CHAPITRE PREMIER
Bataille de Nieuport. — Henri-Frédéric et Henri de Coligny s'y distinguent. — Wtenbogaert et Maurice de Nassau — Séjour de la princesse d'Orange à Lierville. — Henri de Goligny devient colonel du régiment français employé au service des Provinces-Unies. — Correspondance de la princesse d'Orange avec M'»» de la Trémoïlle. — Son retour à Paris. — Mort de Françoise d'Orléans Longueville, princesse de Condé. — Lettres de Louise de Coligny. — Henri de Coligny à Rynsberck. — Projet d'un mariage pour sa sœur. — Correspondance de la princesse d'Orange avec Mf et M"»» de la Trémoïlle. — Le duc de Bouillon jaloux de la légitime influence qu'exerce la princesse sur ses ûlles, cherche à lui nuire dans leur esprit. — Dignité des procédés et du langage de la princesse en cette circonstance. — Ses filles lui demeurent plus attachées que jamais. — La princesse séjourne à Fontainebleau. — Lettre d'elle à Aersens. — Henri de Coligny est chargé par Maurice de Nassau d'introduire un renfort dans la ville d'Ostende et y réussit. — Estime générale que le jeune colonel se concilie. — Au moment où il combine une sortie à opérer contre les assiégeants, il est tué par un projectile qu'a lancé une batterie de ceux-ci. — Deuil causé par sa mort, dans les Provinces-Unies et en France. — Derniers devoirs qui lui sont rendus. — Douleur de la princesse d'Orange et de son fils.
^ Tandis, qu'au mois de juillet de l'année 1600, la princesse d'Orange obtenait la mise à néant des néfastes arrêts rendus, en 1569 et 1572 contre l'amiral, son père, tout lui faisait pressentir que, dans les Provinces-Unies, allait s'engager, entre l'armée de Maurice de Nassau et celle des Espagnols, une action décisive, à laquelle prendraient nécessairement part Henri Frédéric et Chastillon. Elle ne se trompait pas, car ce fut alors
qu*eut lieu la mémorable bataille de Nieuport ^^ dans laquelle les deux jeunes cousins rivalisèrent de courage.
Avant que laction s'engageât, Chastillon fut témoin d'une scène qui Timpressiona fortement.
Maurice de Nassau était en proie aux plus grandes appréhensions au sujet de son frère, Henri Frédéric ; il lui signala le danger qu'il courait, le «conjura de vouloir prendre le large de la ((mer et de se retirer, pour sauver la patrie, si lui et l'armée
a venaient à se perdre Le jeune prince, verd de courage,
cceslevé sur Thonneur, tout empli du sang généreux de l'illustre a maison de ses pères, répondit, et se fit ouïr, qu'il voulait vivre oc et mourir avec lui, et qu'il n'attendait du ciel meilleure fortune ((que la sienne^.».. ..
Il resta, et Chastillon applaudit, pour sa part, à l'aiïectueuse et énergique résolution de son cousin.
Tous deux, quelques jeunes qu'ils fussent encore, eurent, à raison de leur caractère fortement trempé et de leur réelle bravoure, le privilège de faire partie d'un groupe d'officiers d'élite et de divers seigneurs, que Maurice de Nassau, lors du règlement de son ordre de bataille, à Nieuport, retint auprès de lui, soit pour les lancer, d'un moment à l'autre, dans telle ou telle direction, soit pour porter, avec eux, un coup décisif.
^ Une lettre du comte Louis Gunther au comte Jean de Nassau contient une relation de la bataille de Nieuport (Grœn van Prinslerer, Corresp, de la maison d'Orange-NassaUy 2o série, t. 2, p. 23 et suiv.). — Il existe aussi une relation de cette même bataille par le chevalier français Vere (ap. p. Bor, De Nederlansche Historien, t. 4, Appendice^ no» 3 à 14).
• Lapise, Histoire des princes et de la principauté d^Orange^ in-f'. p. 684. — Gommelyn, Histoire de la vie et actes mémorables de Frédéric Henry, prince d'Orange. Amst. 1636, in-f®, p. 4. — Lettre du 20 juillet 1600 du comte Ernest Casimir au comte Guillaume Louis de Nassau (Grœn van Prinslerer, Corresp, ^ série, t. 2, p. 39).
La flotte néerlandaise venait, sur Tordre de Maurice, de prendre le large, et dès lors les troupes*, restant, à terre, acculées au rivage, n'avaient, selon l'expression familière de leur chef, d'autre alternative que celle, ou de combattre à outrance et de vaincre, ou de boire l'eau de la mer 2.
Maurice, ayant résolument pris les dispositions que les circonstances lui commandaient^ se mit en mouvement, a En bon «général, il voulut estre partout et n'estre attaché à rien, «n'ayant près de soy que trois cornettes, pour toule réserve, «avec le prince Henri Frédéric, son frère, Jean Adolphe, duc «d'Holsace, frère du roy de Danemarck, Jean Ernest, prince «d'Anhalt, les comtes Frédéric-Albert-Olto et Guillaume de «Solms, le comte de Colignyy petit-fils du grand amiral, Justin «de Nassau, frère naturel du prince, les milords Gray, Dro- « vvery, et autres seigneurs qui l'avoient suivi en ceste expédi- « tion, pour la seule réputation d'avoir obéi k un tant renommé «capitaine^.»
• Parmi ces troupes figurait un corps de combattants français, dont un ancien écrit nous fait connaître la composition. 11 y est dit : « 11 y € avait deux bataillons de François^ commandés par le sieur de Dom- «marville, comme lieutenant-colonel du sieur (Odet) de Lanoue, èsquels «il y avoit la compagnie dudit sieur de Lanoue, celle de Rocques, com- « mandée par son lieutenant, celle de Dassau, commandant au second «bataillon, celles de la Scimendière, de Marischotz, de Hamelot, de Brosse, de Gorinières, commandée par le lieutenant, ledit Corinières ayant esté tué devant le fort d'Alberlas, celles du fort de Formentières, de Verneuil et du Pônt-Aubert, faisant ensemble douze enseignes. » {La nouvelle Troye^ ou mémorable histoire du siège d'Ostende^ par Henri Hgesteus. Leyde 1614, in-4o, p. 16).
* De Meteren, Histoire des Pays-Bas^ trad. fr. in P», 1618, p. 482.
' Lapise, Histoire des princes et de la principauté d'Orange^ p. 685. — De Meteren, Histoire des Pays-Bas, p. 480. — H. Haesteus, La nouvelle Troye, etc. etc., p. 16. — Les Lauriers de Nassau^ Amst. 1624, in-f'^, 2" éd., p. 221.
Détachés du groupe dont il s*agit, les deux cousins se jetèrent dans la mêlée, y déployèrent un courage remarquable, et rallièrent Gnalement Maurice de Nassau, alors que celui-ci, «le pisce tolet à la main, à la tète d*un rang de princes et de grands a seigneurs, avec environ cinq cents chevaux, prit les ennemis eo a flanc, et combattit, ainsi que ceux qui raccompagnaient, avec a tant d'ardeur, qu'en moins de rien, tout fut terrassé, escarté, a ou prisonnier*.»
Un membre de la famille de Nassau, qui lui-même 6t preuve de grande valeur, atteste en ces termes, la belle conduite des deux jeunes cousins, à la bataille de Nieuport ^ : a le jour de «cesle bataille, M^' le comle Henri a si longtemps prié, à maius «joinctes, qu*à la fin a obtenu de demeurer auprès de monseiagneur son frère, lequel nullement il n'a voulu abandonner, a mais Ta suivi, armé de toutes pièces, tout ce jour de la bataille, ce et bien passé de hasard avec luy. Aussi a faictM. deChastillon, a à qui ne manque de courage. »
On rapporte, qu'à Tissue de la bataille ^, Maurice descendit de cheval, et que, les larmes aux yeux, il s'écria, d'une voix assez forte pour être entendu de tous ceux qui l'entouraient : a 0 Seigneur ! qui sommes-nous, pauvres et misérables pécheurs, a pour qu'il te plaise nous accorder aujourd'hui un tel bonheur, à a la gloire de ton nom ? que grâces t'en soient rendues, à jamais ! »
On ajoute que, si la nuit survenant n'eût empêché Maurice de réunir immédiatement, sur un seul point, ses troupes encore disséminées, il eût prescrit que toutes aussi rendissent grâces à Dieu.
* Lapise, Hist. loc. cit. p. 687.
• Lettre du comte Ernest Casimir , au comte Guillaume Louis de Nassau, datée du 20 juillet 1600 (Grœn van Prinslerer, Corresp, de la maison d'Orange-Nassau, 2« série, t. 2, p. 39).
' De Meteren, Histoire des Pays-Bas, p. 483. — - Lapise, Hist, de^ princes et de la principauté d'Orange, p. 689.
