G™ LAMOTTE
(du havbe).
C'est a cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.
(Jean, xm, 3&)
HAVRE Imprimerie Alph. LEMALE, quai d'Orléans, 9.
« L'immoralité et l'absurdité sont donc les
caractères dominants des principes protès- » tantsets'y disputent la prééminence. »
Telle est la conclusion à laquelle arrive M. Gustave Lamotte, à la deux cent quatrevingt-seizième page de son Avis Amical aux Protestants.
Comment M. Lamotte a-t-il été amené à tirer de pareilles conclusions ?
La réponse à cette question se trouve page 282 et suivantes de son livre.
« Le Protestantisme, » y est-il dit, « ad- » met la justification par la Foi sans les » œuvres, ce qui ne va à rien moins qu'à » faire des scélérats, et des scélérats de la » pire espèce, des scélérats sans remords, » avec impunité, et s'autorisant de la Foi » pour être criminels. »
Ainsi, suivant M. Lamolte, les Protestants admettraient que tout en ayant la Foi, et étant en état de grâce, ils peuvent, sans compromettre leur Salut éternel, accomplir tous les crimes des scélérats de la pire espèce !
Si tels étaient, en effet, les principes Protestants, M. Lamotte aurait eu bien raison de dire que l'immoralité et l'absurdité s'y disputeraient la prééminence
Si M. Lamotte était un de ces insulteurs publics qui chaque matin vomissent l'injure contre Protestants et Catholiques, dans certain Journal dit Religieux, le silence du mépris serait la seule réponse que mériterait son livre ; mais M. Lamotte est un homme profondément convaincu, et par conséquent de bonne foi ; son langage est en général fort convenable, et il serait injuste de juger du style habituel de l'Avis Amical par les citations que nous venons d'en faire.
Mais c'est précisément parce que M. Lamotte est un adversaire honorable* qu'il est du devoir d'un Protestant, laïque comme
lui, de ramasser le gant qu'il a jeté, et d'établir qu'il n'y a rien d'immoral ni d'absurde dans les principes protestants et qu'ils ne produisent pas de scélérats de la pire espèce*
Il ne s'agit pas ici de dispute politique ou littéraire, admettant les gros mots à défaut de bonnes raisons, mais bien d'une discussion toute pacifique, dans laquelle la sainteté de la cause doit inspirer à la plume l'aménité des expressions.
M. Lamotte a du reste rendu notre tâche très facile, car son livre témoigne, qu'il nous permette de le lui dire, de plus d'érudition que de logique, et pour le combattre il suffit d'employer ses propres arguments; un Evangile catholique et les citations d'écrivains appartenant à son Eglise.
A la page 77 de Y Avis Amical on lit : « Les * Protestants qui se font Catholiques éten- » dent le cercle de leurs croyances sans *> avoir à en désavouer ; ils ajoutent à leurs » dogmes sans avoir à en répudier : ils ne » brûlent pas ce qu'ils ont adoré, un peu » moins d'estime pour Luther et Calvin -» c'est tout le changement, où est le mal? »
Comment les Protestants seraient-ils admis dans l'Eglise Romaine sans avoir à y désavouer aucune croyance, ni à y répudier aucun dogme, c'est-à-dire sans rien retrancher de leur foi, et à la seule condition d'y ajouter, si ces dogmes et ces croyances reposaient sur des principes immoraux et absurdes, et si cette foi produisait des scélérats de la pire espèce $
M. Lamotte s'est donc évidemment trompé en parlant de cette prétendue immoralité, de cette absurdité et de cette scélératesse qui seraient, suivant lui, le caractère dominant des principes protestants et s'y disputeraient la prééminence.
Les Catholiques ayant les mêmes dogmes et les mêmes croyances que les Protestants, mais en possédant simplement un cercle plus étendu, le débat se trouve fort simplifié, et il ne s'agit que d'établir pourquoi les Protestants n'admettent pas toutes les croyances et tous les dogmes de l'Église Romaine.
Nous dirons comme M. Lamotte, qu'à défaut d'autre mérite, nous désirons que notre Réponse Fraternelle soit courte, beau-
coup plus courte que son Avis Amical, mais que nous n'accepterons pas comme lui le reproche d'être incomplets, vu que nous joignons à ces pages un ouvrage admirable de feu M. Adolphe Monod, intitulé : Luciîe ou la Lecture de la Bible, dans lequel se trouve , sans un mot blessant pour des oreilles catholiques, une réfutation complète de tout ce que M. Lamotte a écrit contre le Protestantisme.
Nous pourrions donc nous borner à renvoyer M. Lamotte à Lucile, pour trouver les Protestants justifiés de s'en tenir aux croyances et aux dogmes qu'il partage avec eux, sans pouvoir admettre ceux qu'il professe avec l'Eglise Romaine et qu'ils repoussent comme contraires à l'Evangile; mais Lucile étant de 1841 et l'un de ces dogmes ne datant que de 1854, il faut bien que nous en disions quelque chose, sous peine d'être incomplets.
Nous hésiterons d'autant moins à le faire, que M. Lamotte lui-même nous y encourage en écrivant, page 258: « L'Eglise, loin de » proscrire le libre examen, demande au
» contraire à être examinée librement, at- » tentivement. Son plus grand ennemi, c'est » l'ignorance , c'est le défaut d'examen , » mais d'examen dans des conditions d'hu- » milité, d'impartialité, sans parti pris, etc.»
L'Eglise Romaine, dit M. Lamotte, forme un tout indivisible ayant le caractère parfait d'unité. Un mot sorti de la bouche du Pape devient sa loi universelle et enchaîne lés générations dans l'avenir.
Un Catholique Romain doit donc une obéissance passive à toute parole sortie de la bouche du Pape, parce qu'elle devient loi de son Eglise.
Le dogme nouveau de l'Eglise Romaine dont Lucilb ne parle pas, parce qu'il n'existait pas lorsque cet excellent livre a été écrit, est celui de I'Immàculèh-Conception.
Nous avons à dire à M. Lamotte pourquoi aucun Protestant ne saurait l'admettre, et nous ne puiserons pas nos raisons dans des écrits hérétiques , mais bien dans ceux de hauts dignitaires de l'Eglise Romaine, ayant écrit, à dates très récentes, avant et après la promulgation de son nouveau dogme.
En 1850, l'infortuné Archevêque de Paris, Mgr Sibour, écrivait au Pape Pie IX :
« Très Saint-Père,
» Je me suis empressé, à la réception de » l'encyclique de Votre Sainteté du 2 fé- » vrier dernier, de m'occuper du sujet im- » portant sur lequel elle appelle l'attention » la plus sérieuse de tous les Évoques du » monde catholique.
