé; lli vanité, IWgueil , la jalousie nous aigrissent , nous drviaent encore.
Et après quatre-vingts ans de révolutions, le même mal est à Fheure qu'ir est vivant et menaçant parmi nous.
Il se mêle à ce grand mouvement chrétien qui, sous le eoup même des formidables tempêtes de notre siècle, a été travaillant toujours notre société, améliorant ses lois civiles et l'élevant peu à peu vers un idéal de liberté et de justice, dont eHe ne sera capable par ses institutions que si elle en devient digne par ses mofurs.
Mais je me laisse entraîner, mon^amt; je;m*amète et*»*
— XKIII —
viens au livre de M« de fieauohesDie, et voici, pour cooclure, œ que je dirai :
Ge livre , j'«n conseille la lecture aussi hautement et aussi fortement que je le .puis.
Je voudrais qu'il eût sa plaoe dam tout foyer faoïinéte., dans toute ianûUe «érJense et chrétienne.
Je voudrais que tout père ile fit iire à son fils anivé à 1 a^ où ae fonnent les idées sur les honaoïefi et sur iet dioses ; je voudrais que toute «ère le fit lire à sa. fille.
Je voua étonnerai ipeutHstre, mon «ami :«Bai6'0e li^une eatà mes yeux d'une ieUe élévation XDorsJe et oreligieuae ; la jfnm^ fondeur de l'action ide Dieu, l'admiratiaQ *de la vejrtu , il'borreur des vices, les leçons pour toutes les classes de la société, riches ou pauvres, y sont telles que, pour moi, je n'ai pafl craint d'y faire pendant .un an ma lecture ^irituelle : oette lecture tranquille et reposée, que je fais chaque jour. pour me recueilUr dans la lumière de Dieu , et retremper mon àme jFatiguée par le travail. J'ai lu ce livre, et après l'avoir lu j'ai reeommencé à le lire., dL je conseille sans hésiter aux pep* somnes pieuses d'en Caire autant ; elles trouveront là non pas des attendrissements fades, ou démolies leçons, mais le haut et grave enaeignement des grands événenents, des grandes vertus «et des grande malheurs.
Je dois dire iqne pour moi jamais Tie de ^amt «m de fiaûafe ae m'aura «plus saisi, plus 'éclaioé et plus £artîfié« Mon admiration pawr ces âmes incomparables, «t tmom attendriasemeAt pour ces limmenaes tnfootaBes^ éelataient fwrfoîa, dualgré moî, fiar ides cris, dans île dlenoe de na lectuaeu.. Akl que aont «os idodears «près .de celles-là! iTout oe^'nae âme peut eaHtfinr «d'foaer^ d'immiliant^ de poignant, tout ce qu'on peut imaginer de plus idéchirant pour les fibres lesj^svirves^ties^usfOohlBsde laseosifailité humaine, ils l'ont souffert... Non, je ne puis dire les gémissemeMia xfate oela .arrachait quelquefois aux profondeurs de mon àme. Quelle longue agonie, queilehitte, durant ces
trois années 9 contre la mort toujours présente, contre les bassesses y les trahisons, les lâchetés, les fîireurs toujours croissantes! C'est un spectacle navrant de voir là l'impuissance du génie, de la bonté, de la %'ertu! Et l'abandon, pour ainsi dire, de la Providence ! car ils ont pu dire comme le Fils de Dieu sur la croix : Ut quîd dereliquisti me ?
Qui que ce soit donc qui lira ce livre, s'il n'impose pas silence à son âme , il sera subjugué par l'attendrissement et l'admiration. Les opinions politiques n'y feront rien. Les grandeurs, qui sont là révélées, n'appartiennent pas à une cause politique , elles appartiennent à l'humanité ; et il suffit d'avoir un cœur d'homme dans sa poitrine, pour donner toutes ses larmes à ces infortunes, comme tout son respect à ces grandes âmes.
Je voudrais donc que ce livre fût lu, sans acception de partis, par tout le monde.
Je voudrais le voir particulièrement entre les mains des jeunes gens; je voudrais qu'on le leur donnât, à la fin de leur éducation , comme souvenir des leçons reçues, comme grande étude historique à leur entrée dans la vie, et haut enseignement pour toute leur carrière.
