‹ Lucile de ChateaubriandChapitre 28 sur 29 · SOUVENIRS D'ENFANCE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS D'ENFANCE

Timide et contraint devant mon père, je ne trouvois l'aise et le contentement qu'auprès de ma sœur Amélie. Une douce conformité d'humeur et de goûts m'unissoit étroitement à cette sœur, elle étoit un peu plus âgée que moi. Nous aimions à gravir les coteaux ensemble, à voguer sur le lac, à parcourir les bois à la

chute des feuilles : promenades dont le souvenir remplit encore mon âme de délices. O illusions de l'enfance et de la patrie, ne perdezvous jamais vos douceurs ! . . .

Amélie avoit reçu de la nature quelque chose de divin; son âme avoit les mêmes grâces innocentes que son corps; la douceur de ses sentiments étoit infinie; il n'y avoit rien que de suave et d'un peu rêveur dans son esprit; on eût dit que son cœur, sa pensée et sa voix soupiroient comme de concert; elle avoit de la femme la timidité et l'amour, et de l'ange la pureté et la mélodie.

{René, édit. Ladvocat, t. XVI, p. 143 et 167.

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