» J'ai consulté les hommes les plus gra- » ves, les théologiens les plus habiles de » mon diocèse. J'ai ensuite examiné moi- » même et pesé toutes choses devant Dieu ~, avec le plus grand soin. Il est résulté de
* tout cela un travail dont les conclusions » sont :
f> 1° Que, d'après les principes de la théo- » logie, I'Immaculéb-Conception de la trè3
* Sainte- Vierge n'estpas définissable comme » vérité de foi catholique, et, dans aucun » cas, ne peut être imposée comme croyance » obligatoire, sous peine de damnation éter-
* nelle;
» 2° Qu'une définition quelconque, alors
» môme que l'Eglise ou le Saint-Siège croi- » rait pouvoir la porter, ne serait point » opportune, car elle n'ajouterait rien à la » gloire de la Vierge Immaculée, et elle » pourrait être nuisible à la paix de l'Eglise » et au bien des âmes, surtout dans mon » diocèse. »
Prophétiques paroles !
Le 18 septembre 1856, l'Archevêque d'Utrecht et les Evêques de Haarlem et de Deventer ont adressé au Saint-Père une protestation contre le dogme de l'Immaculée- Conception. On y lit :
« Très Saint-Père,
» L'an de l'Incarnation 1854, le 6 des » Ides de Décembre, dans l'église de Saint- » Pierre , l'Immaculée - Conception de la » bienheureuse Vierge, Mère de notre Sau- » veur, a été solennellement promulguée * par Votre Sainteté comme un dogme de » Foi chrétienne. Nous ne pouvons dire s> combien un tel événement nous a stupé- » faits ; bien plus, nous a affligés.
» Nous devons à notre dignité, à la foi
» catholique, aux défenseurs de la vérité, de » rejeter ouvertement le dogme nouveau et » faux de l'Immaculée Conception. C'est » pourquoi nous penserions avoir manqué » à notre charge si nous gardions plus long- » temps le silence.
» Notre Eglise a très souvent interjeté » appel au futur concile œcuménique, légiti- » mement assemblé. Il nous semble néces- » saire de le renouveler. A cause de la » violation qu'a soufferte le dépôt de la foi, » et à cause de l'injure qui a été faite à » l'Ordre Episcopal, lorsqu'on a voulu éta- » blir, comme dogme révélé de Dieu, l'Im- » maculée Conception de la bienheureuse » Vierge Marie, Mère de notre Sauveur ; » nous nous réservons le droit de faire no- » tre appel en temps et lieu. Que le Père » des lumières donne à notre cœur des yeux » éclairés, et qu'il fasse en nous ce qui lui » plaît !
» Nous avons signé, avec vénération,
» Très Saint-Père,
* De votre Sainteté les très humbles
» serviteurs,
* f Jean, Archevêque d'Utrecht ; f Henri-Jean, Evêque deHaarlem; f Hermann, Evêque de Deventer.
» Donné à Utrecht, le 18 des calendes de Septembre 1856.
» Le Secrétaire Général,
» Henri Loos. »
Mgr Sibour et les Evêques catholiques de Hollande ont été d'autant plus fondés à protester contre le dogme de l'Immaculée Conception, décrété le 6 Décembre 1854 par le Pape Pie IX, que le Pape Innocent III, ayant les mêmes titres à l'infaillibilité, a écrit au treizième siècle : « Eve a été forp mée sans péché, mais elle a conçu dans » le péché. Marie a été conçue dans le péché, » mais elle a conçu sans péché. »
Ainsi, l'Immaculée Conception de Marie a
été niée par un Pape et affirmée par un autre. Que M. Lamotte veuille bien nous dire où sont les raisons pour croire plutôt l'un que l'autre ?
En 1570, une bulle du Pape Pie V (curieuse à placer en regard de celle de son successeur Pie* IX) vint défendre aux Eglises et aux Théologiens de s'accuser mutuellement d'erreur et d'hérésie sur la question de l'Immaculée Conception.
Les Conciles ont-ils été, du moins, plus explicites et plus concordants ? M. Lamotte, qui a une grande érudition théologique, doit savoir que le Concile de Trente décida, à l'unanimité, par un décret spécial, qu'il n'y avait pas lieu de faire un dogme de l'Immaculée Conception.
Si nous remontons plus haut, nous trouvons St Paul écrivant dans l'Epit. aux Rom., Ch. V, v. 18 : « Comme donc par le péché » d'un seul, tous les hommes sont tombés » dans la condamnation, ainsi par la justice » d'un seul tous les hommes reçoivent la >> justification que donne la vie. »
Au cinquième siècle, Saint Augustin écri-
vait : « C'est le privilège du Fils d'avoir été « conçu sans péché ; le privilège de la Mère, » c'est que seule entre toutes les femmes » elle a conçu sans péché. »
Après Saint Augustin, beaucoup de Pères de l'Eglise ont écrit comme lui, ce qui prouve que pendant nombre de siècles le dogme de la prétendue Immaculée Conception de la Vierge était tout à fait inconnu dans l'Eglise chrétienne.
Au douzième siècle , les chanoines de Lyon voulurent établir dans leur église une fête de l'Immaculée Conception, mais ils furent aussitôt vivement attaqués, au nom de la raison et de la tradition, par un disciple fervent de la Vierge, le plus grand docteur du siècle, le dernier Père de l'Eglise, en un mot par Saint Bernard, que M. Lamotte tient avec raison en grande vénération.
Saint Bernard adressa aux chanoines de Lyon une longue lettre pour leur reprocher ce qu'il appelait leur dangereuse et présomp~ tueuse innovation : « Que dire, » leur écrivait-il, « si parla même raison on demande » une fête pour honorer le père et la mère
» de Marie? Et de même on pourrait en » réclamer tout autant pour ses aïeux et » bisaïeux à l'infini. »
Bossuet a écrit : « Ce n'est point une par- » tie de l'Eglise, c'est toute l'Eglise Romaine 9 qui tient l'Immaculée Conception de la » Sainte Vierge pour chose indifférente et » qui ne touche point à la Foi. »
Il demeure donc bien constant, on le voit, qu'à aucune époque de l'Ere Chrétienne, l'Immaculée Conception de la Vierge n'a été admise comme dogme.
Il était réservé au Pape Pie IX d'imposer, en 1854, en vertu de son autorité Papale, cette nouvelle croyance aux Catholiques Romains et d'en faire un dogme ou article de foi obligatoire sous peine d'hérésie.
L'abbé Cômbalot, qui était à Rome, affirme sans hésitation que ce dogme est l'œuvre du Pape seul; que les Evoques qui ont assisté à. sa proclamation étaient comme des enfants de chœur antour de l'Autel, qu'ils n'ont été et ne pouvaient être pour rien dans la définition.
C'est donc une œuvre ultràmontaine pure de tout alliage de Gallicanisme.
Nous le demandons à M. Lamotte, comment un Protestant, tant soit peu instruit, pourrait-il entrer dans l'Eglise Romaine en acceptant ce dogme que de si éminents Catholiques ont repoussé et repoussent à si fron droit?
