LUCIE, MARTIN
N’essayez pas de me tromper plus longtemps... Didier nous a rejoints... il est ici... pourquoi ne l’ai-je pas vu? 11 a une raison poiir me fuir... cette raison, dites-la moi, car je ne puis croire que vous l’ignorez... Je suis folle, Martin, folle de douleur... et vous êtes sans pitié pour moi, vous, mon seul ami !... Vous ne comprenez donc pas que mou incertitude est affreuse... vous ne voyez donc pas que je soiillrc, que je meurs !...
MARTIN, désole.
Lucie!... — Mon Dieu! mon Dieu!...
LUCIE
Un mot... un seul... ou plutôt, non, rien, ne me répondez pas, et votre silence, je le comprendrai... il me dira si je me suis trompée... Voyons, à ce hal, Didier savait... il avait appris... mais répondez-moi donc, Martin!...
MARTIN
Vous le voulez?... Eh bien! non, je ne vous le dirai pas... parce que ce serait cruel à moi de venir augmenter méchamment votre douleur !... Un instant, je vous ai maudite, Lucie!... Je me suis demandé comment vous aviez pu frapper ainsi au coeur celui qui vous aimait tant... car, il vous aimait bien, allez!...
* Lucie, Martin.
LUCIK VIDIER.
LL'CIR, à part.
Et il ne m’aime plus!...
MARTIN
Après oc bal d’où il fallut vous emporter mourante... je suis outré chez lui... Il était là, assis devant une table, les yeux fixes., il ne pleurait pas... et moi. Je médisais: J’aimerais mieux le voir pleurer, parce ijue quand on pleure ça soulage, ça fait du bien... Il m’a regarde {tendant dix minutes, sans me voir... il me faisait peur... à la fin, il m’a tendu les bras en sanglotant... J’avais beau lui dire : Oui... c’e^l affreux... nrais sois un homme!... c’était un enfant!... Nous avons passé la nuit comme ça... Au jour, je lui ai dit : Ta femme voudrait partir pour le Coudray, avec Alice et la petite... II m’a répondu : Voilà de l’argeni... accompagnc-les... — Et loi’? lui ai-je dit... — Moi?... Et il n’avait pas l’air de me comprendre. — Est-ce (|iic tu ne viens pas avec nous?... — Non... non... j’irai vous rejoindre... bientôt... le temps de terminer mes affaires... — Et il est venu... Eh bien ! qu’est-cc que vous voulez que je vous dise de plus?...
LUCIE, se levant.
Rien ‘!...
MARTIN, se levant aussi.
Maintenant, je vais veufs laisser... il faut que vous preniez un peu de repos... le médecin a dit que votre indisposition ne serait rien...
LUCIE
Ah ! il a dit cela, le médecin?...
MARTIN
Oui... mais à la condition que vous prendriez de grands^énagements. Ainsi vous n’allez plus pleurer, n’est-ce pas?,.. Vous allez être raisonnable, promettez-le moi...
LUCIE
Oui, Martin...
A tout à l’heure... je vais... je vais vous envoyer Alice... elle est dans le jardin, avec Rauline. (a pan.) Il y a bien longtemps qu’elle est dans le jardin avec Pauline. (a Lucie.) A bientôt... (ii
sort.)