Dès le lendemain, en sa présence^ et en celle de tous les chefs et seigneurs qui avaient combattu avec lui^, eut lieu, en l'église d'Ostende, un service solennel, dans lequel le digne ministre, Jean Wtenbogaert^ se rendit l'interprète des sentiments d'humi-
' L'un de ces seigneurs écrivit alors : c On ne peut dire autrement, <r sinon qu'on a veu , à Toeil^ que Dieu a combattu pour nous ... Le «c soir, on a logé au champ de bataille, et, le lendemain, Son Excellence «a fait marcher son camp vers Ostende, pour rafraîchir son armée et «donner ordre aux blessés. Aussitôt qu'on y est arrivé, on est allé rendre «grâce au bon Dieu de ceste si solennelle et glorieuse victoire» (Relation de la bataille de Nieuport par le comte Louis Gunther, ap. Grœn van Prinslerer, Corresp. 2oséne, t. 2, p. 23 et suiv.). — Peu après, le même comte Louis Gunther reçut du comte Guillaume Louis de Nassau la lettre suivante : a Mon bon frère, je loue Dieu particulièrement de la sin- «gulière grâce qu'il a faict à vous, en ce qu'il luy a pieu de se servir «aussi de vostre personne, d'instrument à une si renommée et signalée «victoire (celle de Nieuport), de laquelle comme avez emporté de « louange non médiocre^ et acquis de réputation grande, ce sera certain « vostre devoir de vous humilier devant Dieu et recognoistre que c'est « Celui qui vous honore tant, afûn que premier soubject, en récompense « de ses grâces, de l'honorer en crainte et parfaitement en piété et vraye «obéissance, et cela, d'autant plus que, au lieu que aultres sont admo- «nestez de leur devoir par malheurs et misères, le bon Dieu vous « convie à son œuvre par tels biens et honneurs que, pour vostre qualité «et rang, n'en eussiés peu souhaiter plus grands; et ne tiendra qu'à « vous de rendre Dieu entièrement propitiatoire pour vous continuer ses «grâces, à qiioy la bonne incHnation, laquelle j'ay remarquée en vous, « me donne telle espérance, que j'espère estre superflu d'exhorter celuy « qui est convaincu par tels bénéfices divins, et que celuy qui est si honocneste envers chacun, aura craint estre ingrat, et cela, au préjudice de «son salut et avancement propre envers son Dieu qui l'ayme tant» (Grœn van Prinslerer, Corresp, 2® série, t. 2, p. 43).
• «En l'assistance solennelle des Estats et des chefs de l'armée, furent € rendues grâces à Dieu, d'une telle victoire si inespérée, procédée de sa « main seule, comme le ministre "Wtenbogsert le sçeut bien déduire par «son sermon j> (J. F. Lepetil, La grande Chronique de Hollande^ Zélande, etc. etc., t. 2, p. 765. — H. C. Rogge, Johannes Wtenbogœrl en zyn iijd. Amsterdam 1874, in-S» Eerste Deel, p. 135 et suiv.).
lité et de gralitude qai, sous le regard de Dieu, unissaient tous Aes cœurs.
Aussitôt après, les Etats généraux prescrivirent la célébration d'un jour de jeûne et d'actions de grâces, dans l'étendue de chacune des Provinces-Unies.
Ce Turent là de pieuses et grandes scènes, auxquelles s'associèrent, du fond de l'âme, Henri Frédéric et Chastillon, en qui revivaient les sentiments de profonde gratitude envers Dieu, que leurs pères avaient constamment manifestés, et qui ne cessaient d'inspirer leurs mères.
Ces scènes, malheureusement trop rares dans l'histoire des vainqueurs, avaient été précédées d'autres scènes, également émouvantes, au sein desquelles Wtenbogaert s'était, comme toujours, montré à la hauteur des devoirs de son saint ministère. En voici la simple indication^ :
Tandis que Maurice de Nassau, suivi de près par la masse des forces ennemies qui allaient l'assaillir, marchait vers Nieuport, les délégués des Élats généraux des Provinces-Unies venaient de se réunir à Ostende, pour parer aux exigences de la situation 2.
* De Meteren, Histoire des Paya-Bas^ p. 483.
• Ces délégués, expressément chargés «de se tenir à proximité du (T prince Maurice et de l'assister de leurs conseils^ ainsi que des choses «nécessaires, étaient Jacob d'Egmont, sieur de Wesembourg, Jean «d'Olden Barnevelt, sieur de Tempel, avocat de Hollande, Jacob Huy- «ghens, Van der Danen, bourgmestre de Delft, maistre Nicaise Sille, « docteur es deux lois, pensionnaire d'Amsterdam et conseiller d'estat , «maistre Jean de Sauten, conseiller et pensionnaire de Middelbourg, «Ferdinand Allamand , Nicolas Janssen, Hubert, bourgmestre de «Ziricksée, le sieur Gérart de Renessé, le sieur van der Aa, maistre «Abel Franckens, docteur es deux lois, Egbert Alberde, bourgmestre «de Groninghe, et le greffier Corneille d'Aerssens» (De Meteren, Histoire des Pays-Bas, p. 483).
LOUISE DE GOLIGNY.
En même temps qu'eux se trouvaient dans celte ville divers ministres de TÉvangile affectés au service de l'armée néerlandaise, et^ parmi eux, Wtenbogaert, habituellement attaché depuis lors, à la personne de Maurice de Nassau, dans le cours de ses campagnes.
Voulant, au nom de tous, aller prendre les ordres de ce prince, Wtenbogaert sortit d'Ostende; mais vainement tenta-t-il de parvenir jusqu'à lui, à travers les lignes ennemies.
Contraint de rentrer dans la ville, il réunit à l'issue du prêche, ses collègues et pria avec eux pour le salut de la patrie et de l'armée. Bientôt, à l'ouïe d'un feu de mousqueterie, qui lui prouvait que la bataille était engagée, il se rendit, avec les autres ministres, auprès des délégués des États généraux, et les pressa de convoquer le peuple à une assemblée de prières en faveur des défenseurs de la patrie ; les délégués répondirent à ses instances, et d'ardentes supplications s'élevèrent vers le ciel*. Elles ne cessèrent qu'au moment où l'on apprit, à Ostende, que Maurice était vainqueur: aux supplications succédèrent immédiatement de chaleureuses actions de grâces.
On se représente aisément l'intensité de celles qui débordèrent du cœur de Louise de Goligny quand, au milieu des anxiétés^
* « Messeigneurs les Estais et autres gens de bien en Ostende, se trou- « vèrent en grande perplexité. Gomme en telles extrémités , il n'y a «c point de meilleur remède, quand les moyens humains semblent défail- «ïîr, que de prendre son refuge au seigneur des armées, voilà pourquoy «messeigneurs les Estais, avec ceux de leur suite, et plusieurs autres « qui estoient là présens, se retirèrent en la chambre où ils s'assem- «blaient, et après que le ministre Wtenbogaîrt eut fait une prière à « Dieu, pour la conservation de la personne de Son Excellence et des «autres seigneurs et capitaines qui estoient avec luy, et semblablement a pour toute l'armée, on recommanda le tout à Dieu, en attendant une «favorable issue» (Les Lauriers de Nassau, p. 219). — Voir aussi PiETER BoR, De Nederlansche Historien, in f«>, t. 4, p. 651 et suiv., année 1600).
8 LOUISE DE COLl'C.NY.
toujours croissaules, auxquelles, depuis longtemps, Tabsence de nouvelles la laissait en proie, elle apprit enfin , non seulement que son 61s, son beau-6ls et son neveu avaient la vie sauve, mais que les deux jeunes gens avaient, sous les yeux et à Texemple de leur frère et cousin, fait preuve d'une insigne valeur.
Que ne peut-on connaître les lettres que certainement elle ne manqua pas d'écrire à tous trois dans cette grave circonslance ! et quels regrets n'éprouve-t-on pas en constatant la lacune qui existe, sur ce point, comme sur tant d'autres, dans la correspondance de la princesse !
Trois mois après la bataille de Nieuport, Louise de Colignyse trouvait à Lierville, où, tout en se livrant à divers soins que réclamait de sa part ce domaine, elle se montrait préoccupée de ce qui pouvait se passer dans les Provinces-Unies, de ce qu'y devenait son fils, et de ce que devenaient, de leur côté, en France, ses 6lles Elisabeth et Brabantine, ainsi que leurs maris et leurs enfants. Deux lettres d'elle, du mois d'octobre 1600, témoignent de ses préoccupations, à celte époque.
I^ 11, elle écrivait à la duchesse de la Trémoïlle * :
«J'ai retenu vostre laquais plus que je ne pensois, ma chère «fille, parceque j'attendais des nouvelles de vos frères, et que «je sçavois bien que cela vous rendroit sa venue doublement «agréable; mais j'ai esté frustrée de mon attente, car voilà des « dépesches que j'altendois de Paris, par lesquelles j'en pensois « apprendre, et on me niande qu'il n'en est point venu : de façon «que je n'en espère que par le retour du sieur de Beaumont, «que j'y ai dépesché il y a six semaines. J'attribue cela au vent, «qui a tousjours esté contraire, et n'excuse pas pourtant la « paresse de delà la mer, car elle y est très grande.
« Mais il me semble que vostre bon mari n'est pas aussi bien
* Archives de M, le duc de la Trémoïlle.
a fort diligent, de ne vous avoir rien naandé depuis qu'il est aux ^ bains. Je crois qu'ils lui profiteront, car j 'entends que c'est <ruQ souverain remède. Dieu veuille qu'il en revienne bien sain !
({J'attends, en grande dévotion, le laquais que j'ai envoyé à «Turenne, et crois qu'il repassera à Thouars, pour me rapporter «encore des nouvelles de toute la petite famille. Je ne vous puis «résoudre, ma mignonne, du temps que j'aurai ce contente- « raent de l'aller voir, parceque cela dépend de ce que me mande- « ront ces bons beaux-fils, car eux et vous disposez de moy pour a cela et pour toute autre chose.
a Je suis si empeschée en mon nouveau mesnage, que vous «ririez si vous me voyiez. Je m'en vais lundi, commencer à «faire vendanges. Je suis aussi affectionnée à mon jardin, que « vous m'avez veue à celuy de La Haye ; mais, quoique je fasse, «je ne rendrai jamais cesle maison agréable, car je n'y ai ny «bois, ny eaux; aussi, si j'en puis tirer mon argent, aimerois-je « bien mieux en avoir une autre.
«J'ai eu mon frère, qui y a demeuré des jours ; mais il s'en « rêva demain trouver sa femme
« Je ne vous mande point de nouvelles, car, à ceste heure «que je suis aux champs, je n'en apprends pas beaucoup. Seule- « raent viens-je d'apprendre par des lettres de Paris que la reine «sera à Lyon, à la fin de cemoys. Les dames en sont parties « pour aller l'attendre à Marseille.