Et si le Pape Pie IX s'est trompé en introduisant sous nos yeux, dans l'Eglise, en plein xixe siècle, ce dogme inconnu pendant dix-huit cent cinquante-quatre ans, n'estil pas permis de penser que ses prédécesseurs ont pu de même se tromper en y introduisant :
au xve Siècle, Le dogme du purgatoire
et le retranchement de la coupe aux fidèles dans la célébration de la Cène?
au xme ' »* Le dogme de la transubs-
tantiation et de l'adora- - tion de l'Hostie?
au xne » Le trafic des indulgences?
au xie » Le dogme de l'infaillibilité
de l'Eglise?
au xe Siècle, Le célibat des Prêtres? au ixe » La canonisation des Saints?
au vme » Le culte rendu à la Vierge
et aux Reliques?
au vie » Enfin , la célébration du
culte en Latin, la primauté des Evêques de Rome, etc.?
Aucun de ces Dogmes ou de ces usages, qui constituent les principales différences entre l'Eglise Romaine et l'Eglise Réformée, ne se trouve, en effet, enseigné dans l'Evangile, seule base de la foi Protestante.
Que M. Lamotte ne s'étonne donc pas si les Protestants s'en tiennent aux croyances et aux Dogmes queles Catholiques Romains ont de commun avec eux, et qui constituent, à leurs yeux, le Christianisme tout entier, et s'ils refusent d'étendre successivement le cercle de leurs dogmes comme Vont fait et le font encore de nos jours les Catholiques Romains.
Les Protestants croient que la religion du Christ était complète et parfaite en sortant de
ses mains, et que les hommes n'ont pu que la gâter en voulant y ajouter ou en retrancher.
Luther et Calvin, n'ont pas plus créé une religion nouvelle que Galilée n'a fait tourner la terre autour du soleil. Ils ont démontré qu'à l'Or pur du Christianisme Evangélique les hommes ont ajouté l'alliage de leurs idées ; ils se sontfaitles Réformateurs d'un Christianisme déformé; ils ont mis l'homme en présence, non de la loi de Luther et de Calvin, mais de la loi même de Dieu, telle que la Bible nous l'a transmise.
Et dans cette œuvre immense, si pleine de dangers et de difficultés, ils ont déployé un grand courage et un grand savoir qui les recommandent au respect et à la reconnaissance des siècles à venir, mais qui n'obligent personne à adopter toutes leurs opinions.
M. Lamotte oublie trop^dans quelles circonstances s'est accomplie la Réforme. Un auteur qu'il doit chérir : Bellarmin a écrit Op. t. VI, page 296 : « Quelques années » avant l'apparition de l'hér.ésie Calviniste » et Luthérienne, il n'y avait presque plus
» de sévérité dans les lois Ecclésiastiques, » ni de pureté dans les mœurs, ni de science » dans les Saintes Lettres, ni de respect » pour les choses sacrées, ni de religion. »
Bossuet, dans YHist. des Variations, Liv. V, 1, écrivait sur le même sujet : « Plu- » sieurs Prédicateurs ne prêchaient que les » Indulgences, les Pèlerinages , l'aumône » donnée aux religieux, et faisaient de la » piété de ces pratiques qui n'en étaient que » l'accessoire. Ils ne parlaient pas autant » qu'il fallait de la Grâce de Jésus-Christ. »
La Bible était reléguée dans les vieilles Bibliothèques, et défense était faite d'expliquer la Parole Sainte dans les leçons publiques ou privées.
Le Pontife de Rome avait usurpé le titre et les fonctions d'Evêque Universel et prétendait exercer les droits qui appartenaient dans les premiers siècles, aux Chefs des diocèses. Ses vendeurs ^indulgences s'installaient partout sur les places publiques et y faisaient leur infâme trafic au son de la caisse, vendant, suivant Tarif, non seulement le rachat des péchés commis, mais
aussi celui des péchés à commettre ! Dès lors on se moquait de l'absolution du Prêtre, parce qu'on l'avait déjà payée de sa bourse à quelque commis-voyageur de la Cour de Rome, qui se trouvait ainsi renverser d'un côté ce qu'elle soutenait de l'autre.
Le Moine Dominicain Tezel était l'agent principal de tout ce commerce éhonté. Il vendit trente écus, à un gentilhomme Saxou, une Indulgence plénière pour un péché indéterminé à commettre. L'acheteur, accompagné de ses valets, fut l'attendre dans un bois, entre Interback et Treblin, et lorsque Tezel vint à passer il lui vola la riche Caisse des Indulgences et lui fit administrer des coups de bâton. Tezel porta plainte, mais son adversaire produisit l'Indulgence payée et fut absous.
M. Capefigue fait observer que la Réforme existait dans les esprits lorsque Luther s'en empara, la poussa de son bras vigoureux et lui imprima une direction prononcée. Il fit voir à l'Allemagne étonnée, que le Christianisme n'était tombé si bas que parce que ses indignes Ministres l'avaient défiguré et qu'il
fallait le débarrasser de tout ce qu'ils avaient osé y ajouter, pour revenir au Christianisme si pur et si sublime établi par le Christ luimême et par ses Apôtres
A cet effet, Luther traduisit la Bible en langue vulgaire et établit en principe, avec les Pères de l'Eglise, que, lue dans un esprit de prière et de soumission, l'Écriture Sainte est compréhensible pour les plus simples comme pour les plus savants et que tous peuvent y trouver, sans intermédiaire, la règle infaillible de ce qu'il faut croire et faire pour s'assurer le salut éternel.
M. Lamotte s'est rendu l'écho d'une indigne calomnie en répétant que la Bible, traduite par Luther, est falsifiée presque à chaque page et que Ton pourrait y compter plus de mille altérations (1).
M. Lamotte peut récuser, à cet égard, notre témoignage, mais il ne saurait en faire autant de celui d'un Evêque de l'Eglise Romaine. Un Evangéliste protestant qui
(I) Page 268.
vendait des Bibles et des Nouveaux Testaments, à Montauban, ayant rencontré de l'opposition de la part de plusieurs ecclésiastiques du diocèse, qui prétendaient, comme M. Lamotte, que ces livres étaient falsifiés, prit le sage parti de les soumettre à l'inspection de Mgr Dubourg, alors Evêque à Montauban, qui lui écrivit la lettre ci-après :
« Montauban> 14 Avril 1832.
» Je remercie M. Bénèche de l'offrande de » la Bible et du Nouveau Testament, édi- » tion 1831. Je n'ai pas eu besoin d'un long » examen pour m'assurer que ce dernier est » conforme à l'édition de 1759 par M. Le » Maistre de Sacy, avec approbation du » Clergé de France. Rien ne s'oppose donc » à sa circulation parmi les Catholiques.
