ACTE 1, SCÈNE VIII
vue dans cette voiture quiafui devant moi... Ah ! vous m’aviez reconnu.
AMÉLIE
Pas de reproches... monsieur Léon !...
LÉON
Non, pas d’injustes reproches, quand je vous revois, quand vous venez à moi...
AMÉLIE
Laissez-moi le triste mérite d’être franche... J’ignorais que cette maison... Une amie m’y a conduite, amenée... et le hasard seul...
LÉON
Ainsi, vous avez tout oublié... nos espérances, nos promesses échangées sous les yeux de votre mère...
Ma mère aussi a compris le devoir qui m’a forcée...
LÉON
C’est qu’elle ne savait pas à quel supplice elle condamnait ma vie... Mais vous, Amélie, vous, à qui j’avais dit tout l’excès de mon amour, vous deviez deviner mon désespoir... Non!... aujourd’hui même, je le vois, vous ne pouvez encore le comprendre... Vous aimer ! avoir entendu de votre bouche un aveu d’amour, m’être dit: c’est mon bien, c’est mon trésor... puis un froid papier, une circulaire vient un jour vous apprendre... Mais, Amélie, est-ce qu’à un prisonnier vous montreriez la lumière et l’espace, pour lui dire ensuite : reste enchaîné dans les ténèbres... Est- ce qu’à une mère qui attend sa fille , vous crieriez la voilà! la voilà!... pour lui dire après... elle est morte?... Voilà pourtant ce que vous avez fait pour moi... Voilà ce que j’ai souffert... [Il tombe sur une chaise près le bureau.)
AMÉLIE
Léon !
Aie :
Que votre pitié généreuse Daigne respecter mon repos !
A cette âme si malheureuse Le Ciel épargne quelques maux ; Sous une coupable espérance, Jamais mon front ne se voila.
Je n’ai qu’un bien : ma conscience.
Soyez loyal, respectez-la.
léon, traversant.
Pourquoi donc ce témoignage de la conscience ne me suffit-il pas à moi?... Pourquoi cet impitoyable amour?
AMÉLIE
Monsieur Candal, je vous avais supplié de m’épargner ce langage... Voulez-vous me forcer à bénir le moment où je vais quitter la France?...
LÉON
* Vous partez !...
iS
AMÉLIE
Sur le navire Y Espérance, dans une heure, peut-être.
LÉON
Et vous croyez que je le soulTrirai ?...
AMÉLIE
Que Youlez-vous donc faire?. .. '
Le sais-je !... Mais vous avoir retrouvée et vous perdre encore !... Vous abandonner, et pour toujours, à l’homme qui vous a ravie à moi!... Non! non!... Est-ce qu’il vous aimait comme moi, ce M. de Rambert!-... Est-ce qu’il vous offrait comme moi un cœur pur de toute rivalité!... Comment a-t-il mérité le bonheur dont j’étais le plus digne ! Croyez-vous que les désordres de sa jeunesse ne soient pas venus jusqu’à moi?...
AMÉLIE
Arrêtez... Si quelques erreurs, que vous ne deviez pas me rappeler, ont laissé des traces sur le nom de Rambert, mon mari soutient dignement, sans doute, le nouveau nom et le nouveau titre qui lui sont échus.
LÉON
Un nouveau nom... un nouveau titre?...