ACTE H, SCÈIfE IX
DIDIKR, bas.
EHei...
LUCIE
Qu'y a-t-il î
ALICE
C'est Didier qui est certaiiicuieiit iiidit^iosé... mais vous aussi^ monsieur Martin, qu’avez-vous donc?...
MARTIN, à part.
Les janbes me manquent.
LUCIE, à part.
Mon Dieul quel regard
DIDIER, se Temetiant.
Je n'ai rien, Messieurs, absolument rien... c’est... c’est Martin! qui avait avec moi une discussion...
MARTIN, répi'tant.
Oui... une di.scussion.
DIDIER
Fort peu intéressante, du reste.
MARTIN
Excessivement peu intéressante... et qui ne vaut pas la peine d’ètre redite.
DIDIER
Au contraire...
MARTIN, répétant.
Au contraire!... (a part.) Je deviens stupide!...
DIDIER
Martin prétendait qu’un mari trompé doit tuer sa leinme et l'amant de sa femme...
LUCIE, à part.
Dieu!
MARTIN
Hein? moi? si jamais j'ai... ah ! par exemple... il faudrait être...
OJOIE».
Et je répondais à Martin que j'ai connu, moi, un mari qui agit tout différemment. C'était un homme fort doux, fort patient. Depuis qu’il était au monde, il ne se rappelait pas avoir commis une méchante action. Il chérissait sa femme , l’entourait de soins, de tendresse, absolument comme s’il sc fût agi d’une honnête femme. Ah! elle devait bien rire intih’icurcmcnt.
LUCIE, à part.
Je me sens mourir, *
' mniEii.
Cet hommi; fut trompé : savez-vous ce qu’il fit? Pensant avec raison que tôt ou tard son malheur serait connu, iirévovant le ridicule ou l’iiifaraic qui pourraient eu rejaillir sur loi, s’il avait l’air d’ignorer ou de tolérer ce malheur, un jour, c’était, je
*Alice, Martin, Didier, Luci
LLCfE DllllEa.
crois, au milieu d’uiie fête, il s’adressa ainsi à ses invités, à ses amis : « Messieurs, leur dit-il, avez-vous, depuis que vous me connaissez, l'ombre d’un reproche à m’adresser? N’ai-je pas, à force de veilles, de labeurs, n’ai-je pas, à force d’honneur, obienu votre considération, votre respect à tous? oui ? Eh bien ! regardez cette femme!... rien ne la forçait à m’épouser... je lui ai dit : celte considération, cet honneur, cette estime, c’est mon trésor : tiens, le voilà, prends et partage... et souviens-toi que c’est ma vie. Et cetbj femme a fait crouler du pied cet édihee si péniblement élevé. Que la honte soit pour elle, pour elle .seule... mais que le mari outragé reste à l’abri d’une infamie qu’il n’a |ias cherchée!... suis-je moins estimable à vos yeux aujourd’hui qu’hier? non, n’est-ce pas*^ Tenez donc, voici la coupable, je la livre à vos mépris! » Voilà ce que fit cet homme, et voilà ce que je...
•MAKTIN, l’arrêtant, à voix basse.
Didier, cet homme était un fou... s’il avait des enfants, Didier, cet homme était un mauvais père... car il oubliait que le déshonneur d’une mère rejaillit sur sa fille!
DIDIER, bas à Martin.
C’est vrai!... c’est vrai!... (Haut.) Martin a toujours raison. Messieurs; si cet homme avait des enfants... il ne devait pas perdre sa femme. Quant à moi, à sa place, voici ce que j’aurais fait; j’aurais dit à la mère coupable, à l’épouse adultère : Tu vivras là, à mes côtés... je t’y condamne. Je n’aurais pas fermé la porte à l’amant... au contraire, je la lui aurais ouverte toute grande... je l’aurais appelé mon ami... je lui aurais serré la main... et s’il restait encore dans la poitrine de ces gens-là une parcelle de cœur, j’aurais été bien vengé!
LUCIE , bas à Alice.
Emmène-moi !... emmqne-moü... (La vaUe ceue.)