» Il n'en est pas de même de l'Ancien » Testament, duquel on s'est permis de re- » trancher, dans cette Edition 1831, tous les » livres ou parties de livres qui ne se » trouvent pas dans le texte Hébreu et que » l'Eglise cependant a reconnus pour cano- » niques, tels que Tobie, Judith, Esther,
» l'Ecclésiastique, la Sagesse, les Maccha- » bées et l'histoire de Suzanne.
» Approuver ou autoriser pour les Catho- » liques la circulation de l'ancien Testa- » ment, serait reconnaître à d'autres que » l'Eglise Catholique, le droit de juger de » l'inspiration des livres Saints et appeler » sur ma tête les terribles menaces de l'Es* » prit Saint : Si quelqu'un retranche quel- » que chose de ce livre, Dieu l'effacera du » livre de vie. J'engage donc M. Bénèche à » s'abstenir de la vente de ce dernier ou- » vrage.
» Guillaume, Evèque de Montauban. »
M. Lamotte, sous peine de mettre son opinion au-dessus de celle d'un Evêque de son Eglise, sera donc bien obligé de reconnaître que les protestants qui répandent le Nouveau Testament remplissent leur devoir et restent dans leur droit, puisque rien ne doit s'opposer davantage au Havre qu'à Montauban à ce que ce livre circule parmi les Catholiques.
Quant au reproche que Mgr Dubourg
adresse aux Protestants d'avoir supprimé certains livres dans leurs Anciens Testaments, il les en exonère lui-même en reconnaissant qu'ils ne se trouvent pas dans le Texte Hébreu. Les Protestants les considèrent d'autant plus comme apocryphes, que Jésus-Christ et les Apôtres ne les ont jamais cités et que St-Augustin et St-Jérôme les déclarent d'un mérite inférieur aux livres sacrés. Cette infériorité, confirmée par le concile de Laodicée, a été maintenue dans l'Eglise Romaine jusqu'au concile de Trente, c'est-à-dire même après la Réformation. Ce Concile a donné, le 8 Avril 1546, aux livres Apocryphes, la même valeur qu'au reste du Canon de l'Eglise, afin de justifier par les citations à en tirer certaines pratiques du culte Romain dont l'Ëvangile ne fait aucune mention, ou qu'il ne mentionne que pour les condamner. C'est absolument comme si un Tribunal faisait Une loi nouvelle pour l'appliquer au procès soumis à son jugement.
Nous ne saurions assez le redire avec M. Lamotte : « VEglise loin de proscrire le
» libre examen, demande à être examinée » et autorise cet examen. »
Que Ton prenne donc le Nouveau Testament, l'édition catholique de Sacy, si on la préfère, et que Ton examine si c'est la Religion Romaine ou la Religion Protestante Evangélique, qui est la plus conforme au Christianisme tel que notre Sauveur Va établi sur la terre. Il ne s'agit pas ici, comme le prétend M. Lamotte, d'un peu plus ou d'un peu moins d'égards pour Luther et Calvin, mais de plus ou moins d'égards pour la Parole de Dieu !
M. Lamotte fait ressortir avec complaisance ce que le langage de Luther avait souvent de rude jusqu'à être grossier ; mais depuis quand une vérité a-t-elle cessé d'être une vérité parce qu'elle est exprimée sans politesse? M. Lamotte doit savoir que l'intempérance des paroles est le triste fruit d'une éducation négligée ou mauvaise, et il n'aurait pas dû oublier que Luther, devenu réformateur à 30 ans, avait été élevé par les. moines de l'Eglise Romaine.
En renvoyant nos lecteurs à Lucile pour
y chercher des réponses claires et précises à tout ce qui constitue la controverse (si épuisée) de Y Avis Amical, nous ne pouvons nous empêcher de relever, dans ce dernier ouvrage, quelques assertions relatives à des faits récents.
M. Lamotte dit, par exemple, page 77, que « les plus purs, les plus instruits, les plus » religieux des Pasteurs anglais reviennent » au catholicisme. »
Nous ne savons où M. Lamotte a puisé cette fable. Il peut y avoir quelques Pasteurs anglais qui se font catholiques , mais le nombre en est assurément fort restreint.
Nous avons sous les yeux une brochure intitulée : « Expose' des principaux motifs qui » m'ont contraint à sortir de l'Eglise Romaine, » par Trimer , ancien premier vicaire à Dijon,» avec cette épigraphe : « Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes (Actes V, 29.) (1).
Dans une introduction adressée aux Catholiques Romains, l'auteur dit: « J'ai été
(1) Chez Delay, Lbraire, 2, rue Tronchet.
» amené par une circonstance que je puis » regarder comme providentielle à faire » partie de l'Eglise Chrétienne Réformée, » vulgairement appelée Eglise Protestante.
» L'établissement fait à Paris, en 1843, de » la maison des Diaconesses, fut, de la part » d'un journal catholique romain, l'objet de » la critique la plus amère. Cet établisse- » ment, destiné à servir d'hôpital, de refuge » pour les filles repenties , et en même >> temps de pénitentiaire, était attaqué avec » une violence tellement étrange, avec une » moquerie tellement acerbe, que je ne pus » m'empêcher de penser que cette maison » était une réponse redoutable à cette vieille » imputation adressée au Protestantisme » d'être incapable de produire aucun éta- » blissement de bienfaisance.
» A cette époque, je partageais toutes les » préventions que l'Eglise Romaine a su » répandre avec tant d'habileté contre l'E- » glise Réformée ; mais ce que je lisais sur » les Diaconesses me parut si partial et em- » preint d'une telle injustice, que j'en con- » çus le désir de connaître d'une manière
plus particulière les doctrines d'une Eglise qui était l'objet «d'une agression si passionnée, commençant à soupçonner que les historiens et les théologiens de l'Eglise ^Romaine pouvaient bien, dans un but plus ou moins intéressé, ne m'avoir pas dit la vérité tout entière sur ce point.
» Je trouvai que l'Evangile était la base des doctrines de la Réforme et queVétait toujours à l'Evangile qu'elle en appelait. Malgré mes préjugés, j'osai lire le Livre de Dieu sans les commentaires de Rome, et quoi que l'on puisse dire de l'obscurité impénétrable qui règne dans ce livre, la splendeur de la lumière divine né tarda point à éclairer mon âme. Si je rencontrai, dans la sainte parole, de l'obscurité, ce fut à l'égard des traditions romaines : il y règne, en effet, sur ce sujet, une telle obscurité, qu'il n'est possible ni d'y rencontrer ni d'y pressentir aucune de ces traditions.
