‹ Lucienne dramevaudeville en deux actesChapitre 33 sur 57 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

M me DE CERNAY, CAMPREDON.

CAMPREDON

Savez-vous pourquoi je viens ?

M“ e DE CERNAT.

Pour faire votre paix, sans doute, car il y a huit jours qu’on n’a entendu parler de vous.

CAMPREDON

Non !... je viens, d’abord pour M“ e de Brévannes.

Mme de CERNAY.

Elle va mieux en ce moment... et ensuite ?

CAMPREDON

Ensuite... pour moi.

«me de cernay, s'asseyant à qauche.

J’écoute.

campredon, qui a été chercher une chaise au fond .

J’ai, jusqu’à l’heure de la Bourse... (Il parait embarrassé.) M me de cernay, en brodant.

Eh bien?...

CAMPREDON

C’est que j’ai de la peine à trouver...

M me DE CERNAY.

Ah mon Dieu ! ç’a a l’air d’un début de déclaration.

, CAMPREDON

C’est cela même....

Mme de CERNAT.

Faut-il que je sois sérieuse ?

CAMPREDON

Oui... ce n’est pas pour vous.

Mine de CERNAY.

Allons, résignons-nous... une première confidence vaut pour une femme une première ride... Il s’agit donc d’une femme de notre monde ?

CAMPREDON

Au contraire !

Mme DE CERNAY.

Dans le genre d’Ovide.

CAMPREDON

Oh non!...

M rae DE CERNAY.

A la bonne heure... un roman honnête... qu’on peut laisser sur sa table...

CAMPREDON

Vous savez peut-être que mes bureaux sont à l’entresol, et que mon logement, à moi, est au quatrième; là, je trouve un peu d’air et de liberté sur une terrasse, c’esl que de là j’aperçois, ou plutôt j’apercevais, travaillant à son chevalet ou à son ivoire, une jeune fille...

n m e de cernay.

Passons le portrait de l’artiste.

CAMPREDON

J’ai beau me lever le matin, elle est déjà toute proprette à son ouvrage... elle ne le quitte que lorsque la nuit l’y oblige... Tout ce que j’aperçois de sa chambre est si bien rangé, si élégamment simple..*, et puis je lis sur son visage tant de douceur, de contentement de soi-même, de naïve sagesse...

H mc DE CERNAY.

Et elle demeure en face de vous?

Dans l'autre rue, mais à l’angle.

M m * DE CERNAY.

C’est cela.

CAMPREDON

On m’a dit que sa peinture est son gagne-pain... Je voulais l’aider... lui commander quelques tableaux ; mais depuis plusieurs jours, elle a disparu... Les fenêtres de sa chambre restent fermées... J’avoue que je suis malgré moi d’une inquiétude...

M me DE CERNAY.

Ali mon Dieu !.... Voilà ma maison compromise... On va dire que j’y laisse donner des rendez-vous.

CAMPREDON

Comment!...

M m * DE CERNAY.

Depuis six jours elle est ici... sur la recommandation d’une de mes amies, je lui fais copier des portraits que je ne veux point laisser sortir de chez moi... J’attends en ce moment un médaillon qu’elle finit.

campredon, vivement, se levant.

Il se pourrait !...

M me de cernay, se levant.

Voilà un enthousiasme des plus dangereux.

CAMPREDON

Soyez tranquille : tout est régulier chez moi... Vous connaissez mes principes... Le mari, dans le ménage, apporte de l’argent, et la femme du bonheur...

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