«Ma chère fille, aimez lousjours vostre mère, qui vous chérit «et vous aime tousjours, à l'égal de soy mesme. Croyez-le, ma « mignonne, et que je suis entièrement à vostre service. Baisez « mes enfans, pour l'amour de moy ; il me tarde tant de les voir, a que j'en meurs.»
Une seconde lettre de la princesse à la duchesse de la Trémoïlle, expédiée vers la fin d'octobre, portait* :
* Archives de M. le duc de la Trémoïlle,
iO LOUISE DE COLIGNY.
a J*eslois toute preste de vous dépescher un laquais, lorsque ace petit est arrivé. Je suis extrêmement aise d'avoir appris, a par les lettres de vostre cher mari et les vostres, Testât de vos a santés, et de la petite compagnie; mais, mon Dieu, ma fille, a quel contentement de voir que ces bains lui aient esté si utiles ! ((Je me suis faict représenter par ce laquais comment il estoit (( dans ceste boue. Je me le représente avec un gros valet qui aluy pesoit sur les épaules pour le faire enfoncer, et luy qui a faisoit une estrange mine de voir sa belle peau ainsi sale, mais abonne saleté, puisqu'il s'en trouve si bien. Non, j'en ai une (( telle joie, que je ne le vous sçaurois représenter; car, pour moi, a je crois, puisque ceste année, il a senti un tel profit, que, quand a il y aura esté encore une autre fois, il ne se sentira du tout cplus de ses maux. M. de Bouillon m'a mandé aussi qu'il s'estoit (( fort bien trouvé de ces eaux.
«A ce que je vois, vos baptesmes sont remis jusques en feb- «vrier. J'enverrai bien auparavant sçavoir précisément le temps, «car j'y veux estre devant tous les autres.
ccJe donnerai ordre cependant à mon ménage, où je suis si (cempeschée, que je ne prends pas seulement le loisir d'aller à « une lieue d'icy, de peur de faire perdre une journée à mes acervales, qui me servent, à ceste heure, à tout. Je fais faire un ((jardin et plante force arbres, car je n'en ai trouvé un seul icy ; ((mais j'ai appris aujourd'huy de M. de la Rainville un ménage ((qu'il dit qui vient de vous, à ce que luy a dit M. de Lanoue ; ((de quoy je me réjouis infiniment, car cela m'exemptera d'une ((grande dépense. C'est pour des ormes femelles que je fais a planter, que j'achète 50 francs le cent ; et il dit, qu'en plantant ((des mâles, que j'aurai à beaucoup meilleur marché, les faisant (tenter, il seront encore plus beaux que les autres. Plût à^ Dieu ((que ma maison fûst aussi près de vous, 'que Chavannes: nous ce apprendrions, l'une à l'autre, de bons ménages.
d II me tarde si extrêmement de vous voir, que j'en meurs. Je a me suis bien fait conter des nouvelles de mes enfans par ce a laquais.
«J'ai quelque espérance que nous pourrons bien voir, cest hiver, « vostre petit frère, que Messieurs les Estais ont envie de l'envoyer «vers le roi, quand Sa Majesté sera mariée, pour se réjouir de or son mariage et luy dire : à la bonne heure! comme on fait, en a Vostre bon pays. J'en suis extrêmement aise, et principalement a afin qu'il ne demeurât point cest hiver, en ces te oisiveté de «La Haye, là où ils se débauchent extrêmement. Croyez que «j'en ai escript, depuis deux jours, une bonne lelirek vostre petit d frère, par laquelle je parle bien à luy. Vostre cousin, le comte « Ernest est son grand gouverneur, et c'est lui qui le perd^ ; je lui en «veux bien mal. Vos deux frères se portaient fort bien, quand «le sieur de Beaumont en est parti, qui est arrivé seulement «depuis huit jours.
«Vostre sœur 2 n'a pas encore faict sa paix avec son frère.
« La duchesse d'Aerschot est auprès de son mari ; le comte et «la comtesse de Hohenlohe sont à Buren ; loutleresteàl'accous* « tumée.
«Mais, ma fille, mandez moy un peu des nouvelles de ce «mariage pour vostre sœur ^, dont me parle M. de la Trémoïlle. «Il me semble qu'il ne faut pas laisser échapper cela. J'entends «que la belle Catherine de Rohan ne le refuserait pas, à ceste «heure. Il y aura de la fatalité aux filles de Nassau de luy « oster ses serviteurs. Messieurs de Rohan ont esté en Hollande,
* Voir Appendice, vP I.
• Emilie première, sœur germaine de Maurice de Nassau, contre la volonté duquel elle avait épousé Emmanuel, fils d*Antoine, roi détrôné de Portugal.
' Emilie Antwerpiana.
ce comme Beaumont y estoit. L*aisDée m*escrit qu*il est fort concrtent de vos frères et de Messieurs les Estats
cJe D*ai eu nulles nouvelles de Monsieur et de Madame de «Bouillon, depuis le retour de mon laquais, qui estoit allé par «Thouars. Il me tarde bien de voir Madame de Givry, pour a apprendre particulièrement de vos nouvelles, et le temps que vous ce devez accoucher. Ma cousine la marquise de Mirabeau et une «sœur d'Andelot sont en mesme estât que vous. Vilars ditqu*elle «sçait bien que vous aurez toutes des fils, et Madame de Bouil- «Ion. Mais, ma fille, ne vous eslonnez point de ceste folle de «Vilars, qui est, à ceste heure, si grande ouvrière, que Ton ne « peut la tirer de Touvrage, et se plaist tellement icy, que, si ce «n'esloit pour aller à Thouars, elle n'en voudroit pas partir.
«Comme j'estois en cest endroict, il m'est venu forces nou- «velles de Paris. Je vous en envoie copie, encore que je pense «que M. de la Trémoille est beaucoup mieux averti que moi ; « mais, parce que celles-ci sont les dernières qui sont venues de « Paris, possible ne les aurez-vous pas encore reçues. Mesdames «de Nevers et de Longueville m'escrivent des lettres si pleines «d'aflliclion, qu'il n'est pas possible de plus, principalement ceste « pauvre mère qui me fait extrême pitié.
« Ma fille, je suis à vous, vous le sçavez bien : je dis plus «qu'à moy-mesme; je vous baise mille fois les mains. )>
L'espoir qu'avait la princesse de revoir son fils en France fut déçu, celte fois encore ; car Henri Frédéric se vit retenu dans les Provinces-Unies par l'imminence de nouvelles opérations militaires auxquelles il devrait prendre part.
Le séjour de Louise de Coligny à Lierville se prolongea. Elle y était encore, au mois de décembre 1600. Ce fut là, en effet, que, le 17 dudit mois, elle signa un acte important*, qui lémoi-
* Voy. Appendice^ n® 2.
gna du soin avec lequel elle veillait, de loin, au règlement des droits héréditaires de son fils.
Celui-ci, avant la reprise des hostilités contre les Espagnols, eut la joie de voir s'affermir la naissante carrière de son jeune frère d armes, sous la protection de Maurice de Nassau. Un début, tel que celui de Chastillon, à la bataille de Nieuport, constituait un heureux présage : Maurice en tint compte, et, appréciant la rare capacité et la bravoure de ce jeune Français, qui n'avait encore que dix-sept ans et demi, il proposa aux États généraux sa promotion à un commandement que cessait alors d'exercer un officier des plus distingués, Odetde Lanoue. La proposition du chef de l'armée fut favorablement accueillie par les États généraux, et, le 13 janvier 1601, Chastillon fut nommé colonel du régiment français, entretenu au service des Provinces-Unies.
Tandis qu'il s'occupait avec activité de la réorganisation de ce régiment, et que la princesse, sa tante, applaudissait à sa promotion, les duchesses de Bouillon et de la Trémoïlle continuaient à être l'objet de la sollicitude maternelle. L'une d'elles recevait de Louise de Coligny ces lignes * :
a Je bénis doublement ce jour icy, m'ayant esté heureux en a deux sortes : pour y avoir reçue des nouvelles de mes deux a chères filles, et y avoir appris la naissance d'une nouvelle venue d au monde. Je m'attendois que Madame de Bouillon aurait un ccûls, mais ce sera donc vous, ma belle mignonne, qui m'en «donnerez un. Je fais estât de partir d'ici pour vous aller aider, «de jeudi en huit jours, s'il plaist à Dieu, et passerai par Tours, a et vous mènerai vostre sage-femme, si elle n'est encore partie. «J'irai par eau jusqu'à Saumur; de façon qu'il faudra, s'il vous
* Lettre du 28 janvier 4601 à la duchesse de la Trémoïlle. (Archives de M. le duc de la Tremoille),
ccplaist, que vostre carosse et vos chevaux fassent la petite corce vée pour me venir quérir jusques-Ià. M. de Bouillon me mande, «qu'incontinent qu'il sçaura le roy à Paris, il s'y en yra, et ((qu'il me verra icy, en passant; mais je luy mande que je m'en a vais à Thouars, et que, s'il est bon frère et bon fils, il nous «viendra voir là ensemble; et, à la vérité, vous ne devez pas c laisser passer ceste occasion pour le baptesme de vos enfans, a car, s'il est une fois embarqué à la cour, il n'obtiendra pas son a congé aisément. Je m'asseure qu'il est trop honneste homme a pour manquer à la promesse qu'il en a faite à Monsieur de la a Trémoïlle et à vous.
«Je vous envoie des lettres de Mesdames vos tante et sœur, «religieuses.