» Le chagrin que j'éprouvai d'abbrd fut bientôt remplacé par la reconnaissance
» envers le bon Père céleste qui faisait » tomber de mes yeux, pour ainsi dire une » à une, les écailles qui m'empêchaient de » voir dans toute sa plénitude la vérité qui » nous a été enseignée par le Seigneur Jé- » sus ; et maintenant, après avoir passé par » une suite de doutes, d'incertitudes, de » combats que Dieu seul connaît, je n'é- » prouve plus que le désir de rendre témoi- » gnage à la grâce de mon Sauveur.
» Aujourd'hui je m'adresse à mes anciens ^> coreligionnaires, et me rappelant les pré- » jugés sous l'influence desquels j'étais » autrefois, je les conjure de vouloir bien, » pour un instant, secouer le joug de ceux » qu'ils pourraient avoir contre la Religion » chrétienne réformée et de lire avec impar- » tialité ces quelques pages. Il s'agit pour » eux et pour moi du salut de notre âme : » aucun sujet ne demande à être examiné » avec une sollicitude semblable à celle que » réclame celui-ci.
» Que Dieu veuille bien répandre sa » sainte bénédiction sur ces lignes, afin que
» la doctrine de sa Parole fructifie dans les » âmes, et les amène au salut par Jésus- » Christ. »
M. Trivier termine son écrit ainsi :
if Maintenant donc, je dirai à tous ceux » entre les mains desquels la Providence » voudra bien placer cet opuscule : Frères, » voici ce que dit le Seigneur : Tenez-vous » sur les voies, considérez et demandez quels » sont les anciens sentiers pour connaître la » bonne voie, et marchez-y, et vous trouverez » la paix et le rafraîchissement de vos âmes » (Jérémie, IV, 16.)
» Toutefois, que Ton prenne bien garde » de s'y tromper. Sans doute, aussitôt que » Ton a acquis la connaissance des altéra- » tions que l'Eglise Romaine a fait subir à » la révélation de notre Dieu éternellement » béni, il est du devoir de tout homme » loyal d'abandonner cette Eglise; mais ce » n'est là qu'une partie des obligations qui » lui sont imposées ; il lui reste à répondre » à l'appel de la grâce Divine et à s'attacher » avec d'autant plus de fidélité à la parole
» du Seigneur qu'il en avait été plus éloi- » gné par les inventions des hommes. »
D'autres membres du clergé Romain s'en sont retirés comme M. Trivier et ont publié comme lui, mais peut-être moins bien que lui, les motifs de leur retraite. Mais ces exemples constituent, nous nous empressons de le reconnaître, de rares exceptions et nous serions aussi inexacts que Ta été M. Lamotte, si nous disions comme lui : < les plus purs, les plus instruits, les plus reli- > gieux des prêtres Romains reviennent à •* l'Eglise Protestante Evangélique. »
Nous savons parfaitement que la grande majorité du Clergé Catholique est attachée à sa religion, et qu'elle l'honore par ses vertus.
Que M. Lamotte nous permette de lui dire qu'il en est de même du Clergé Protestant dans l'Eglise Réformée.
M. Lamotte qui tient à établir, à sa façon,
que « la religion Protestante ri a pas une seule
. » bonne raison à opposer, qu'elle n'a ni vie
» ni forme, qu'elle est la lèpre de l'âme, et
» qu'enfin les Protestants ne croient pas à la
» sainteté du dévouement. » (1) dit page 225, que : « la conversion des idolâtres présente » des difficultés dont le Catholicisme seul » peut triompher, et que par conséquent, le » Protestantisme ne réussira jamais dans » les missions lointaines. »
Loin de nier les succès des Missionnaires de l'Eglise Romaine, nous sommes les premiers à applaudir à la sainteté de leur dévouement si admirable, et à reconnaître qu'ils ont obtenu de nombreuses conversions.
Mais , étrange aveu ! M. Lamotte nous apprend lui-même (page 232) que là où la Bible a été distribuée, le sang versé des Missionnaires catholiques et leur sublime dévouement restent sans résultat apparent. Ce qui revient à dire que, lorsque les populations peuvent comparer la Parole de Dieu aux enseignements des Missionnaires catholiques romains, ils ferment l'oreille à ceux-ci.
Nous n'eussions peut-être pas osé le dire.
(1) Voir pages 2, 3, 9G de V Avis Amical.
Les Missions protestantes : Anglaises , Américaines, Françaises, Hollandaises, Allemandes, Suisses, etc., ont aussi leurs ouvriers dévoués , prêts à tout sacrifice pour amener k la connaissance de la Vérité les populations nombreuses qui croupissent encore dans les ténèbres de l'ignorance et de l'erreur, et il est de notoriété publique qu'ils out obtenu de grands et réjouissants succès au prix de plus d'un martyre.
En 1850» on comptait dans les pays protestants trente-cinq sociétés des Missions, ayant établi plus de mille stations de Missionnaires sur tous les points du globe et répandant la Bible traduite en cent cinquante langues différentes.
Les souscriptions recueillies par ces sociétés des Missions s'élevaient à environ QUINZE MILLIONS.
En 1850, il n'existait, à notre connaissance, qu'une seule société des Missions dans l'Eglise Romaine, celle de la Propagation de la Foi , dont la sphère d'activité embrasse le monde entier, et qui doit trouver des souscripteurs d'autant plus empres-
ses, que des indulgences sont souvent la récompense promise des dons sollicités.
Le journal de l'œuvre est distribué à tous les souscripteurs, et il serait à désirer que toutes les sociétés de Missions protestantes eussent une aussi bonne organisation.
Mais combien la société pour la Propation de la Foi collecte-t-elle ? Son rapport de 1850 répond : 3,082,729 fr.
Il y a trois fois moins de Protestants que de Catholiques : d'où il résulterait que ce que font les Protestants pour les Missions étrangères est, à ce que font les Catholiques, dans le rapport de 15 à 1.
Que M. Lamotte réduise sur les chiffres protestants et augmente sur les chiffres catholiques tant qu'il lui plaira, jamais il n'arrivera à prouver que les Catholiques font plus que les Protestants pour les Missions étrangères.
Un fait pris parmi beaucoup d'autres prouvera à M. Lamotte qu'il s'est trompé en avançant que les Missions protestantes ne roussissent jamais.
M. Casalis, Missionnaire français, sorti de
la Maison protestante des Missions, à Paris, vient de passer vingt-trois ans d'un ministère béni auprès des Bassoutos , dans l'Afrique méridionale, et il y serait encore s'il n'avait été rappelé à Paris pour diriger la Maison des Missions. Son départ a été le signal d'une vive douleur dans la tribu qu'il allait quitter, et son vieux chef Moshesh lui a adressé la lettre suivante :
« A mon Missionnaire,
» Ah ! mon Missionnaire, je suis Moshesh : » des nouvelles douloureuses me sont ap- » portées : les Pasteurs français vous ont » dit de retourner chez eux. Je verse beau- » coup de pleurs qui me troublent presque » l'esprit; car, 6 Casalis, vous êtes mon v instituteur, mon père, ma mère, le bou- » clier au moyen duquel j'ai paré à tout ce » qui m'est survenu 4e fâcheux ! En outre, » c'est vous qui avez été ma lumière, mes » oreilles et mes pieds. Vous nous avez dit * le bien et le vrai : vous n'êtes point en » faute. Vous êtes un vrai Massouto, un des 2> nôtres. Comment nous consolerons-nous?