Je voudrais faire lire ce livre aux ouvriers mêmes et au peuple, et j'en désirerais une édition populaire. Le peuple a l'esprit et le cœur bons, quand on ne l'a pas égaré. Je ne connais pas de livre mieux fait pour aider les générations nouvelles à exercer une critique salutaire sur les faits et les principes de cette révolution qui dure encore, et pour provoquer en même temps, sur des crimes abominables, ce jugement sain de la conscience qui sort si naturellement de l'âme populaire laissée à elle-même et livrée à ses bons et naturels instincts.
Voilà, mon cher ami, ma pensée sur ce livre.
Agréez, etc.
f FÉLIX, évétiue d'Orléans.
Orléans, 20 mai 1866.
The tyninnoui and bloodly ad îi ilone ; The mosi arch deed of piteoui mastacre , That ever yec thii land was gnilty of.
L'œuvre de tyrannie et de sang eit consommée, Le plut intigne forfait, le manMcre le plus digne de pitié Dont jamais cette terre se soit rendue coupable ! — Sdakespiabb — Kin^ Richard m, acte IV, scène m.
La bienveillance de rAcadëmie française et du public pour ce livre m'obligeait, en le réimprimant, à n'épargner aucun effort pour le rendre digne de l'accueil qu'il a reçu. Je devais vérifier rigoureusement, une fois de plus, chacun des faits historiques qui en forment la base ; j'avais à donner tous mes soins k sa rédaction , en la laissant dans sa franche simplicité. Je me suis résolument imposé cette tâche, comme un devoir 'vis-à-vis de mes lecteurs, et comme un nouvel hommage à la royale infortune que j'ai à raconter.
Les recherches que je n'ai cessé de faire depuis les premières éditions m'ont mis à même d'ajouter à celle-ci des détails qui étaient jusqu'à ce jour restés inconnus. J'espère avoir exploité à fond et d'une manière définitive les divers dépôts de nos Archives nationales '. De plus, grâce à la parfaite obligeance de madame la duchesse Des Gars, j'ai pu réunir dans cette nouvelle édition de nombreux détails empruntés aux mémoires de madame la duchesse de Tourzel , sa grand'mère. On comprend l'intérêt que doivent ajouter à mon ouvrage les récits d'un témoin aussi important.
1 ArciiWes de l'Empire, de l'Hôtel de ville, de la préfecture de police, etc., etc.
INTUODITCTION.
Louis Je F'rance, dix-septième du nom, n'a vécu que dix ans deux mois et douze jours. On ne lui a donné le nom de Roi que sous le chaume de la Vendée ou sous les tentes de Fexil. Ainsi, peu de paroles sembleraient devoir suffire au récit de sa vie.
Mais sa vie, si hrcxc par les jours, est si lon{[ue par les tourments, qu'il nous a fallu quelque tem)>s et beaucoup de courage pour la retracer. Si ce n'est point là une de ces existences de rois ou de héros (|ui ont conduit les destinées de leur siècle et pesé puissamment dans la balance du mande , c'est là du moins une des existences de martyrs les plus dignes d'une respectueuse pitié par leurs misèi*es , et les plus curieuses par les mystères mêmes de leur mort. Aussi nous ne saurions dire le charme triste et douloureux que nous avons trouvé à parourir <« labyrinthe où la vérité était près de Terreur,. et d'où nous u'avoBS pu sortir qu'en rott»cliant avec soin les fils à decni brisés de mille souvenirs, et en «recourant à toutes les lumières qui pouvaient y descendre encore pour nous éclairer. Nous aivons compris au commen* cernent de nos recherches-comment il se Faisait que l'opinion publique n'eût, jaajtiiis été bien définitivement fixée sur ce fait obscur, secondaire en apparence, et pourtant considérable : la mort d'un enfant. La France, et l'Europe n'ont assisté que de loin au drame de la tour du Temple; elles n'en ont point vu toutes les scènes; elles n'en ont appris le lamen* table dënoùmentt que de naanière à pouvoir presque en douter encore. Devant ce voile qui a enveloppé la fin tragique da fils de Louis XVI , on ne s'étonne plus d'entendre , dire avec la^chaleur d'une profonde conviction que la jeune victime est sortie vi^^aote de sa prison; on accorde bien qu'un enfant est réellement mort au Temple; mais on ajoute que nul ne saurait affirmer que ce fût le rejeton de nos rois;
UNTKODUGTION; 3
fil) prétend que si les médecins ont constaté lu mort, ils n'ont point constaté l'identité; qu'on n'a jamais su comment rhomme au masque de fer est arrivé sur la terre, qu'on ne saura jamais comment l'enfant du Temple eu est parti, et que la tombe de l'un restera aussi mystérieuse que le berceau de l'autre.