« Excusez-moy de plus longue lettre, car je ne m'ose beau- « coup baisser, pour une grande désluxion qui m'est tombée sur « les dents, qui m'a enflée toute la moitié du visage, de telle « façon que je ne vois preque goutte d'un œil. Je n'escris point, «à ceste occasion, à M. de la Trémoïlle, aussy que vous me « mandez qu'il n'est pas à Thouars.
« Je serai très aise, chère fille, s'il vous plaist de m'envoyer «un laquais, comme vous me mandez, afin que par luy je vous « mande, sans faillir, le jour que je pourrai estre à Saumur.
«J'eus hier des lettres de Madame la princesse, qui me com- « mande fort de vous assurer qu'elle est fort à vostre service. « Elle me pensoit desjà à Thouars.
«Le roy arriva mercredi, en poste, à Paris, ne fit que dîner (Tchez Gondy, et s'en alla à Verneuil.
« Bon soir, chère fille, que j'aime à l'égal de mon âme ; je « remets tout discours à ceste vue tant désirée.»
La vue tant désirée ne tarda pas à être obtenue, et elle fournit à la princesse une nouvelle occasion d'entourer des plus tendres soins sa fille Brabantine.
Bientôt la jeune duchesse donna le jour à un fils qui, le 45 mars 1601, fut présenté au baptême par Louise de Coligny et par M. de Parabère, agissant au nom du roi.
DeuK mois plus lard, la princesse dut se rendre à la cour, et faire à Fontainebleau un séjour, au sujet duquel elle donna à sa fille ^ les détails suivants :
«Chère fille, j'attendois tousjours à vous escrire amplement par crie sieur de la Sauzaye, et il a demeuré icy tant de jours, qu'il «est mieux instruit de beaucoup de nouvelles qui s'y passent; «que moy-mesme, qui, hors ce qui se faict en la chambre de la «roine, ne sçay pas grand chose. Et, pour cela, je vous aurais «bientost représenté toute nostre vie, qui est, premièrement, que «Ton se lève fort tard. Pour moy, je ne vois la roine qu'après «son dîner, car nulle dame ne se trouve ny à son lever, ny à son «coucher, qui n'est pas petite commodité ; et soudain qu'elle est «preste, elle va ouïr la messe, et puisdine. L'après-dîner, toutes «les dames se trouvent en sa chambre, où nous avons l'honneur «de parler fort familièrement à elle. Le roy va et vient de sa cham- «bre au cabinet ; il y fait mille voyages par jour. Durant sa diète, «la roine et nous toutes ne bougions de son cabinet, là oii nous «avions toutes nos ouvrages, qui est un lit qu'a commencé la «roine, où nous travaillons toutes. Sur le soir, on se va un peu « promener, à ceste heure que le roy l'a achevée ; et, auparavant «que Sa majesté la commençât, c'est, tout le jour, la chasse aux «sangliers. On revient fort tard. Après souper, la musique en la «chambre de la roine, où cependant elle rit et cause avec nous, «et est de la meilleure humeur du monde. Madame de Ch... est «icy d'hier, qui défraie la compagnie. J'en suis bien faschée; «mais quoy, il faut rire, car le roy a des mots, qu'il n'y a pas
* LeUre à la duchesse de la Trémoïlle, du 26 mai 1601 , datée de Fontainebleau {Archives de M. le duc de la Trémoïlle).
i6 LOUISE DE COLIGNY.
a moyen de s'en empescher. On ne sort point de ia chambre de a la roine, qu*il ne soit minuit et une heure. Hier soir il en était (ïdeux. La roine s'habille tousjours à Tllalienne, et ne prendra
«point rhabit François, qu*après ses couches La roine fait
a fort bonne chère à Madame de Verneuil. A moi, elle me fait alhonneur de me la faire la meilleure du monde.
«Toute la cour part bientost d'icy, pour aller à Montceaux, «et moi je m en vais à Paris, voir si je ferai de fortunées «affaires.
« Les dernières nouvelles que j'ai eues de vos frères sont du 5 «de ce mois. Ils estoient à La Haye, se portoient bien, et ne «faisoient encore rien.
c Voilà M. de la Suusaye qui me presse si fort, qu'il faut que «je finisse tout court, en vous assurant que je vous aime de toutes « les puissances de mon âme, et nos petits enfans, et surtout mon « petit mignon. Quand je seroi à Paris, je luy enverrai un petit « cheval tout chargé de coco. Je désire bien sçavoir si vous vous «porterez, à ceste heure, mieux, et si toutes vos douleurs sont «passées, et comment M. de la Trémoïlle se porte de sa diète. «Adieu, chère fille, je n'ai plus de loisir ; je suis toute à vostre «service.»
Peu de jours après l'envoi de cette lettre, Louise de Coligny revint à Paris, et, avec M. de Loménie, présenta au baptême la fille de M. et de M'"* de Beringhem ^
Presque aussitôt, à quelque soufi'rances physiques s'ajouta, pour la princesse, un profond chagrin, celui que lui causa la mort de
* «Jeanne, ûlle de Pierre de Beringhem, premier valet de chambre «du roy, et de damoiselle Magdeleine Bruneau^ née le dernier février et «baptisée lelOjuing; présentée par Anlhoine de Loménie, secrétaire «du cabinet du roy, et dame Loyse de Coligny, princesse d'Orange.» (Registres des baptêmes de Téglise réformée de Paris. I , f'' 19. R*». — Bulletin de la Société de Vhist, du prot, français^ t. 21).
Françoise d'Orléans-Longueville, princesse de Condé, à laquelle l'unissaient depuis longtemps les liens d'une étroite affection. Voici en quels termes elle parla de cette mort à la duchesse de la Trémoïlle * :
«C'est avec tant de larmes et d'extrême ennui, chère fille, ce que je vous escris ceste lettre, que vous m'excuserez, si je ne a la vous fais longue. Je fais le discours k Monsieur de la TréccmoïUe de l'occasion de ma tristesse, à laquelle jesçay bien que c( vous participerez, à bon escient, car je sçay combien vous estiez ^servante de ceste digne princesse, qui n'a rien laissé au monde ce de semblable à elle. Je suis si touchée de ceste perte, si par- « ticulière pour moi , que certes il m est advis que j'ai perdu «une partie de moy mesme.»
A cette triste communication s'ajoutaient celles-ci :
«On attend Madame^^à la fin de ce mois, et M™® de Montce pensier, dans deux ou trois jours.
a Je ne vous puis dire encore ce que je ferai. Je suis commanadée d'aller à Monceaux : Si mes affaires m'y portent, j'irai, et «non autrement. Il y a si peu que je suis en ceste ville,, et avec a tant de douleur pour la maladie et puis pour la perte de ceste <c pauvre princesse, que je n'ai pas encore eu loisir de m'y reconanoistre, ny de rien faire pour nostre petit mignon ; mais je (c m'en vais aviser à luy envoyer, par la première commodité, «ce que je penserai qui luy soit agréable, etc., etc.»
Huit jours plus tard, la princesse ajoutait^ : ce J'ai tousjours «esté malade depuis la mort de ceste princesse; ce qui m'a
* Lettre du 13 juin 1601, datée de Paris {Archives de M. le duc de la TrémoïUe.), ' La sœur du roi.
' Lettre du 21 juin 1601, datée de Paris {Archives de M, le duc de la TrémoïUe).
18 LOUISE DE COLIONY.
tempeschée d'aller à Monceaux, où sont Leurs Majestés, oii je «suis, tous les jours, conviée d'aller, et par leurs lettres et par « leurs commandemens ; mais enfin il faudra que j y aille demain, «car la roine dit qu'elle me veut montrer sa maison. Leurs « Majestés attendent Madame : je vous laisse à penser quelle joie
a pour elle et sa troupe Vos frères sont devant liynberck, que
«j'espère qu'ils emporteront bientost. Je m'en vais envoyer « Beaumont mener un fort beau cheval à rostre petit frère, que «que le roy m'a donné pour luy. . .. Je vous baise les mains, «tout court, et à toute la petite troupe, que je baise, en imagic nation, mille fois.»
Chastillon se trouvait, avec les frères de la duchesse, devant Uynberck. Dès le début du siège de cette place, Maurice lui avait confié un poste d'honneur, celui de la défense des tranchées, en cas de sorties opérées par l'ennemi ; or, voici comment le jeune colonel du régiment français justifia la confiance de son chef : « Le 20 juin, rapporte Duyck*, le temps étant assez favorable, les «ennemis, en nombre d'environ huit cents hommes, passèrent « par l'une des portes, pour forcer la tranchée qu'on avait com- «mencée la, et, sortant des corridors avec furie, ils cherchèrent «à surprendre nos gens. Les sapeurs, qui étaient au travail, et «quelques sentinelles» abandonnèrent la tranchée; il en résulta « une si grande confusion, que plusieurs soldats placés à proxi- « mité du corps de garde, commencèrent à reculer. Ferme à son «poste, le seigneur de Chastillon arrêta les ennemis; et, semant « le désordre dans leurs rangs, les mit en fuite. Après s'être « reformés sous les murs de la ville, ils revinrent trois fois à la
* Journal d'Antoine Duyck, avocat fiscal au conî^eil d'état, dont le manuscrit (texte en hollandais, conservé à la bibliothèque royale do La Haye) a élé publié, par ordre du département de la guerre, avec une introduction et des notes par M"* Louis Muller. La Haye 186G. Voy. vol. 3, p. 70.