» Ah ! les larmes passées, puissions-nous » être encouragés en voyant les fruits de » votre retour I J'ai mis ma confiance en » vous; j'espère que, pour réparer ma perte, » vous nous enverrez beaucoup de Mission- » naires et que vos supérieurs consentiront » à ce que le bien et le vrai nous soit ap- » porté et multiplié. Allez en paix, nous » restons dans les larmes. Dieu vous recon- » duise et vous garde. Priez aussi Dieu pour » nous. Voilà ce que j'ai à dire, moi, mes » fils, mes conseillers et toute la tribu.
» Bossiou, Sept. 1855. Moshesh. »
Voilà un fruit de ce que M. Lamotte a le courage de nommer la lèpre de l'âme !
Dira-t-il que ce fruit est celui du Christianisme, et non du Protestantisme?
Nous le voulons bien, car c'est une seule et même chose; mais qu'il reconnaisse aussi que toutes les grandes et belles œuvres accomplies par l'Eglise Romaine sont les^ruits bénis des grandes vérités chrétiennes qu'elle professe d'accord avec les Protestants.
Au nombre des erreurs étranges rencon-
trées dans le livre de M. Lamotte, aucune ne nous a plus surpris que cette assertion : « Le Protestantisme rejette l'Apocalypse, » semblable à ces criminels que la déposi- » tion d'un témoin accable : il récuse dans » l'impossibilité de réfuter. »
Où donc M. Lamotte a-t-il vu un Nouveau- Testament Protestant dont on eût retranché l'Apocalypse? Ne sait-il donc pas, lui qui a tant lu, s'il a lu tous les auteurs qu'il cite, que, loin de rejeter l'Apocalypse, les Protestants prétendent y trouver la condamnation de la Papauté, opinion qu'ils ont du reste peut-être bien puisée dans les œuvres de saint Bernard, qui écrivait au XIIe siècle : « Que la bête de TApocàlypse occupait la *> chaire de saint Pierre (1). »
Les Protestants tiennent en si grand honneur l'Apocalypse, malgré ces obscurités, que nous lisons au Tome III, page 204, des leçons données par M. Gaussen, sur Daniel le Prophète, à une école du dimanche : « Je
(i) Saint Bernard, eptst.125.
» vous prie de relire cette semaine, à plu- » sieurs reprises et avec beaucoup d'atten- » tion, les Chapitres XII, XIII et XVII de » l'Apocalypse. Et, pour la dévotion, je » voudrais qu'avant de partir pour l'école, » dimanche prochain , chacun de vous se » mit à lire, en se plaçant devant Dieu, le » premier et le dernier chapitre de l'Apo- » calypse. Ces révélations divines vous dis- » poseront le cœur pour le travail que nous » ferons ensuite, car vous y verrez les bé- » nédictions de Dieu attachées à l'étude de » ce livre. »
Si les Protestants rejetaient l'Apocalypse, comme le prétend M. Lamotte, ils recèleraient aussi le livre du Prophète Daniel, dont l'Apocalypse est comme le Tome II. Nous renvoyons ceux qui en doutent ou qui ne s'en doutent pas, peut-être, à l'admirable ouvrage de M. Gaussen sur Daniel, que nous venons de .citer.
Si M. Lamotte avait lu plus de livres d'édification protestants et moins d'œuvres rationalistes, il aurait des idées plus justes du Protestantisme, et il ne l'accuserait plus de
rejeter l'Apocalypse, car il trouverait dans les Sermonaires de très nombreux sermons dont les textes sont tirés du livre des Révélations de St Jean, qui en fournit une mine inépuisable. Un Prédicateur veut-il prêcher sur l'indifférence ou la tiédeur , où trouverait-il, en effet, un plus beau texte que dans ces émouvantes paroles de l'Apocalypse :
« Je connais tes œuvres : Tu n'es ni froid ni bouillant. Plût à Dieu que tu fusses froid ou bouillant !
» Ainsi parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche
» Car tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi et je n'ai besoin de rien; et tu ne connais pas que tu es malheureux et misérable, et pauvre, et aveugle, et nu, etc. » (Apoc. III, 15, 16, 17.)
Et s'il veut prêcher sur les appels du St- Esprit à l'âme, pourrait-il choisir un meilleur texte que ce passage si sublime :
« Voici, je me tiens à la porte et je frappe : Si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la
porte, j'entrerai chez lui, et je souper ai avec lui, et lui avec moi. » (Àpoc. III, 20.)
Ah ! M. Lamotte, vous eussiez aussi bien pu écrire que le Protestantisme rejette l'Evangile de St Mathieu que vous avez écrit qu'il rejette l'Apocalypse. Car, de même que les Protestants n'ajoutent pas à la Bible des livres apocryphes, qui pendant quinze cent quarante-six ans n'en ont pas fait partie, ils se gardent bien de retrancher ceux qui de tout temps y ont appartenu. Ils craindraient trop d'appeler sur leur tête cette terrible menace : « Si quelqu'un ajoute quelque chose à ce livre, Dieu fera venir sur lui les plaies écrites dans ce livre, et si quelqu'un y ôte quelque chose, Dieu ôtera sa part du livre de vie. (Apoc. XXII, 18, 19.)
Il est assez curieux que le meilleur commentaire, possédé par l'Eglise Catholique sur l'Apocalypse, soit celui d'Abbadie, théologien protestant du dix-septième siècle.
M. Lamotte a sans doute trouvé dans quelque livre écrit par une personne se disant protestante, parce qu'elle n'était pas catholique, qu'elle rejetait l'Apocalypse , et
peut-être bien d'autres choses encore ; car de même qu'il se rencontre aujourd'hui des esprits qui admettent les plus grandes absurdités, il s'en trouve d'autres qui nient les vérités les plus fondamentales. La superstition et l'incrédulité se donnent tour à tour pleine carrière, et quand l'homme se fie trop ou trop peu à ses propres forces, il tombe souvent dans l'une en voulant éviter l'autre. Celui là seul qui prend la parole de Dieu pour ce qu'elle est et la médite avec un esprit de prière, est certain de ne jamais se tromper en tout ce qui touche aux doctrines essentielles du salut.
M. Lamotte a, du reste, une manière de prouver au moyen de laquelle il réussirait aisément à démontrer les choses les plus impossibles. Se proposerait-il, par exemple, d'établir que la France n'a pas d'armée ? Il dirait avec sa méthode : « Il n'y a pas » d'armée sans discipline. Dans telle ville » un soldat français a frappé son caporal. y> Donc l'armée française n'a pas de disci- » pline. Donc la France n'a pas d'armée 1 »
Ce n'est pas plus difficile que cela.