Il était naturel après cela que des imposteurs se crussent autorisés à se poser comme les héritiers d'un non! saint et glorieux. Indépendamment de quelques prétentions éphémères dont les tribunaux n'ont pas eu à s'occuper, nous avons vu depuis le commencement de ce siècle apparaître quatre candidatures sérieuses qui, tour à tour, ont vivement excité l'attention publique : Hervagault, Mathurin Bruneau, Naùndorf, Bichemont, ont successivement jpué le même rôle avec tant de constance, de candeur apparente, de fermeté et d'audace, qu'ils sont parvenus à s'emparer de quelques consciences et à en troul^ier un grand nombre. Ce qui est incroyable est toujours ce qui séduit le plus la crédulité. La vraisemblance est peu de chose pour les honuxies , et l'imagination excitée par l'extraordinaire a besoin d'être étonnée pour croire. Pour nous, il nous a fallu aussi nous mettre en garde contre nos j)ropres désirs, contre Tinstinct de notre nature qui nous entraine vers les régions du merveilleux. Quelques esprits, pourront regretter le poétique mystère qui planait jusqu'ici sur les débris du Temple ; mais nous avons examiné de trop près toutes les circonstances de cet effroyable épisode y pour que la poésie ne dût pas céder le pas à la réalité.
Je n'ai épargné ni soijis ni recherches pour arriver à la vérité. J'ai remonté à la source de tous les faits déjà connus; je me suis mis en relation avec les personnes encore vivantes auxquelles le hasard de leur position ou les devoirs de leur charge avaient ouvert les portes du Temple; j'ai eu beaucoup
de renseignements il recueillir, beaucoup d'erreurs à rec« tifier. J'ai particulièrement connu Lasne et Gomiu, ces deux derniers gardiens de la tour, entre les bras desquels Louis XYII est mort. Ce ne sont donc pas les traditions recueillies par les enfants de la bouche de leurs pères que j'ai consultées, mais bien les souvenirs mêmes des témoins oculaires, souvenirs religieusement conservés, malgré les années, dans leur mémoire et dans leur cœur. Pendant vingt ans j'ai remué les décombres du Temple pour y découvrir quelques débris de souffrances inconnues, pour y ramasser quelques parcelles d'infortunes ignorées. Pendant vingt ans j'ai relevé pierre à pierre cette tour du sacrifice et de l'expiation , d'où le Roi et la Reine sont partis pour aller à uu autre supplice et à une autre couronne. Pendant vingt ans je me suis, par la pensée, enferme dans cette tour, j'y ai vécu, j'en ai parcouru les escaliers, les chambres, tous les recoins, j'ai tout repeuplé, j'ai écouté tous les soupirs, tous les sanglots, j'ai lu sur les murs les tortures écrites, les pardons laissés pour adieux; j'ai entendu tous les échos qui les répètent, et du haut de cette tour comme du haut d'un rocher, j'ai aperçu les crimes qui s'amoncelaient semblables à des vagues , et bruissaient tout ù l'entour.
Je me trouve donc en position d'exposer, après une en* quête personnelle et avec certitude , la moindre circonstance des événements que je raconte. J'apporterai dans mon récit la plus exacte impartialité, m'abstenant de rien hasarder de douteux, mais résolu à dire ce que je crois vrai. Si parmi les détails nouveaux que ces mémoires renferment, il s'en trouvait d'invraisemblables par l'excès même de leur atrocité, qu'on n'oublie pas que je les tiens de la bouche même des acteurs et des témoins, et que je manquerais a mon devoir si je cherchais à les atténuer pour leur donner plus de crédit.
N'ayant pas rambition de Thistorien , je dois avoir au moins la fidélité du narrateur.
J*ai vécu pendant de longues années avec la préocaipation constante de mon sujet; j'ai eu pour la mémoire de ce malheureux prince le culte que j'aurais eu pour celle de mon enfant. Sans demeurer insensible au mouvement des peuples et aux transformations de la société, je ne demandais à cette terrible époque de la révolution que ce qui avait rapport à cette jeune tête sur laquelle j'avais concentré mes plus vives et mes plus tendres facultés. Je ne saurais dire la pieuse avidité, la patience infinie que j'ai mises à saisir à travers le bruit des vajpies révolutionnaires le faible ipurmure de cette vie si courte, de ces joies si rapides, de ces misères si lentes, de cette mort si cruelle.