<t charge, en s'avançant jusqu'au corps de garde; mais ce fut «saus succès, car ils ne purent entamer la troupe à la tête de <(de laquelle se tenait Chastillon. Il les contraignit à la retraite, ce qu'ils purent du reste opérer en assez bon ordre. Cette sortie «dura plus d'une demi-heure. Des deux parts furent tirés de a nombreux coups de feu. Il fut tué, des nôtres, plus de vingt c( hommes, parmi lesquels le lieutenant de Pomerède et un riche «gentilhomme français, nommé de Labarre. Il y eut cinquante a hommes blessés: de ce nombre fut le seigneur de Chastillon, « atteint à la cuisse *. »
Heureux d'avoir, par sa ferme attitude, devant Rynbeck contribué à la reddition de celte place, Chastillon ne se préoccupa que médiocrement de sa blessure. A peine fut-il guéri, qu'il prit part, avec Henri Frédéric, à quelques opérations secondaires, dirigées par Maurice de Nassau, en vue d'une concentration d'efforts destinés a assurer la défense d'Ostende, qu'assiégeait l'armée espagnole.
A cette époque venait de se décider le mariage de la sœur de Chastillon , Françoise de Coligny, avec René de Talensac, seigneur de Loudrières, issu du premier mariage de Madame de la Boulaye. Il paraît, qu'en cette circonstance, la mère de la fiancée avait étrangement perdu de vue les égards auxquels avait droit sa belle-sœur, la princesse d'Orange. Cette dernière, qui quelque indulgente qu'elle fût, ne pouvait manquer de se sentir blessée, écrivit le 25 juillet 1601, à la duchesse de la TrémoïUe ^ : « Impossible de me pouvoir rendre à la bienvenue
* Voir sur la part brillante que Chastillon prit à Tafiaire de Rynberck, Illettré du comte Jean-P>nest au comte Jean de Nassau, du 20 juin 1601 (Grœn van Prinsterer, Corresp. 2° série, t. 2, p. 94); 2^ Lapise, Hist. toc, cit.^ p. 694; 3*^ Wagenaar, Vaderîansche Historien. Amst. 1752, vol. 9, p. 105.
* Archives de M, le duc de la TrémoïUe.
«de ma DÎèce. J en escris à Madame de la Doulaye, et luy en a fais mes excuses; car elle me faisoit la faveur de me mander a qu'elle m'y désiroit; ce quena pas faicl Madame de Ghastillon, a ni du mariage, ni de la fr/ent^enue Je dis auparavant ma maladie; acar, encore que peut-estre elle dira qu'elle sçavoit bien que je a n'y pouvais pas estre, je dirai que, pour cela, elle ne devait pas «laisser de m'en prier, estant ce que je suis à sa ûUe, la civilité a la conviait à me rendre ce devoir, d
Hâtons-nous d'ajouter que la princesse, avec sa bonne grâce habituelle, se prêta à tout ce qui pouvait contribuer à effacer les traces d'un refroidissement momentané, et que ce fut dans sa propre demeure, que, plus tard, en sa présence, se signa, comme on le verra ci-après, le contrat de mariage de sa nièce.
Le manque de procédé, signalé dans la lettre du 25 juillet 160J, n'était pas le seul dont elle fut fondée à se plaindre, car elle y censurait, à juste litre, les téméraires et indiscrets commentaires auxquels se livraient certains personnages sur les relations de ses Glles avec elle. Recueillons, sur ce point, ses paroles empreintes à la fois de tant de dignité et de tendresse^ :
« Ne croyez donc point, chère fille, que vous trouviez jamais (( nul changement en moy. L'amilié parfaite que je vous porte a «ses fondemens si solides et si fermes, que vous ne devez jamais «craindre qu'il y ait aucune diminution ; car, quand mesme j'en « recognoistrois en la voslre, ce que je n'attends pas de vostre a bon naturel, je ne laisserois pas d'eslre telle pour vous que j'ai « tousjours esté ; car je ne manque jamais a mes debvoirs et à « Qies amitiés ; et vous ad vouerai que j'ai combattu, en ce derc( nier voyage que je vous ai vue, contre des |)ersonnes qui me (tvouloient faire juger, par vos actions et celles de Madame de (t Bouillon, que toutes deux vous ne me rendez pas le témoignage
* Première partie de la lettre du 25 juillet i601.
«d'amitié que vous aviez accoustumé. Je vous jure que ce m'a «esté ua desplaisir bien sensible, de ce que la pluspart de la «cour, tant hommes que femmes, faisoient ce jugement, que j'ai < tousjours rabattu, et aligné des raisons pour faire juger le con- « traire. Peut-estre vous sera-t-il tesmoigné, quelque jour, par «ceux mesmes qui m'en parloient; et lors vous cognoistrez qu'il «n'est jamais rien entré en mon esprit, qui m'ait pu faire croire «que vous eussiez diminué ni de l'amitié, ni de l'estime que j'ai « tousjours recogneu que vous avez pour moy. Et certes, ma fille, « si cela estoit, aussi me feriez-vous extrême tort ; mais brisons- « là ; il ne faut pas seulement y penser.
« .... Je ne vous parle point de ce qui se passe icy, car vous «en estes avertie par personnes qui en sçavent plus de nouvelles « que moy, qui m'enquête seulement de celles de vos frères, «dont je suis en telle peine, que je ne pense et ne m'enquiers «d'autre chose ; et le désir d'en aller apprendre à Saint-Germain, «où on me vient de dire que le roy en a reçeu, me fait finir tout « court, en vous asseurant, ma chère fille, que rien au monde ne «vous peut davantage aimer, estimer, chérir et honorer, que faict « vostre maman, qui vous baise cent mille fois les mains, et à mon « petit cœur et mes petites mignonnes. Dieu veuille les bénir. »
La sollicitude de la princesse pour ses enfants était incessante, et l'on continue à en saisir les traces dans les diverses lettres que, pendant son séjour à Paris, elle adressa, de cette ville, à sa fille Brabantine, en l'été de 1601.
Le 2 août, elle lui écrivait^ : «Chère fille, s'il fait aussi chaud «où vous estes, comme il fait icy, je pense que votre exercice « est, comme le nostre, de chercher à vous rafraîchir et encore « en l'état où vous estes, vous estes doublement à plaindre. Quand «je vois la roine et les incommodités qu'elle souffre, je pense à
' Archives de M, le duc de la Trémoille,
22 LOriSE DE COLIGNY.
a VOUS et à celles que vous souffrez. Il est vrai que vous n'estes pas c( si f;rosse qu elle, car elle est daus son huitième mois ; mais cela (( n*empôche pas qu'elle fait des traits qu'autre femme aussi grosse «qu'elle ne fit jamais; car le roy lui faict faire, tous les jours, udes promenades, et par eau et par terre, qui nous rendent «toutes malades et si harassées, que nous n'en pouvons plus; (( mais Sa Majesté ne ressent nulle incommodité de tout cela... . « J'attends des nouvelles de vos frères avec une grande impatience, «car ces sièges durent tousjours, desquels je crois néanmoins « que Dieu nous donnera enfin bonne issue. Je ne faudray de « vous faire part de leurs nouvelles, quand j'en sçaurai ; et, pour «ceste heure, je finirai avec la plus cruelle envie de dormir que «j'eus jamais. Je baise mille fois tout nostre petit peuple, et « particulièrement noslre petit mignon. Bonsoir, chère mignonne, a je vous baise mille fois.])
Une lettre du 26 août porte*: «Voilà M. de Bourron qui a m'avertit qu'un messager part, dans une heure, pour aller à «Thouars, et il faut que, dans demie, je me trouve au prêche, «chez Madame-^ au Louvre. Voussçaurez donc seulement, chère
* Lettre datée de Paris {Archives de M. le duc de la TrémoïUe),
* Voici rua des plus beaux hommages que Ph. de Mornay ait rendus à la fidùlilé chrétienne de la sœur du roi : « Si faut -il, Madame^ achever « généreusement ceste cause, en laquelle nous louons Dieu, que vous unous estes à tous un très illustre exemple , combattue à Tenvi, et de c-i douleurs et de douceurs; et qui, au milieu de tout cela, prononcés, par «vos nations, à toute la chrestienté : que vous préférés les afflictions du y peuple de Dieu aux délires de ce siècle; résolue, et je n'en double «point, que, si vous soufl'rez icy avec Christ, vous régnérés là-haut avec «luy; mais moy, certes, assuré, de plus, qu'il vous fera triompher dès «icy-bas de toutes les difflcultés, outre espérance, contre apparence; «parce, certes, que Dieu est fidèle et rémunérateur; parce que la piété « a les promesses de la vie présente et de la vie à venir, et parce que la « nature mesme veut que ce qui est semé avec peines soit enfin mois- « sonné en joye. Or, Madame, nos églises sont en prières assiduelles,
« fille, que j'ai été extrêmement aise d'apprendre, par vos lettres, a que vostre mal de bras soit guéri : j'avais peur que ce fut comme «celui de Madame de Bouillon. Vous estes donc encore grosse? a Que cela ne vous afflige pas, mon cher cœur : c'est une béné- «diction de Dieu bien grande. Noslre roine l'est à bon escient, «comme estant entrée depuis quelques jours en son huitième (t mois. Cela est cause d'avoir rompu le voyage de Blois, car elle «y voulait aller avec le roy. Leurs Majeslez partent demain pour «Fontainebleau, d'où la roine ne partira plus qu'après ses cou- «ches. J'ay reçue commandement d'y aller, mais je séjournerai «quelques jours icy, pour de petites affaires. Je regrette que le «voyage de Blois ne se faict pour l'amour de vous, car vous ne « recouvrerez pas aisément une si bonne occasion pour faire cour.
«Et vous. Monsieur mon cher fils, qui vous en allez aux bains, «si faut il bien que vous soyiez de retour, devant que je repasse «la mer.
«Les dernières nouvelles que j'ai eues de là-bas sont du 6 de «ce mois. Ils prenoient ce terme icy pour estre maistres de « la place; de façon que j'espère que les premières nouvelles que «jen aurai, ils seront dedans. L'archiduc assiège, de son côté, «Ostende ; mais il y a de bons hommes dedans.
