REPRISE DU CHŒUR
Dès qu'un ami nous appelle, Nous accourons à sa voix , Prêts à célébrer la belle Qui l'enchaîne sous ses lois.
C'est à l'amitié fidèle A célébrer à la fois L'amour, l'hymen et ses
MALZEN.
Que vois-je ! comment, vous êtes ici ! . .. qui vous y amène7
SIDLER.
Et lui aussi!... c'est aimable,.. Il paraît que c'est le jour aux réceptions gracieuses.. . Ingrat î nous venons assister à ton bonheur.
MALZEN , à part.
Que le diable les emporte! (Haut.) Je suis bien reconnaissant 5 mais, de grâce, qui a daigné vous prévenir?
SIDLER , lui présentant une lettre. Toi-même. . . vois plutôt. . . la circulaire de rigueur.
MALZEN, prenant la lettre.
Hein !. .. plaît-il !... (La parcourant des yeux.) « Le baron
et ses lois.
* Sidler, Malzen.
18 LOUISE
>» de Malzen vous prie de lui faire l'honneur. . . et cœtera. » Allons, encore un tour de cette vieille folle. . . Décidément... c'est une guerre à mort.
SIDLER.
Est-ce que ce n'est pas toi qui nous as invités ?
MALZEN.
Je m'en serais bien gardé... non pas que je ne sois charmé.. . mais dans la position où je me trouve. . .
SIDLER.
Je me doutais bien qu'il y avait quelque chose. . . tu n'es pas très-bien avec la famille ?
MALZEN.
On ne peut pas plus mal
SIDLER.
-Je comprends. . . la jeune personne. . . une passion.. .
MALZEN.
Du tout. . elle ne peut pas me souffrir.
SIDLER.
Bah !. . . alors c'est donc toi. . .
MALZEN.
Je la déteste.
SIDLER.
J'y suis. . . c'est tout-à-fait un mariage de convenance.
MALZEN.
Il n'y en a aucune.
SIDLER.
Et tu l'épouses?
MALZEN.
Peut-être.
SIDLER.
Ah ! çà.. . mais à moins d'y être condamné. . .
MALZEN.
Précisément, je le suis.
TOUS
Que dis-tu \
SIDLER.
Oh ! pour le coup 7 je m'y perds. . . explique-toi.
MALZEN.
C'est bien l'aventure la plus maussade et la plus comique en même tems. . . car si elle était arrivée à l'un de vous , j'en rirais de bon cœur. . . parce qu'au fond le malheur ne me rend pas injuste..- Au fait, le commencement était assez agréable... une jeune fille, jolie et fraîche comme les amours.. . seize ans au plus. . . simple comme au village.,» du moins je le croyais ; car maintenant je suis sûr que j'avais affaire à la coquette la plus adroite !... C'était dans un bal !. .. Eh ! mais, Sidler, tu y étais aussi ; il y a trois ans ?
SIDLER.
Chez le grand bailli !... parbleu, je m'en souviens. . . je faillis étouffer quand le feu prit à la salle.. . tout le monde courait...
C'est cela. . . Tremblant pour les jours de ma jolie danseuse , je l'enlevai dans mes bras , et la portai au bout du jardin, dans un pavillon isolé, où, vu la distance, il était impossible que le feu arrivât. . . mais je n'avais pas prévu un autre danger. . . la petite s'était évanouie pendant le trajet. . . j'étais fort embarrassé pour avoir du secours ; je n'osais la jjuitter. . . {Souriant.) Et puis, entre nous, j'ai le malheur de ne pas croire aux évanouissement !. . . Bref, je ne sais, mais je n'appelai personne : et. . . enfin, c'est trois mois après, lorsque j'étais au fond de l'Italie, que j'apprends qu'on me suscite le procès le plus ridicule.
SIDLER.
C'est drôle , cette histoire-là. . , tu aurais dû nous l'écrire.
MALZEN.
Oui ; autant la mettre dans la gazette. . . et puis cela a été si vite. . . Se trouver tout de suite époux et père. . . par arrêt de la cour. . . et avec dépens.
Air de V Artiste.
D'un fils on me menace, J'ignorais qu'il fut ne' ; Et père contumace, Me voilà condamne.
»o LOUISE ,
J'arrive par prudence, Et sans retard aucun , De peur que mon absence Ne m'en coûte encore un.
SIDLER.
C'est donc une famille qui a du crédit., . une famille noble ?
MALZEN.
Eh non.. . de la bonne bourgeoisie. . . et voilà tout.
SIDLER.
11 fallait en appeler.
Nous n'y avons pas manqué; et nous avons encore perdu.
SIDLER.
Cest une horreur.. . mais cela ne me surprend pas.. . la justice à présent est si bourgeoise. . . elle est pour tout le monde. Mais elle a beau faire, nous sommes au-dessus d'elfe, . . et à ta place . . .
MALZEN.
Qu'est-ce que tu ferais ?
SIDLER.
Je m'en irais. . . je me moquerais de l'arrêt.
( Les jeunes gens remontent la scène > Malzen et Sidler smls se trouvent sur le devant. )
MALZEN.
Et si je ne l'exécute pas, je suis privé de mon grade t déshonoré... je ne puis plus servi./ . . ma carrière est perdue.
SIDLER.
Il fallait alors t'adresser au prince , dont ton père a été ministre.. . il t'aime , et si tu lui présentais requête.. .
MALZEN.
C'est ce que j'ai fait inutilement. Hier encore je lui en
ai adressé une nouvelle. La réponse n'arrive pas
l'heure s'avance... et pour la mémoire de mon père... pour ma propre dignité, il ne me reste plus qu'un moyen.. . que j'aurais dû peut-être tenter plus tôt.. . Chut ! [Regardant
Archives de la Ville de Bœxs
Ar^hiûf won Ho <3toH Rniç&fâ
par la porte à gauche. ) Quelqu'un paraît au bout de cette galerie.
SIDLER.
Est-ce la mariée ?
MALZEN.
Eh ! non. . . c'est la tante.
SIDLER.
Dieu ! quelle toilette î
MALZEN.
Et quel port majestueux... un vrai portrait de famille!.... Décidément il n'est pas permis d'avoir une tante comme ça.. . Laissez-moi.. . j'ai à lui parler.
SIDLER.
Veux-tu que nous restions là pour te soutenir ?
MALZEN.
Du tout.
SIDLER.
Mais tu ne seras pas en force.
MALZEN.
Air du Siège de Corinthe.
Laissez-moi seul avec ma tante.
SIDLER.
Vous laisser ainsi tous les deux !
Avec femme si séduisante , Le tête-à-tête est dangereux.
Si dans tes bras en pâmoison soudaine Comme sa nièce elle allait se trouver!
Crains sa faiblesse.
MALZEN.
Ah ! crains plutôt la mienne.
Je ne pourrais à coup sûr l'enlever.
I Oui , morbleu , je brave la tante , Laissez-nous ici tous les deux ; L'entretien qui vous épouvante N'a rien pour moi de dangereux.