‹ Louis XVIIChapitre 97 sur 206 · LIVRE XVH. — LASNE ADJOl\T A GOMIX · texte numérisé non relu

LIVRE XVH. — LASNE ADJOl\T A GOMIX

iduite de Palloy inspira à Tenfant ; mais il ne se lassait entendre parler de ce petit régiment qu'il avait tant aimé, rnier éclair de joie illumina ses yeux languissants quand I lui dit, en sa qualité de vieux soldat, que ce régiment îuvrait comme une troupe d'élite, et qu'un peu plus tard onel aurait été digne du régiment. A ces mots Fenfant i la tête , en jetant un regard oblique comme pour s'assu* i'il ne pouvait être entendu de personne : « M'as-tu vu, t-il, avec mon épée? » C'étaient les dernières gouttes du iiéroïque que l'enfant avait reçu de ses aïeux, qui, refluant ;on cœur déjà près de cesser de battre, y faisaient naître itiment et mettaient dans sa bouche ces paroles qui alléremuer le cœur militaire de Lasne. Il se souvint en effet ir vu aux Tuileries le Dauphin avec sa petite épée; et sa ise sur ce point satisfit l'enfant, inquiet cependant de savoir 'elle était devenue. Lasne pensait qu'elle devait avoir été e ou perdue dans la journée du 10 août. Lasne se trom- Fépée n'était point perdue. La couronne de Louis XVII,

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car elle ne fut pas de ce monde , n'a point été portée à Saint- Denis, comme celle de ses aïeux* ; mais son épée existe encore. Longtemps déposée au cabinet des médailles de la Bibliothèque royale, elle fut, en 1848, envoyée au musée d'artillerie; puis, en 1859 , placée au musée des souverains , au Louvre ^, où on peut la voir, avec sa poignée d'agate et sa garde d'argent incrustée d'émeraudes , reposant dans un fourreau de galuchat richement orné, et portant cette simple inscription : Épée du fils de Louis XVI. Roi sans couronne, mort sans tombeau... Que reste-t-il , par une dernière dérision de la fortune , du fils des Rois forts, qui ne combattit jamais que Simon et le vainquit par la patience? une épée !

Quand la conversation fatiguait l'enfant malade , le gardien lui chantait quelques airs pour l'égayer. Le refrain de l'opéra de Richard Cceur-de-Lion le faisait toujours rire :

Et lig et zoc,

Et fric et froc»

Quand les bœufs vont deux à deux Le labourage en va mieux.

Sa physionomie s'épanouissait lorsque le chanteur entonnait ce couplet de Sedaine :

0 Richard, â mon roi, L'univers t'abandonne , Etc., ete

Mais lorsque Lasne passait à une chanson révolutionnaire , il ne paraissait plus écouter, ou bien il levait les épaules , et une petite moue remplaçait le sourire.

Une chose digne de remarque, et dont nous avons donné plus d'une preuve, c'est que dans la captivité, exténué, mou-

* Il était d'habitude , quand les Rois de France mouraient , que leur couronne fût poftëe à l'abbaye de Saint-Denis, et déposée dans le trésor de l'église.

^ On y voyait déjà figurer un petit canon d'ivoire et d'or que l'on dit avoir appartenu au Dauphin ; mais on ne sait sur quel témoignage s'appuie cette assertion : les recherches que j'ai faites à cet égard me portent à croire que cest à ton frère, mort à Meudon en 1789, que ce jouet a appartenu.

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