«On me presse, de façon qu'il faut, mesenfàns, que je finisse, «en vous baisant mille fois les mains.»
Quarante-huit heures après l'envoi de cette lettre, la princesse, s'adressant au duc de la Trémoïlle, lui mandait * :
«qu'il plaise à Dieu magnifier ses bontés en voslre conduite. Et pour a luoy, je le supplie ardemment qu'il vous comble de ses grâces tempot* relies et spirituelles, vous console contre les prétendus maux, vous i< fortifie contre les faux biens et vous donne, Madame, après tant d'es- « preuves, en pleine prospérité, longue et heureuse vie» {Mémoires et correspondances de P. Mornal, éd. in-4°, t. 3, p. 4).
* Lettre du 28 août d60i, datée de Paris {Archives de M. le duc de lu Trcynoïlle).
(T Monsieur mon cher fils, j*avois délibéré de vous faire une a longue lettre ; mais, sur ce dessein, M. Dommarville est arrivé, (( lequel j'ai si longtemps catéchisé, que Ton vient quérir mes «lettres, devant que j'aye commencé, et luy-mesme n*aura a pas loisir de vous escrire, car il est allé trouver en poste M. de «Bouillon, qui s'en va en poste trouver le roy, qui est allé à a Calais. Ça esté un voyage fort prompt, et dont on n'avoit pas a ouï parler. Sa Majesté estoit allée à Verneuil, et attendait-on «son retour hier, quand on sçut qu'elle avoit pris ceste brisée. a Je m'en réjouis, car je crois que sa présence seule fera lever le f siège d'Oslende. Le sieur Dommarville parle diversement de «l'espérance que nous en devons prendre; car il dit que les «assiégés et les assiégeants sont fort résolus en leur dessein. (( Il croit, à ceste heure, mon beau-fils et mon fils en Hollande. « La roine partit hier pour aller à Fontainebleau, d'où elle ne « bougera, qu'elle ne soit accouchée. Madame est allée avec elle. « Mesdames de Guise, de Retz et ma personne, y devons aller, «dans peu de jours. J'ai vu M. de Souvré, qui m'a conté de vos « nouvelles ; il trouve ma fille extrêmement à son gré, et m'en <a dit mille louanges. Icy je finis, vous baisant les mains, d
Alors que Louise de Coligny prodiguait à ses enfants, en France et hors de France les marques de la plus tendre affection, elle eut inopinément à souffrir de menées occultes qui, insultant à son caractère et à ses droits, tentaient à altérer l'intimité de ses relations avec ses filles. Un homme auquel elle avait, dans l'excès de sa bienveillance, accordé maintes louanges et les témoignages d'une inaltérable bonté, un dépositaire de sa confiance, qui eût dû ne jamais perdre de vue l'honneur qu'elle lui faisait de le traiter en fils, poussa l'ingratitude et la déloyauté vis-à-vis d'elle, jusqu'au point de travailler, par de secrètes manœuvres, à la discréditer dans l'esprit d'Élisabath et de Brabantine de Nassau, de l'inexpérience desquelles il se jouait. Cet homme
n'était autre que le duc de Bouillon*. Dépourvu de toute éleva lion d'idées et de sentiments, ambitieux, intrigant, autoritaire, il devint jaloux de la légitime influence, qu'en mère aimante, judicieuse et douce, Louise de Coligny exerçait sur les deux jeunes duchesses, alors qu'il aspirait à les régenter; et il chercha par d'insidieuses suggestions, à ébranler leur confiance filiale. Ne pouvant s'attaquer directement ni à une tendresse maternelle, ni à un dévouement sans bornes, ni à de sages conseils, dont les deux jeunes femmes ressentaient journellement les salutaires effets, il imagina de représenter, à leurs yeux, la princesse comme manquant de dignité, à la cour, d'une part, en ne s'y assurant pas le rang qu'elle devait occuper, et, de l'autre, en y entretenant des rapports personnels avec la marquise de Verneuil, favorite du roi. Quelque dérisoires que fussent ces griefs, le duc poussa sa belle-sœur à les articuler, et celleKîi eut la naïveté de les porter à la connaissance de la princesse, sans lui révéler toutefois de quelle source ils provenaient.
La double réponse que la mère fit à sa fille fut ce qu'elle ne pouvait manquer d'être, digne et d'une précision péremptoire. 11 y eut plus : elle fut accompagnée dans deux lettres qui l'exprimaient, de délicats ménagements, destinés à toucher le cœur de la jeune duchesse et à lui faire regretter la démarche incol)sidérée à laquelle elle s'était laissée entraîner.
La première lettre débutait ^ par d'affectueuses paroles, précé-
* Nous partagions, sur ce point, l'opinion formellement exprimée par un grave écrivain. M*" Marchegaij, dans le recueil intitulé : Lettres de Louise de Coligny (Paris 1872. Br. in-8, p. 29, 30), et reproduite dans la correspondance de la princesse publiée par M»" Léon Marlet (Paris i887, 1 vol. in-S*», p. 29i). Cette seconde publication complète l'œuvre de M"" Marchegay. Elle se distingue par une étude biographique qui, pour estre esquissée à grands traits , n'en est pas moins recommandable et par un ensemble de notes substantielles.
* Lettre du 27 août 1601 (Archives de M, le duc de la Trémoîlle).
2(i LUt'I>K 1)K COLKINY.
daDt, à tilrcdc bienveillant préliminaire, la réponse qui allait èlre laite :
uQue j'ai eu d'aflliclion, chère fille, lorsque j'ai sçeu par vos «lettres, que le sieur Chauveau in'aap[K)rlées, 1 accidentqui vous uLVst arrivé, en voslre grossesse ! Il y en a prou à qui la mesure ((chose est arrivée, qui nont pas laissé de se trouver grosses, i< |)0ur cela je ne sera point à mon aise pourtant, que je « svache ce que vous en croyez et en (|uel estât vous estes à « présent.
«On m'a dit qu'il ne se peut rien voir de plus joli que noslre •( fils. C'est chose que je crois aisément, car de ce que j'en ai vu, «c'est sans cajolerie que je le dis, mes yeux n'ont jamais rien a vu qui luy ressemble.
a A ce que je vois, vous vous donnez bien du bon temps, je usçavais bien que vous trouveriez Madame de Montpensier bien «à voslre gré, quand vous l'auriez un peu pratiquée. Pour « moy, je suis sa servante fort passionnée, et l'aime de tout mon (( cœur.
«J'attends, avec l'impatience que vous pouvez imaginer, ce «qui arrivera du siège d'Ostende. J'en conçois cependant toute « bonne espérance, car ceux du dedans ont fort bon courage. Il « ne leur ujanque rien de tout ce qui est nécessaire à une place «assiégée. Vos frères sont en Zélande, pour apporter à leur «secours tout ce qui se pourra.»
La princesse aborde alors la réponse au premier des deux griefs allégués :
« Il faut que je réponde à ce que vous dites avoir appris, que «je ne suis pas, en cesle cour, comme je le debvrois, et que vous «craignez que cela soit, un jour, préjudiciable à vos frères. Je «vous prie de croire que je ne suis point si mal avisée, que je « fasse chose qui le leur puisse estre, ni à aucun de la maison.
« Je crois que ce que vous voulez dire, c'est pour les rangs. a Or, de cela on ne peut dire qu'il se soit faict nulle cérémonie « où il s'en soit tenu. De tenir antichambre, qui est là oii on en «souloit tenir, c'est chose qui est fort rare ; et, quand il y en a, «j'y ai mon siège, et sommes toutes assises autour de la roine, «sans aucun rang; et, tous les jours, j'ai mon siège en la «chambre de la roine, et s'y assied-on comme on se trouve. « Pour passer aux portes, on passe aussy comme cela. La vérité « est que Mademoiselle de Guise, au passage des portes, du com- « inencement, le vouloit lousjours prendre. J'ai évilé cela, et «trouvois invention, ou de ne m'y trouver point ou d'en faire a passer d'autres devant , auxquelles on sçait bien que je ne «cède point, ou de passer par d'aulres portes. Enfin, sçachant « bien que le roy ne vouloit donner l'avantage ny à l'une ny a « l'aultre, et Irouvoit bon que nous marchassions comme nous «nous trouverions, tantôt l'une, tantôt l'aultre, voilà comme « nous avons vescu depuis, sans cependant en parler. Quand « c'est à des festins où nous mangeons à la table du roy, je suis « tousjours du costé de Leurs Majestez, auprès de Mesdames de « Nemours ou de Guise, et Mademoiselle de Guise de l'aultre « costé.
«Somme, vous devez croire qu'il ne fut jamais moins tenu de «rangs; et, quand s'en tiendra, croyez que je ne m'y trouerai « point, si je ne reconnois y pouvoir tenir celuy que je dois. Je «n'ai garde d'en faire de grands cancans, car ce seroit bien cela «qui seroit préjudiciable, sçachant bien qu'il y a ces quatre mai- «sons qui tiennent rang en France, qui sont si proches au roy, «qu'il ne donnera jamais d'arrest, à leur désavantage. Voilà «pourquoy j'aime bien mieux n'en faire point parler, et éviter «de me trouver aux lieux où je prévoirai que j'en pourrois avoir «dispute : car je ne veux pas faire comme firent dernièrement «la comtesse de Saint-Paul et Madame d'Elbeuf, qui eurent des
cr paroles bien grosses, en la chambre de la roioe. M. de Mont- <r pensier vous Taura pu conter.
a Pour le temps que j'ai à demeurer en ceste cour, qui ne sera a pas long, je crois que je ne puis mieux Taire que de n*y a demander point de rang, puisque je suis en doubte d obtenir aceluy que j'y debvrois avoir ; et me meltrois un hasar d avoir a un arrest qui me seroit désagréable^ là où et moi et tous ceuk a de la maison sommes tousjours sur nos pieds pour le demander, a Cependant croyez que je me garderai bien de céder, en chose «qui soit préjudiciable à la maison où j'ai eu Thonneur d'estre a mariée. Gela seroit subject à d'autres discours qui ne se peuvent «représenter par leltres.
ce Je vous baise les mains, chère fille, et suis tout à vostre «service.»