L'Avis Amical à déni longs Chapitres tendant aux fins de prouver que le Protestantisme n'a pas la Sainteté qui serait possédée par le Catholicisme seul !
Nous ne suivrons pas M. Lamotte dans une pareille discussion et nous rappelant certaine parabole, nous accepterons humblement pour le Protestantisme le rôle du Péager, et, nous frappant la poitrine, nous dirons comme lui : « O Dieu, sois appaisé » envers nous qui sommes pécheurs. »
Le but vers lequel tendent à la fois, Protestants et Catholiques, vraiment Chrétiens, c'est la Sainteté, qui est autant au-dessus de ce que les hommes appellent Vertu, que le Ciel est élevé au-dessus de la terre. Mais cette Sainteté qui consiste : « .A aimer Dieu » de tout son cœur, de toute son âme et de toute » sapensés, et son prochain comme soi-même, » qui peut se flatter de la posséder ? Le. Protestantisme y aspire de toute la puissance de l'àme, mais il reconnaît que le péché l'en tient encore bien éloigné et que s'il n'y avait de salut que pour ceux qui possèdent la sainteté Evangélique, nul ne verrait le Sei-
gneur ; mais il sait aussi que Jésus-Christ est mort pour la rédemption de ceux qui, croyant en 7m, ont fait içi-bas des efforts sérieux et soutenus pour suivre ses traces et approcher le plus possible de cette sainteté parfaite pour laquelle il professe le même respect que l'Eglise Romaine, tout en l'interprétant différemment.
M. Lamotte dit que la Religion Reformée est un édifice lézardé et tombant en ruines.
Lorsqu'un édifice se lézarde et tombe en ruines, on a pour habitude de le soutenir en l'appuyant successivement par des étais.
Or, jusqu'ici, nous n'avons vu étayer le Protestantisme d'aucun dogme nouveau.
S'il y a deux pays, types du Protestantisme et du Catholicisme, ce sont assurément l'Angleterre et l'Espagne. Que nos lecteurs veuillent bien consulter l'histoire pour se rendre compte de ce que chacun de ces pays était il y a trois siècles, au moment de la Réforme, et qu'ils ouvrent ensuite les yeux pour voir ce qu'ils sont devenus sous l'influence de leur religion respective.
Qu'ils veuillent bien aussi comparer l'A-
mérique du Nord protestante et l'Amérique du Sud catholique, l'Ecosse protestante à l'Irlande catholique, les cantons de Berne, de Zurich et de Vaux protestants, aux cantons de Lucerne, de Fribourg et du Tessin catholiques. Cet examen fait en parfaite connaissance de cause et avec une entière impartialité, qu'ils disent si M. Lamotte était fondé à écrire que le Protestantisme est un édifice lézardé et tombant en ruines ?
Si l'auteur de l'Avis Amical pense que nous avons fait un choix de comparaisons pour les besoins de notre cause, qu'il veuille bien citer les siennes et dire où il voit l'Eglise Romaine en progrès et l'Eglise Réformée en décadence? Ce n'est pas au Havre assurément, car il y a un quart de siècle on y comptait cinq cents Protestants à peine, taudis qu'aujourd'hui l'Eglise Protestante du Havre possède la liste nominative de plus de trois mille de ses membres et a quatre cents enfants dans ses Ecoles, sans compter quatre-vingts élèves au Collège, si bien qu'il y a urgence de construire un nouveau Tem-
pie et de nouvelles Écoles ; le Temple et les Écoles existant devenant trop exigus.
Près de cinq cents Protestants prennent part aux fêtes de Pâques à la Sainte-Cène, ce Sacrement auguste que M. Lamotte traite de puérilité. (Page 80).
Sans doute, dans le même temps, il y a eu également augmentation sensible dans la population Catholique , mais dans quelle proportion ?
Nous ne suivrons pas plus loin M. Lamotte, le surplus de son livre se trouvant refuté par ce qui est dit dans Luciley beaucoup mieux que nous saurions le faire, mais il est temps de lui demander pourquoi, voulant donner un Avis Amical aux Protestants qui font de la propagande (et qui n'en fait pas plus ou moins), il n'a pas mis son Livre plus à la portée de ceux auxquels il est adressé, car les Protestants du Havre n'en possèdent qu'un très petit nombre d'exemplaires et il est difficile de s'en procurer, ce dont ils ont peut être le droit de . se plaindre, car celui auquel un Avis est donné, a bien le droit de le lire. Nous invi-
tons donc M. Lamotte à annoncer où son Livre est à avoir, comme nous le ferons de notre réponse.
M. Lamotte croit que la propagande que pourraient faire les Protestants serait fâcheuse pour l'Eglise Romaine et il annonce que de nombreuses conversions ont lieu dans les départements de l'Ain, de l'Aube, des Basses-Alpes, du Calvados, de la Charente, de la Vienue, etc., et qu'il s'y ouvre de nouveaux Temples.
Ces faits sont exacts, mais sont bien moins dus à la propagande protestante qu'aux actes du Catholicisme Romain, et nous allons dire à M. Lamotte ce qui crée la désertion dans les rangs de son Eglise beaucoup plus que tout ce que pourraient faire des Protestants.
Nous devons citer en première ligne la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception, qui déclarant hérétique tous ceux qui refuseraient de l'admettre, amène au protestantisme, sans le moindre effort de la • part des Protestants, un nombre considérable de Catholiques Romains, hommes sérieux et pieux qui veulent être dans rÉglise
ou dans le Temple et ne pas rester dans la rue où le Pape les chasse du moment où ils se permettent d'adopter, sur la doctrine de l'Immaculée Conception, l'opinion de Pie V plutôt que celle de Pie IX.
Ce qui en second lieu, tend dans l'Eglise Romaine à faire de la propagande Protestante, c'est la Mariolatrie, à la fois mère et allé du dogme de l'Immaculée Conception, et qui substitue de plus en plus la Vierge Marie à Dieu, au Christ et au Saint-Esprit, ou tout au moins en fait une quatrième personne de la Sainte Trinité !
Le journal YUnivers prétend, dans son numéro du 14 Octobre 1856, que la Sainte Vierge est notre mère au même titre que Dieu est notre père !
On publie dans une foule d'écrits, que l'Index se garde bien de défendre, qu'il suffit de porter des Médailles de la Vierge ou des Scapulaires, rouges ou bleus, dédiés à Marie (et qui se vendent quinze francs le cent) pour n'avoir pas à craindre les flammes éternelles et pour s'assurer jusqu'à quatre cent trente-trois indulgences Plénières !
