LUCIE, ALICE
ALICE
Eh bien ! tu te sens mieux, Lucie
LUCIE
Oui, Alice, oui... merci... je me sens plus forte. Où est ma petite fille?... Pourquoi ne me l’as-tu pas amenée?...
Je l’ai lai.ssée avec Didier...
LUCIE
Ah ! elle est avec son père... tu as bien fait alors de ne pas me ramener. Ça méfait plaisir de te voir!... viens t’asseoir là, près de moi... Tu me trouves changée, n’est-ce pas?...
ALICE, s'asseyant.
Mais, non...
LUCIE
Toi, tu es fraîche et rose!... quelle bonne mine tu as!... comme tu as l’air bon !... quelle jolie mère lu ferais!...
ALICE, soupirtmt.
Tu trouves!...
LUCIE
Tu aimes bien les enfants, n’est-cc pas?
ALICE
C’est une passion malheureuse... je les adore!...
LUCIE
Voilà pourquoi depuis huit jours, c’est toi qui prends soin de Pauline?...
ALICE, gaiment.
Mais, oui... (Test moi qui l’habille le matin, qui la déshabille le soif, comme tu le faisais avant d’être malade... Et ouand jé lisse ses beaux cheveux blonds, quand je chausse scs jolis petits pieds si mignons, quand je contemiile cette miniature de toi... je me surprends à te porter envie, à me dire : Ah ! que cette Lucie est heureuse !
Tu fais Ion apprentissage de mère !... T*a-t-clle parlé de moi pendant ces huit jours?
ALICE. J
Sans doute !... Le premier jour, elle a pleüré de ne pas te voir.
LUCIE, avec joie.
Elle a pleuré... chère arlgc !... Et depuis?... ,
ALICE
Depuis... elle a demandé plusîcufe fois pourquoi tu n’étais pas là...
* Alice, Lucie. , ,
LCCIE DIDIER.
LUCIE, peinée.
.Mais elle n'a plus pleuré?...
ALICE
Dani ! non... elle s’est accoutumée à me voir te remplacer... lu sais... les enfants...
LUCIE
Oui, c’est vrai, ça s’attache vite... leur mère, c’est celle qui les .soigne... Elle m’aura bientôt oubliée...
ALICE, étonnée.
Oubliée !... ab çà tu es folle !...
LUCIE
Non, ma pauvre amie... je suis mourante.
ALICE, stupéfaite.
Mourante!... qiian»! les médecins...
LUCIE
Les médecins ne coimai.ssent rien à mon mal; mais, moi, je m’y connais, va... et je sais qu’il n’y a pas de salut... n’essaie donc pas de me consoler ni de me rassurer... ce serait inutile... Employons mieux les instants qui me restent... celui-ci est solennel... nromets-moi ce que je te demande, Alice... jure-moi que quand je serai morte, tu tiendras lieu de mère à Pauline...
ALICE
Allons donc!... je ne puis...
LUCIE
Tu ne veux pas jurer ?
ALICE
Si... si... tout ce que tu voudras, je le jurerai, Lucie... mais je ne puis croire...
LUCIE
Tu lui parleras de moi quelquefois... tu lui diras combien je l’aimais... et quand elle sera grande, tu lui diras que la dernière pensée de sa mère a été pour elle...
ALICE, sanglotant.
Je te le promets; mais je ne sais pourquoi tu me dis de pareilles choses...
Ne pleure pas... quoi?... on meurt!... est-ce qu’il ne faut pas toujours mourir? Me voilà tranquille, à présent... (Elle se lève.) 11 me semble que je vais pouvoir prendre un peu de repos... mais avant, je voudrais bien embrasser Pauline... (Elle
M lève.)
ALICE, embarrassée.
C’est que...
LUCIE, se voyant dans la glace.
C’est que?... Ah! je comprends... oui... tu crains que je lui fasse peur... Pauvre enfant!
' bÿ JÿlOglç
Liléie, Alice.
ACM m/scimW.
. auce. "
Mais norij tin tout, ce n’cst pas cela... c’est que... ' ■
t . . .1 I.fCIE.
tu âs pcut-i'lrc raison... et tietis, je rie sais ce que j’ai... , tombe de sommeil... il y a si longtemps qiie je n’ai dormi!...' ‘ revoir, Alice, à tantôt...
AUCE. ' ■ ' * ** * ■
Je ne veux pas te quitter... - . .
LUCIE. ’ ' • '
Si... si... laisse-moi, je t’en prie... je vais me reposer -un peu... (Elle sort.)