‹ Louise de Lignerolles, drame en cinq actes et en proseChapitre 43 sur 62 · HENRI, M. DE GIVRY · texte numérisé non relu

HENRI, M. DE GIVRY

M. DE GIVRY entre suivi de son domestique, et lui dit haut.

Reste ici à côté. ( Le domestique sort. — M. de Givry et Henri, après s'être salués, se regardent quelque temps en silence.) Monsieur, nous nous voyons pour la première fois, mais nous nous connaissons déjà.

HENRI

Comment cela, monsieur?

M. DE GIVRY

Je vais m'expliquer. Monsieur, vous êtes l'amant de ma femme.

HENRI

Qui a osé dire?...

M. DE GIVRY

J'étais bien sûr que vous ne répondriez ni oui ni non; aussi n'est-ce pas une question, (montrant des lettres.) j'ai les preuves.

HENRI

Alors , monsieur , que voulez-vous? nous battre? tant mieux ! les armes? le lieu?

M. DE GIVRY

C'est vous qui me provoquez! les rôles sont changés... Je ne veux pas me battre.

On m'avait pourtant dit que vous étiez brave !

M. DE GIVRY

1 On vous a dit la vérité , et c'est pareeque je suis brave , pareeque j'ai fait dix ans mes preuves, que je puis vous dire que je ne risquerai pas ma vie pour une femme à qui je retire affection et estime, et que je puis punir autrement.

HENRI

Vous attaqueriez une femme qui ne peut se défendre, quand il y a là un homme!

M. DE GIVRY

Vous raillez-vous de moi, avec vos phrases chevaleresques? Et qui êtes-vous donc, vous , monsieur? Comment! pareeque vous vous êtes glissé chez moi, pareeque vous avez séduit ma femme, il faudra que je vous fasse l'honneur de me battre avec vous ? et dites moi : si demain un homme me prend, non pas du bonheur, mais seulement de l'argent, faudra-t-il que j'accepte son cartel?

HENRI

Monsieur, ce sont là les arguties de la peur. Marchons.

M. DE GIVRY

Allez tirer sur les poupées de Lepage , si cela

vous fait plaisir ; un duel vous serait plus commode, je le conçois : vous donneriez ou vous recevriez un coup d'épée, ce qui vous ferait beaucoup d'honneur; ou bien encore, vous me tueriez, et vous ririez ensuite du défunt avec la veuve. Non , monsieur , j'ai plus de bon sens que cela. Je ne me bats pas avec les gens que je peux faire mettre en prison.

HENRI

Comment! vous auriez la bassesse...

H. DE GIVRY

Oui , certes, j'aurai la bassesse de me venger. Il y a assez long-temps que les maris sont ridicules; à votre tour, messieurs les amants! il faut qu'enfin un homme de cœur vous châtie et vous flétrisse. Un procès! entendez-vous, un procès qui dépoétise vos amours : il ne s'agit que d'attacher le grelot; eh bien ! je J'attacherai , moi ; les autres me suivront.

HENRI

Que me voulez-vous donc? que venez-vous faire chez moi?

M. DE GIVRY

Je viens chercher ma femme.

HENRI

Ici , monsieur !

M. DE GIVRY

Oui, monsieur, ici, parcequ'elle est ici.

HENRI

Celui qui a dit cela a calomnié.

M. DE GIVRY

Un instant, monsieur, c'est moi qui ai dit cela ; c'est moi qui l'ai suivie depuis Senlis; ce sont mes gens qui l'ont vue entrer chez vous ; ainsi , je vous déclare qu'elle est ici et que je la veux.

HENRI

Et si elle y était, croyez-vous que je serais assez lâche pour la livrer!

M. DE GIVRY

Vous l'avez bien été assez pour la corrompre.

HENRI

Vous m'insultez, monsieur.

M. DE GIVRY

Je serai long- temps en reste avec vous.

HENRI

Ah! vous prendrez tout mon sang...

M. DE GIVRY

Je n'en veux pas de votre sang ! je veux Cécile; me la rendrez-vous?

HENRI

Je vous ordonne de sortir de chez moi.

M. DE GIVRY

Je sais ce que j'ai à faire. (Appelant.) Antoine!

( Le domestique de M. de Givry paraît , il lui parle bas à l'oreille ; Antoine sort.)

HENRI

Que faites-vous?

H. DE GIVRY-

Vous allez le savoir : comme je ne veux pas

effo

que vous la fassiez échapper, je ne vous quitte plus.

HENRI

Vous dites?

M. DE GIVRY

Je dis que je m'assieds là devant vous et que , comme votre ombre, je ne vous laisse pas faire un seul pas sans vous suivre.

HENRI

Et vous croyez que je le souffrirai! à mon tour, je vous déclare que, si vous ne sortez pas, je vous forcerai bien à vous battre et qu'une offense publique...

M. DE GIVRY

Vous me donnerez un soufflet? Ce bras-là qui a manié dix ans le sabre broierait votre main qui n'a jamais tenu qu'une plume.

HENRI

C'est ce que nous verrons !

{ Il s'élance sur lui quand Lagrange paraît. )

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