Aussi , j'ai eu besoin d'entrer dans les développements les plus minutieux sur tout ce qui les concerne, ne me faisant aucun scrupule de déroger à la gravité historique, et me persuadant au contraire que dans la vie d'un enfant où l'on ne peut avoir de grandes actions à raconter, les détaifs les plus circonstanciés ne sauraient être négligés, et que le drame même qui les enveloppe leur donnait de l'intérêt. Je ne sais quel savant botaniste a consacré tout un livre à raconter la vie, les moeurs, les habitudes d'une toute petite fleur, au milieu des grands phénomènes que lui présentait le spectacle de la nature. Le Dauphin de France u été pour moi cette petite fleur au roiUeu des immenses événements de la révolution.
Obligé souvent de retracer les événements du règne de son père auxquels sa frêle enfance se trouvait mêlée, j'ai tâché de le faire aussi succinctement que je l'ai pu , et seulement pour ne pas perdre de vue des intrigues qui se croisent, des péripéties qui se compliquent, et des catastrophes qui s'enchainent. On m'excusera donc si je passe avec légèreté sur des actes importants, pour m'arréter gravement sur des actes légers et éphémères. Simple narrateur de ce
« iNTnonrcTîOx.
que j'ai recueilli, je n'ai point cheiTlië le moiiveiaent dramatique et les effets pittoresques. Je me suis mis éçalement en {Vfirde contre la crédulité contf^intsante, qui ndmet tout -sans preuve, et TinorécluKté pné^'vaue, qui rejette tout sans^ BXamen. J'ai désiré d'atteindre aux limites du %Tai, mais j'ai craint de les déliasser. J'ai retenu même, «ntant que je l'ai pu , les expressions d'un sentiment qui toujours se nourrira en moi de souvenirs et de refp^ts, mon iiut, n'étant pas de dire combien j'aimais cet enfant, mais de montrer combien il était difpne d'être aimé.
Plusieurs passa^^es exigeant des notes, je n-'ai pas cru devoir faire entrer ces notes dans la narration, dont elles eussent entravé la marche. J'en ai placé quelques-unes an bas des pages; j'en ai rejeté quelques autres à la an de chaque vo^ iume; mes mains restent pleines de documents officiels, presque tous inédits, et qui viendraient au besoin confirmer la scrupuleuse exactitude de mon récit. Ceux que je reproduis suffiront, je l'espère, au lecteur; guidé par sa conscience, il trouvera, tout aussi bien que nous, <ies iiKluctions infaillibles, des témoignages positife, des garaiHies irrécusables. Il verra de quel poids peuvent |>e9er qoelq^ies erreurs grossières et inexpliquées, auprès des docunyents'irréfragables que noiis leur opposons; et il pensera, je l'espère aussi, que nous ap}>ortons à l'histoire non-senlcmetit la certitude, mais encore la preuve %iiatérielle, mithenttque, que le Dauphin de France, fils de Louis XVI, est bien réellement moi^t aa Temple. Il est assez de têtes royales livrées à l'orage sur les grands chemins de l'Europe : (aii)Sons à celles que Dieu a soustraites par la mort à l'exil, la paix de leur tombeau.
On compreml toutefois que je n'ai point fouillé dans ces ruines ni relevé cet édifice pour chercher des aliments aux passions du jour; j'ai encore moins la prétention de plaider une cause. L'esprit de parti doit se taire en approchant de la tombe des rois, il doit s'éteindre sur le berceau d'un enfant : j'espère que les penchants de mon cœiu* n'auront point
INTRODUCTiaiX. ^
aTeiig^ë ma raison. Je me suis souvenu que les coupables sont morts et qu'ils ont comparu devant la justice de Dieu; je oae suis souvenu "aussi du pordon descendu de Téchafaud d'un Roi et de celui d'une Reine, et de Toubli magnanime de l'orpheline du Temple. Âatant que- je l'ai pu, j'ai raconté les faits sans les juger, j'ai refoulé en moi- même toutes' les ikidi • .gnatiôns qui s'amassent* dans \e cœur à l'aspect de tant de cruauté contre l'innocence, de' tant de violence contre la faiblesse. Je laisserai parler les faits, les faits patient trop haut pour que j'y puisse rien ajouter avec le vain murmui^e^ de mon opinion; je n'ai pViint à accuser, je: n'ai point à maudire; je raconterai les choses et je montrerai les hommes.
