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commanda avec une légèreté qui n'était plus de mise alors. Le prince de Lambesc culbuta un vieillard, et aussitôt soixante mille citoyens équipés en gardes nationaux sortirent des pavés des faubourgs. Le 14 juillet, une bande d'insurgés enleva la Bastille à quelques invalides commandés par un gouverneur qui ne fit pas son devoir, si toutefois le devoir était alors de se défendre. Cette facile victoire de la populace s'acheva en massacres. Mais la Bastille était renversée. Le monde féodal croulait avec elle. Je ne crois pas que Lucile en fut surprise; elle ne voyait pas la Révolution à travers un œilde-bœuf de Versailles. Elle ne croyait pas, avec la cour, qu'on pût arrêter par des intrigues d'antichambre l'élan d'un peuple. Bailly , nommé maire de Paris, commença à croire que tout était pour le mieux dans la meilleure ville du meilleur des royaumes. Louis XVI vint à l'Hôtel de Ville et se montra au peuple avec une grosse cocarde à son chapeau. Près de lui, Bailly pleurait d'attendrissement, de joie et de
ïp*§» xxvi -=§*© béatitude en songeant qu'il avait fini la Révolution. LouisXVI pleura comme lui. Sans doute, dans son épaisse candeur, il était content aussi.
Le bon Bailly n'était pas encore remis de son attendrissement civique, quand Lucile, accoudée avec sa sœur et toute la famille bretonne aux fenêtres de l'hôtel, entendit crier: « Fermez les portes; fermez les portes! » Elle vit venir une troupe d'hommes en guenilles, et chercha à voir ce qu'il y avait sur deux piques qu'on escortait avec des huées. Elle vit que c'étaient deux têtes coupées et tomba évanouie. Ces têtes étaient celles de Bertier et de Foullon. A compter de ce moment, elle eut horreur de la Révolution. Dans la nuit du 4 août, sur la motion du vicomte de Noailles, les droits féodaux furent abolis, sacrifice léger pour une cadette de Bretagne qui ne possédait que son nom et méprisait tous les biens de la terre.
La Révolution suivait son cours. Il y avait partout une plénitude de vie, un contentement d'être et de jouir. On chantait. La belle société,