Souvenirs du comte de Neuilly
pour ainsi dire le signal d'une nouvelle organisation de leur existence. En vivant ces longs mois près l'un de l'autre, dans la capitale du bon Electeur, ils avaient pris tous deux de trop douces habitudes pour pouvoir y rien changer désormais. A partir de ce moment, malgré les inutiles conseils du sage Yaudreuil, ils renonceront à sauvegarder comme par le passé un semblant d'apparences, et le souci des convenances du monde sera définitivement abandonné. Sauf pendant le séjour en Russie et l'expédition maritime de 1795, Louise suivra coûte que coûte son amant dans la plupart de ses pérégrinations à travers l'Europe : leur mutuel amour a grandi au contact de tant de malheurs, la solidité de leur affection les soutient dans leurs épreuves, et les deux amants sont résolus désormais à ne plus se séparer.
Partout oîi sera le prince, on trouvera à ses côtés sa fidèle compagne, et si, par hasard, les circonstances obligent la jeune femme à rester loin de lui pendant quelques semaines, elle lui prodigue les manifestations attendrissantes du chagrin que lui cause cette séparation momentanée. En Autriche et en Italie, en Ecosse et en Angleterre, nous la trouvons constamment près de lui, toujours prête à braver les intempéries pendant les saisons les plus rigoureuses et à endurer les plus
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dures fatigues de voyages à travers des pays inconnus. Elle est officiellement la maîtresse du prince, et son amour est si grand, qu'après lui avoir sacrifié ses scrupules et sa propre estime, elle lui sacrifiera encore sa réputation. « La liaison de M'"*" de Polastron avec le comte d'Artois n'était un secret pour personne », écrit Lamothe- Langon^ — « M™" de Polastron est absolument livrée à l'intimité du comte d'Artois ». dit la marquise de Falaiseau-.
Pendant ce temps, qu'était devenu M. de Polastron et sur quels rivages abritait-il ses infortunes? Les rares contemporains qui nous aient parlé de lui restent muets sur cette période de son existence. C'est par ses états de service aux archives de la Guerre, que nous apprenons qu'il était à cette époque détaché en mission secrète sur le Rhin, d'oii il devait envoyer des renseignements, secrets à l'armée royale.
Nommé aide de camp du comte de Provence lors de son arrivée à Coblentz, il est vraisemblable qu'on saisit avec empressement le premier prétexte plausible pour l'éloigner de la Cour, où sa présence pouvait susciter des complications et des