II nous reste peu denu>ts à dire sur le plan et l'ordonnance de cet ouvrage.
La vie du Dauphin de France, plus tard Louis XVII, en est le centre et l'unité; le récit commence et iinit avec elle. Autour de luivie-et dessouffirances de ce jeune et malheureux Prince se développent, comme une première et vivante enceinte, les épreuves, la chute, les malheurs, la captivité et la fin donlonreùse des autres membres de la famille royale.
Les événements généraux de la révolution se pressent à l'entour de cette enceinte; le théâtre change plusieurs fois; le drame s'ouvre h Versailles, se transporte aux Tuileries après les journées des 5 et 6 octobre, en sort pour aller ii Varennes, revient aux Tuileries pour les terribles journées du iO juin et du 10 août, traverse un instant la salle de l'Assemblée nationale ponr arriver au Temple , où le dénoùment doit s'oiccomj^tir.
Le premier volume contient les faits représentés par ces deux mots extrêmes qui résument une longue histoire : Versailles et le Temple.
H commence avec le récit des derniers temps passés par
la famille royale à Versailles ; il se ferme sur la première période du sëjour de la famille royale à la prison du Temple, en conduisant le lecteur jusqu'au pied de l'écliafaud de Louis XVI.
Le second volume s'ouvre après la mort du Roi , c'est-àdire avec le règne de Louis XVII , triste règ^ne qui eut pour trône un g^rabat, pour palais une prison , et ne connut d'autre, couronne que celle du martyre.
lie vide se fait peu à peu autour de lui : il a perdu d'abord le Roi son père.
Bientôt vient le supplice de la Reine.
Alors commencent ces jours inénarrables et que nous avons cependant entrepris de redire , dans lesquels le saint Roi Louis XVI , qui avait été jusqu'à la fin de sa vie le pré» cepteur de son fils , a pour successeur, dans la conduite de cette éducation , le savetier Simon , comme il avait eu pour héritiers dans le gouvernement de la France, Marat, Danton et Robespierre.
Puis les chapitres se divisent par les noms des gardiens qui se passèrent de main en main cette pauvre vie, étiolée loin de l'air pur et des rayons du soleil, dans la lourde atmosphère des prisons :
Simon, du 3 juillet 1793 au 30 nivôse an II (19 janvier 1794);
Après Simon, un interrègne dans la geôle, et du 19 janvier au 27 juillet 1794, plus de six mois d'une lugubre solitude et du plus cruel abandon ;
Puis Laurent, au 10 thermidor an II (28 juillet 1794);
Gomin adjoint à Laurent, du 18 brumaire an III (8 novembre 1794) au 9 germinal on III (29 mars 1795);
Lnsne adjoint à Gomin, du 11 germinal an III (31 mars 1795) jusqu'à la fin.
Puis viennent la dernière maladie, l'agonie et la mort.
Le premier volume pourrait, nous l'avons dit, se résumer par deux mots : De Versailles au Temple.
Deux mots suffisent encore pour résumer le second volume : Du Temple au cimetière.
Cependant, après avoir dit par quelle porte, à la fois triste. et sainte , sortirent du Temple tous ceux qui y étaient entrés, nous croirions manquera notre mission et à la juste attente du lecteur si, dans une dernière partie, nous n'exposiens, d'après des documents nouveaux et particuliers, comment Marie- Thérèse de France , la seule de toutes ses proies que le Temple ait rendue vivante, en sortit, laissant derrière elle tant de chers et funèbres souvenirs.
Puis , comme l'intérêt rejaillit du drame sur le théâtre , parlons plus juste, comme le sacrifice consacre l'autel, après avoir dit comment finit la captivité de tous les prisonniers du Temple, il nous rçstera à dire, en bien peu de mots, comment finit la prison elle-même ; car la ruine du Temple se rattache à l'histoire de la captivité royale, il y avait des • hommes de la révolution, sur lesquels l'ombre de cet édifice descendait comme un reproche, et qui poussaient à sa destruction. Comme cela arrive quelquefois à la fin des grands procès , on voulut se débarrasser d'un témoin qui avait vu trop de choses.
La fin du Temple , après la fin de Louis XY II , fermera le récit de cette légende, où tout périt, jusqu'au monument qui avait offert pour théâtre ses salles et ses tours à ce terrible drame.
LOUIS XYII