Une autre lettre réfute le second grief * :
«Vostre dernière lettre, chère fille, me fait plus que jamais, a recognoistre votre bon naturel, voyant combien vous prenez à «cœur tout ce qui me touche. Vous dites que vous n'estes pas «contente des bruits que l'on fait courir de ma faveur par le «moyen de la marquise de Verneuil. Je ne sçais où on prend «ceste faveur, car, si vous estiez icy, vous verriez que je suis «tousjours d'une mesme façon. A la vérité, le roy et la roine «me font l'honneur de me faire fort bonne chère, et n'y a pas «apparence, pour le moins d'un des costés, que la marquise ne « soit cause. De dire que je la maintiens en son crédit, sont deux «choses qui ne s'accordent point, car il faudroit donc que j'eusse «plus de crédit qu'elle, et, par conséquent ma faveur nedépen- « droit pas de la sienne, mais lasiennç delà mienne. La remarque «que l'on a faite, que nous estions, à Saincl-Germain, logées
* Lettre du 20 septembre i601, à la duchesse de la TrémoîUe, datée de Paris {Archives de Af. le duc de la Trémoïlle),
ce tout proche Tune de Tautre est fort véritable; mais on ne dit € pas que Madame de Guise, Madame de Guercheville, elle et a moy, avions nos chambres toutes d'un mesme rang, comme en « un cloître, et que, s*il est arrivé que la mienne ait esté la plus a près de la sienne, il s'en faut prendre aux mareschaux des a logis, et non à moy, qui ne dispose pas de mon logis, aux a maisons du roy. Je m'asseure que Ton vous aura bien dit aussy ce que nous mangions souvent ensemble ; mais on ne vous aura a pas dit que Mesdames de Guise et de Retz en faisaient de « mesme. On ne vous aura pas dit aussy que je n'ay pas voulu a loger au louvre, parceqiie la chambre que Ton m'y donnoit a estoit près de la sienne; aussy, n'ai-je pas pris ceste excuse-là ce pour n'y point loger.
« De dire que je vois plus souvent ladite marquise que la roine : «ah! pour celuy-là il n'y a point d'apparence; et faut bien que et ceste invention provienne de quelque personne qui me veuille a mal et qui veuille bien espargner la vérité ; car chacun sçait et ' a chacun voit que je ne bouge de la chambre de la roine. Que a je n'avoue avoir beaucoup d'obligation à la marquise : jeserois a ingrate si je disois autrement. Mais je ne suis pas si sotte, que a cela me fasse faire chose qui soit contre ce que je doibs. Mes et actions ont prou monstre jusqu'icy ce que je suis ; et ceux qui a voudront mesdire de moy, cela retournera plus à leur blasure «qu'au mien, car je n'en donnerai jamais subject, s'il plaistà «Dieu, aux gens de bien; pour les aultres, ce me sera louange.
«Continuez donc à tenir mon parti, ma fille; et pour cela, « quand vous en ouïrez parler, et pour mon rang, de quoy on «vous parle tant. Pardonnez- moy, si je vous dis que vous avez « tort de demeurer sans réplique, comme vous dites que vous « faictes ; et demandez, s'il vous plaist, à ces personnes qui en «parlent tant, où c'est qu'ils ont veu que l'on ait tenu rang ; et, «s'il vous le peuvent remarquer, je leur pardonne.
30 LOUISE DE COLir.NY.
c Mais que dirai-je de vous, ma fille, qui me coadamoez tout a platement, me disant qu'il est tout certain que je fais tort à vostre (( maison et à vos frères ! Certes, ce mol ma pénétrée jusques au (( ccrur, je le vous avoue. Je vous ai respondu sur cesl article par a mon autre lettre, et vous dis encore que je ne suis point si (( sotte, que d'avoir fait nulle action qui leur puisse jamais estre a préjudiciable, ny no ferai, Dieu aidant; et croyez, ma fille, ((que rhonneur de vostre maison m*est trop cher, et qu'il ne me 'T pourra jamais estre reproché avec raison que j'y ai fait bresche ; ((et m'asseure que, quand vous seriez icy, que vous jugeriez (( vous mesme que je ne puis ny ne doits m'y gouverner aultre- ((ment que je fais, et pour cela, et pour toute aultre chose. Ma ((fille, je me souviendrai tousjours fort bien de qui j'ai eu Thon- ((ueur d avoir esté femme et fille: c'est chose dont je chéris a trop la mémoire, pour l'éloigner jamais de la mienne.
a Or, brisons ce discours, pour vous dire que j'ai eu l'honneur (ide voir vostre cousin*, qui m'a mise en peine, de ce qu'il m'a «dit que l'accident qui vous estoit arrivé à Champigny vous est (( encore revenu depuis. Je vous supplie que je sçache comment ctyous vous en serez portée. Depuis, il m'a dit mille biens de (( mon petit-fils, et qu'il n'a jamais veu rien de si joli.
((Je supplie Monsieur de la Trémoïlle de m'excuser, si je ne (iluy escris. Je me trouve si mal d'un rhume que j'ai depuis « trois jours, que je n'en vois goutte. Je luy envoie une lettre ((cscrite d'Oslende, par laquelle il en apprendra plus de nou- (( velles, que je ne luy en sçaurois mander.
ce Je m'en vais demain à Fontainebleau, pour estre aux couches «de la roine, qui n'attend plus que l'heure, estant bien avancée «dans son neuvième mois. Bonsoir donc, ma fille; je vous ((baise les mains et à vostre cher mari et nostre petit mignon.»
' Le duc de Monlpeiisier.
LOUISE DE GOLIGNY. 31
Les explicatioûs si nettes daas lesquelles la princesse était entrée, avec tant d'indulgence, vis-à-vis de sa fille, et les témoignages d'affection qu'en môme temps elle lui accordait, émurent la jeune femme, dissipèrent ses appréhensions, et lui inspirèrent, comme inséparable du regret d'avoir affligé sa mère, le vif désir de la convaincre d'un attachement, d'un respect et d'une confiance, qui désormais demeureraient inviolables. Quant au duc de la Trémoïlle, il s'associa, en homme de cœur, aux sentiments qui animaient sa femme. Il y eut là, de la sorte, à la suite du tort commis, la meilleure réparation qui pût être offerte, celle qu'inspira l'amour filial.
Ainsi qu elle l'avait annoncé, le 20 septembre, Louise de Coligny se rendit immédiatement à Fontainebleau, et, dès le 23 du même mois, au milieu des préoccupations que lui causait l'état de la reine, elle donna une nouvelle preuve de sa serviabilité, en écrivant à Aerssens, qui avait invoqué son appui ^ :
ce Monsieur Darsens, j'ay reçue vostre lettre par vostre laquais, <ïet suis bien marrye que je ne puis encore vous mander la <c naissance de ce Dauphin, que nous attendons et desirons tant. «C'est d'heure à autre que nous sommes en ceste atente, et ce croy que vous ferez fort bien de remettre vostre venue jus- « qu'alors. — Je vous ay mandé comme le roy a trouvé fort abonne la proposition que j'ay faicteà Sa Majesté pour vostre «regard; et luy ay faicte comme venant de moy, pour le désir «que j'ay de luy voir obliger tousjours des serviteurs. Je luy ay «demandé si j'en parlerois à M. de Villeroy : et m'en ayant «donné permission, je l'ay aujourd'huy, après plusieurs aultres «discours, faict tomber sur ce subject, lequel il a aussy fort «approuvé; mais il m'a dit, qu'il falloit en advyser avec vous, « non pas pour la chose, puisque c'est une volonté qu'a le roy
* Archives de la maison (V Orange-Nassau^ 22i7«.
a de vous gratiCer, mais pour la forme, parce que Ton prenoit a ombrage sur moindre chose que cela ; de façon que rexécution a s'en remet jusqu'à ce que vous ayés parlé ensemble, etc., etc.i»
Cependant la princesse aspirait, avec un redoublement d'ardeur, à recevoir des nouvelles qui la rassurassent sur le sort de son fils, de son beau-fils et de son neveu. Or, quelle tournure prenaient alors, au loin, les événements?
Maurice de Nassau, ayant de jour en jour, apprécié davantage le mérite du jeune colonel de Tinfanterie française, lui avait accordé, sur sa demande, et de concert avec les États généraux^ une insigne faveur, celle d'introduire un renfort dans Ostende assiégée et de participer à la défense de cette place. Chastillon, qu'une telle mission honorait à un haut degré, n'avait pas tardé à s'en acquitter avec un plein succès, qui en faisait présager d'autres encore; car que ne pouvait-on pas attendre de ses remarquables aptitudes militaires ?
Le 24 août, il était entré dans Ostende, avec six compagnies de soldats français ^.
Laissons ici parler, au sujet de la présence de Chastillon à Ostende, et de l'ascendant qu'il y exerça, un officier qui appartenait h l'armée assiégeante. Son impartial témoignage est d'autant plus précieux à recueillir, qu'il contient un éclatant hommage rendu au caractère et au mérite du jeune colonel français. Or voici comment sexprime Christophe de Bonvars, ce membre du conseil de guerre, et capitaine entretenu de Sa a Majesté catholique», dans son histoire du siège d'Ostende^ :
«L'un des fameux secours qui entrèrent là-dedans fut celui «qu'amena, du siège de Rhinsberg, le sieur de Chastillon, chef
* Journal van Anthonis Duyck. Deerde Deel, p. 138.
