ANGELY
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En êtes-vous plus avancé maintenant? Fim^ portant, quand nous étions sur la terre, c'était de bien vivre. Or, qui a le mieux vécu de nous deux? Partant quel est le plus sage? Vousparlez desacrifices? Qui en a fait plus que moi? Quelle profession plus périlleuse que la mienne ! J'osais dire aux rois et aux grands du monde ce qu'ils n'apprennent jamais de leurs ministres, encore moins de leurs courtisans^ même de vos confrères en philosophie : la vérité. J'attaquais tous les amours-propres sans épargner celui du maître, je fraudais toutes les bassesses, je démasquais toutes les hypocrisies, je me jouais de l'envie, j'humiliais l'orgueil, je bravais la haine , faisant main-basse sur les vices ou les
ridicules qui mo blessaient la vue. Qu'en arriva-t-il? Je fus chassé de la cour et je m'en consolai sans être philosophe^ ou plutôt parce que' je ne l'étais pas. Enfin ^ j'ai été célébré par un poète dont chacun répète les vers^ vous par votre disciple Platon que bien peu lisent et que personne n'entend. Vous vous êtes perdu pour avoir prêché la morale au peuple dans les rues^ moi, pour l'avoir prêchée aux grands dans leurs palais : il ne manque rien à ma gloire, pas même la persécution. J'ai dit aux hommes, en riant, des vérités; ils pouvaient en profiter ; tant pis pour eux s'ils ne l'ont point fait. Médecin des âmes , je vendais aux fous de mon temps la vérité pour antidote ,• mais je ne garantissais que le remède, et point du tout le malade.
SOCRATE
Vous ne pouviez faire plus; il n'est permis qu'à la vertu d'exercer un ministère si auguste et si difficile. Vous ne parliez qu'à l'esprit par vos saillies^ moi je pénétrais l'âme et lui rendais chers ses devoirs à l'égal de ses plaisirs. Ajoutez que mon caractère persuadait mes discours : le vôtre tuait d'avance les vérités qui vous échap-
paient. En effet ^ quel rôle jouiez- vous? Celui (l'un singe : sujet aux caprices d'un maître qui vous faisait rire et sauter à son heure. Si l'amour du bien attire l'ingratitude et quelquefois la persécution^ il renferme tant de douceurs^ il procure tant de jouissances^ qu'il devient sans prix. Dans le bienfait se trouve la récompense^ que vous ne sauriez apprécier, vous dont l'âme n'a pu savourer la vertu^ puisqu'elle ne sentait pas le mépris.
l'angely.
■MI«Ui>
Le mépris^ mal d'opinion qui n'attaque que les sots. Au reste, j'ai pour moi le grand nombre, dont l'approbation vaut bien celle de quelques pédans réduits à s'admirer tout seuls. Mais si je me moque de vos insultes^ il me
prend envie de vous en punir.
Il se jette sur Socrate qui le repousse. Une foule d'ombres accourent^ parmi lesquelles on distingue Alexandre ;, César ^ Cicéron^ Erasme et le grand Condé.