I.ICIE
.\ttemlez : le jour où il me dit, en me montrant le ])oilefeuille* : « Voilà qui le fera riche, Lucette! » Je me jetai à ses genoux et je lui dis ; « Oh! mou papa!..' (c’était un nom d’amitié que je lui donnais, il le \ oulait absolument!) mon clier papa, ue faites pas une pareille chose, ne me déshonorez pas. Si vous m’estimez, si vous m’aimez, ne me donnez rien! Adrien me mépriserait si j’acceptais cela, et moi j’en mourrais! Et puis songez à vous-mème! Dieu serait bien mé. content de vous! Et que dirait-on d’un père qui n’aime pas son fils, un fils qui se conduit bien, qui n’a aucun tort! El vous si respecté, vous si bon ! Donnez-lui tout, ou bien cbargez-moi de le lui remettre.— Comment? s’écria-t-il. lu le lui
LUCIE
rendrais, toi? » 11 me regarda, il soupira et je vis qu’il pleurait. Je le conjurai encore. « Lucie, me dit-il à la fin, c'est toi qui me rappelles à mon devoir! Eh bien, je ferai mon devoir! seulement, prends bien garde que personne ne le sache. On me tourmenterait, et je veux mourir tranquille. » Pendant quelque temps, il ne m'a plus rien dit. 11 paraissait très-abattu, ou très-préoccupé; mais voilà qu’une nuit, comme j’étais seule à le veiller... j’étais bien lasse! je m’endormis dans le grand fauteuil. Je rêvai... 11 me semblait que mon papa... que monsieur causait avec quelqu’un? Enfin j’entendis fermer une porte, celle qui mène au jardin, et cela m’éveilla tout à fait. Je courus à cette porte et j’entendis comme de gros souliers qui descendaient l’escalier. (Daniel regarde ses souliers.) C’était le pas d’un homme. J’eus peur; j’ai cru qu’on était venu voler... J’allais crier, mais monsieur, qui ne dormait pas, me dit : « Tais-toi, Lucette! j’ai fait la volonté de Dieu et la tienne; à présent je mourrai en paix. Mais juremoi de ne rien dire à personne!...» 11 n’acheva pas et s’assoupit doucement; le lendemain, il ne parlait plus, il n’entendait plus. 11 a langui ainsi pendant quarante-huit heures encore... Je dois vous dire qu’on chercha partout... et qu’on ne trouva rien; il avait bien réellement remis pour vous son portefeuille à quelqu’un! à quelqu'un qui n’est pas de la maison. Au moment où son âme s’envolait, il me sourit, et d'un geste bien faible il me montra le soleil couchant, comme pour me dire, je pense à celui qui est là-bas! Et puis il dit une parole, une dernière parole bien faible que moi seule j’entendis... et que je dois... mais que je n’ose pas vous redire.
. ADBIEN, très-ému.
üites-la, dites-moi tout, Lucie!