* Le mémorable siège d*Ostende, décHt et divisé en douze livres, par Christophe de Donours^ du conseil de guerre et capitaine entretenu de Sa Majesté, i vol. in-4«. Bruxelles 1626, p. 186 et suiv.).
ce et colonel-général des Français, en Tarmée des Estais ; ce qui «fut environ le commencement de septembre.... Ce jeune seiagneur, de Tillustre maison de Coligny, proche alliée à celle de a Nassau, laquelle, comme on sçait, est adorée par l'Holandais, ce en la personne du comte Maurice, portait grande authorité, «quant et soy. En outre de tout cela, ilestoit en belle réputation, « à cause de maintes louables parties qu'il possédoit, surtout en <L la profession des armes, où sa suffisance, composée d'un meur «jugement, en un âge verd, et d'un ardent courage, en un corps « bien complexivant, le rendoit parallèle aux plus vieux et expé- «rimentés capitaines du temps. — Sa bienvenue fut là-dedans «doublement applaudie, tant parcequ'il estoitaimé des soldats, «que pour autant qu'on croyait, en l'honorant, faire chose «agréable aux Estats, auprès desquels le nom de sa famille «estoit en révérence, à cause de la conformité de religion, et des «grands services reçus. Luy, plein d'un sang bouillant, et d'un « esprit relevé en ambition d'honneur et de renommée pardessus «le commun, après avoir esté, quelques jours, entre les murs «assiégez, considéré les choses faites et à faire, se souvint d'avoir «donné parole au comte Maurice et aux Estats, à son parlement «dernier d'auprès d'eux, qu'il mourroit sur le dessein, ou leur « témoignerait par quelque action digne du sentiment de leur «bienveillance, combien il en portoit l'obligalion près du cœur. «On voyoit qu'il sentoit un contentement particulier de se voir «là, disant à chaque propos, qu'il avoit tousjours ardemment «souhaité de se pouvoir trouver à la défense d'une place assiégée «par un camp royal, tel qu 'estoit cestuy-cy. L'occasion de retirer «le gage de sa promesse luy semble favorable, et son souhait à «terme d'eslre couronné, d'effet, se voyant là-dedans chéri, res- «pecté et honoré au possible. Son jeune courage, tressaillant de «généreuse gratitude et d'insatiable désir de gloire, résout tost «d'éclore ce qu'il avoit longuement couvé.»
Quoi de plus frappant que cet éloge de ChastilloD, tracé par un officier eoDemi ! Le langage de cet écrivain militaire est bien celui que pouvait tenir un homme qui connaissait à fond le jeune héros duquel il parlait, et qui se faisait un devoir d'honorer hautement ce qu^il y avait en lui de grand, de chevaleresque, de généreux. S'exprimer en de tels termes sur un adversaire, c'était l'honorer soi-même et se concilier l'estime générale. Cette estime, doit aujourd'hui encore, à plus de deux siècles de distance, être accordée sans réserve à Christophe de Bouvars.
Sa relation du siège d'Ostende dépeint l'activité déployée par le petit-fils de Coligny, dès son arrivée dans cette ville, a la défense de laquelle il désirait ardemment concourir ; puis elle reste dans le détail des considérations qui le déterminèrent à opérer une sortie générale.
Tout fut rapidement organisé pour celte sortie, et Chastillon se félicitait d'en voir les préparatifs toucher presqu'à leur tin, lorsqu'ils furent subitement arrêtés par un douloureux événement, qui frappa de stupeur la population d'Ostende et principalement ses défenseurs. Chastillon se tenait sur le Zanthil et s'entretenait avec plusieurs officiers, (restant assis sur un affût de canon, a lorsqu'un boulet, lancé du Monialin ^, lui enlevant toute la partie «supérieure de la leste, espandit à terre avec la cervelle de « l'entrepreneur, la pensée et l'espoir de rien désormais entre- « prendre de pareil. »
Ainsi succomba, à l'âge de dix-huit ans, au poste du devoir et de l'honneur militaire, le digne descendant de deux héros français, ce noble Henri de Coligny dont la carrière 2, inaugurée avec un incomparable éclat, mais presqu'aussitôt brisée, apparaît
' Relation de C. de Bonours.
• Nous l'avons retracée, dans la publication intitulée : Henri de Coligny, seigneur de Chastillon, 1 vol. in-S®. Paris i887.
comme un brillant météore, traversant Thistoire et y laissant après lui une trace lumineuse, à laquelle s'attachent avec attendrissement nos regards.
Sujet de deuil pour la famille, avant tout, la mort du jeune colonel français le fut aussi, dans les Provinces- Unies, pour ses compagnons d'armes, principalement pour Henri Frédéric, pour Maurice de Nassau, pour les Étals généraux, pour l'ambassadeur Buzanval; en France, pour ses amis, pour ceux de sa famille, pour toutes les personnes qui le connaissaient, pour le roi luimême.
La douleur de Henri Frédéric fut profonde. En en adressant l'expression à la mère de son cousin, il lui fit parvenir un objet, peu important en apparence, mais qu'il avait recueilli avec un pieux empressement, parce qu'il supposait que Chastillon y attachait un prix réel, puisqu'on l'avait trouvé sur lui, à sa mort.
« Monsieur le comte Henri, rapporte, sur ce point Buzanval ^, (c retira quelques faveurs que Chastillon portait au bras, et les «paya cher à un soldat qui les avoit, qui les envoya à M. d'Au- « maie, pour les rendre à ses pa rens.»
On ne saurait douter que ce ne soit aussi par les soins de Henri Frédéric, plus encore que par ceux de toute autre personne, qu'ait été assuré le transport, en France, de la dépouille mortelle de Chastillon.
Les amis de ce jeune seigneur, en France, étaient nombreux : tous , dans l'élan du cœur, confondirent leurs larmes avec les larmes de ses parents. A la seule pensée de celles que répandit sa mère, de quelle émotion n'est-on pas saisi ! La douleur d'une mère se sent, mais ne peut jamais se décrire ; aussi, faut-il
* Lettre du 16 octobre 1601, adressée à la Boderie {BihL nat, mss. f. fr. vol. 15,953, f« 212).
s'arrêter devaDt celle de riofortunée Marguerite d*Âilly, en demeuraot dans le silence d*une respectueuse sympathie.
A son immense deuil s'associèrent, avec toutes les délicatesses de cœurs profondément aimants et dévoués, les mères de jeunes seigneurs, qui, telles surtout que la princesse d'Orange, et que Mesdames de Mornay et de Rohan, avaient connu et chéri son fils.
La princesse perdait en son neveu, un enfantd adoption, dont elle avait, dans ses pensées et dans ses vœux, associé le brillant avenir à celui de Henri Frédéric. Elle souffrait doublement d'une mort, qui non seulement privait son fils, ainsi qu'elle-même, de l'être d'élite sur lequel reposaient leurs communes espérances, mais qui, de plus, livrait son cœur à de sinistres appréhensions; car Henri Frédéric, pensait-elle, pouvait lui aussi, d'un moment à l'autre, trouver la mort, dans quelque sanglante rencontre avec les ennemis de sa patrie. Dès lors, quelles supplications adressées à Dieu, pour qu'il daignât préserver Texistence de ce fils bienaimé!
De même que Madame de Chastillon^ Louise de Coligny fut vivement touchée de voir le roi partager l'émotion générale que causa la fin prématurée de son jeune filleul ^ et faire plus que mentionner la part d'honneur et de gloire qu*il avait si légitimement acquise. En effet, il la caractérisa fortement, en procla* mant, dans trois actes officiels, en date du même jour, 8 octobre 1601 2, les a grands et recommandables services qu'il avait reçus,
* Henri IV adressa, le 19 septembre 1601 , au connétable les lignes suivantes : «Toute la guerre qui se fait, à Ostende, d'une part et d'autre, «n'est guères qu'à coups de canon, dont ils font bon marché. Vous avez «desjà reçu, comme je crois, comme le malheur a voulu qu'un a porté «sur le feu sieur de Ghastillon, dont j'ay eu beaucoup de regret, car il «esloit de fort bonne espérance ; il avoit desjà, en ce peu de guerre qu'il t avoit fait, acquis fort bonne réputation. >
* Du Bouchet, Preuves de Vhistoire de Villustre maison de Coligny, p. 700, 702, 703.
«tant de feu Heori de Coligny, que du feu sieur de Chastillon* a son père. x> Il signala, en même temps, comme devant être suivi par le jeune frère qu'il donnait pour successeur à Henri de Coligny, dans l'exercice de ses charges, l'exemple a des vertus a et louables qualités de celui-ci. d
Il y avait, avant tout, aux yeux de la princesse d'Orange, qui connaissait l'élévation des sentiments de son neveu, un autre exemple à suivre: c'était celui de la foi dont était animé le jeune chrétien que Dieu venait de rappeler à lui ; foi simple et touchante, qui était le trait caractéristique de la vie morale de Chastillon.
En sa personne, on ne perdit pas uniquement un héroïque capitaine, mais on perdit, en outre, un défenseur zélé d'intérêts d'un ordre supérieur, en d'autres termes, de ces intérêts sacrés de la cause évangélique au maintien desquels avaient fidèlement concouru son aïeul et son père.
Ce fut là ce que, d'accord avec la pieuse princesse d'Orange, on sentit, dans les Provinces-Unies, comme en France, et ce que constata en son temps, avec la pleine autorité d'un juge éclairé, le véridique Hollandais, A. Duyck, en disant^: (cOn déplora la mort a prématurée de Chastillon, surtout parcequ'il avait le caractère (c droit et ouvert, qu'il était très affectionné à la religion , et que a les réformés français comptaient sur lui comme sur un de leurs a plus fermes appuis dans l'avenir.»
• Journal Van Anthonys Duyck. Deerde Deel. p. 153.