A l'appui de ces impiétés on publie les fables et les légendes les plus incroyables, et on invente chaque jour de nouveaux miracles attribués à la Vierge.
Nous savons qu'il y a de ces écrits qui ne sont que de honteuses spéculations de Librairie, exploitant la crédulité et la superstition encore si répandues en France, mais le Marianisme est non moins préconisé dans des ouvrages sérieux, tels que :
Gloires- de Marie, de Liguori, Théologien- Evêque-Canonisé.
La vie de la Sainte Vierge, de l'Abbé Cazalis, etc., etc.
Liguori a osé imprimer :
« Nous serons exaucés plus promptement » en invoquant le saint nom de Marie qu'en » invoquant celui de Jésus, notre Sauveur, » parce que Jésus est un Jugé à qui il ap- » partient de punir, tandis que Marie est » une patronne qui ne connaît; que la misé- » ricorde. » (Page 106 Gloires de Marie.)
On y lit encore, page 120.:
« Marie est la vraie médiatrice entre Dieu » et l'homme ! »
Page 64, Liguori, le Théologien-Evêque- Canonisé, écrit :
« Bernardin de Busto rapporte qu'on avait » appris à un oiseau à dire Ave Maria ! Un » Faucon était sur le point de le saisir lors- » que l'oiseau ayant crié Ave Maria, le » Faucon tomba raide mort ! »
Toute autre citation devient superflue, et la tristesse nous fait tomber la plume desmains lorsque nous pensons que c'est en 1857 que de semblables livres sont répandus à profusion dans des familles chrétiennes où ils seraient jetés au feu si l'on y connaissait mieux le livre par excellence, car la Bjble ne dit nulle part d'invoquer Marie, mais bien d'invoquer Jésus-Christ.
« Quiconque invoquera le nom du Seigneur » sera sauvé. » (Rom. X, 13.) et on lit dans Timothée, ch. II, 5. « Car il y a un seul » Dieu et un seul médiateur entre Dieu et les » hommes, savoir Jésus-Christ homme, t
Que M. Lamotte veuille bien nous dire où il est dit dans la parole de Dieu : qu'il faut invoquer la Vierge Marie ou avoir recours à sa médiation^ Et comment peut-il vouloir
que la parole des hommes soit écoutée plutôt que la parole de Dieu.
Mais il y a pis encore dans le Marianisme. Il se publie un journal intitulé le Rosier de Marie, en tête duquel on lit des blasphèmes comme ceux-ci :
Tout par Marie.
Rien Que par Marie.
Et afin de prouver que le contenu répond à l'épigraphe , nous citerons cet extrait du numéro du 19 janvier 1856 :
« Vous qui craignez la face de Jehovah, » qui tremblez quand est venue l'heure de » lui faire votre prière, allez à Marie, avec » la foi de nos pères, et elle exposera vos » besoins à la Divinité, car c'est par Marie » que les parfums de l'oraison montent jus- » qu'au trône de Dieu ; c'est encore par » Marie que découlent les flots de la grâce » et les ineffables bénédictions du Très- » Haut ! ! ! »
Ainsi, suivant cette théologie Marianiste, c'est Marie qui remplace Jésus-Christ cornme médiateur entre Dieu et les hommes !
Mais ce n'est pas encore assez.
Ce triste journal du Marianisme a écrit en tête de ses numéros du 24 Mai et du 7 Juin 1856, ce qui suit :
Journal Prospectus
Adressé confidentiellement aux Prêtres.
1° On s'abonne en prenant un mandat sur la poste à l'ordre de M. l'abbé Pillon db Thury, passage Colbert, 16, à Paris;
2° L'abonnement est pour un an; il se fait chaque semaine, mais il ne part que du 1er de chaque mois, dont on envoie immédiatement les numéros :
3° Les personnes qui procurent trois abonnés jouissent d'un quatrième abonnement gratis :
4° Nous donnons pour 3 fr. de livres en . primes à nos abonnés.
MONITUM AD SACERDOTES.
1° Presbyteris quibus Missjï desunt, damus 45 intentiones adsolvendvm% mais il faut nous écrire immédiatement.
2° Econtra, sacerdotes qui hic et nunc font la >promcsse ad nos mittendi 28 intentiones
missœ, in spatio sex mensium, recevront immédiatement notre journal gratis pendant un an, à partir de leur promesse. Nous les prions aussi de nous écrire sans retard.
3# MM. les abonnés pour intention peuvent les acquitter immédiatement, et Messieurs qui recevront un avis spécial de notre part, s'y conformeront scrupuleusement.
L'abbé Pillon De Thury.
Un abonnement de journal est chose toute' temporelle, et donner le spirituel pour avoir le temporel a, suivant le droit canonique, toujours été considéré comme Simonie. Cependant le Rosier de Marie ne propose pas autre chose aux prêtres. Il est vrai qu'il le propose en latin, afin que le vulgaire en ignore !
Ah ! que M. Lamottc en soit bien convaincu, le Marianisme, tel qu'il est exploité aujourd'hui, fait beaucoup plus de propagande protestante que tout ce que les Protestants pourraient en faire.
En effet, plus la Vierge prendra place dans la foi et dans le culte de l'Eglise Ro-
maine, plus on sera fondé à demander pourquoi elle n'en occupe aucune dans l'Evangile, aucune dans l'histoire des premiers temps de l'Eglise ?
Dans les quatre Evangiles, il n'y a pas un mot indiquant que Jésus-Christ accordât à sa mère une part quelconque dans son œuvre, ni nendant ni après son ministère terrestre, pour intercéder auprès de son fils ou auprès de Dieu.
« Te vous salue, Marie, pleine de grâces, lui dit l'envoyé céleste. Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
» Voici la servante du Seigneur, répondit Marie, qu'il me soit fait selon votre parole. »
Quelques jours après, elle dit :
« Je serai, appelée Éienheureuse dans la suite de tous les siècles. »
Bienheureuse, en effet, celle que Dieu avait choisie pour être la mère du corps du Sauveur !
Les Protestants n'ont jamais dit autrement. Mais de là à prescrire un culte et à faire de Marie autre chose qu'une femme bénie entre toutes les femmes, il y a toute
Ja distance de l'erreur des hommes à la vérité de la parole de Dieu.
Les mots pleine de grâces, pour quiconque sait le grec, n'ont jamais signifié autre chose que ayant reçu beaucoup de grâces.
Bienheureuse se dit de quiconque a reçu de Dieu une faveur, et ce mot est souvent reproduit dans l'Ecriture en ce sens et jamais dans celui d'une déification.
Jésus-Christ lui-même met la simple grâce de lui être fidèle au-dessus de celle de lui avoir servi de mère Une femme de la foule qui l'admire, s'écrie un jour : Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles qui vous ont nourri.
Que répond Jésus-Christ?
Heureux plutôt ceux qui entendent la.
parole de Dieu et qui la pratiquent.
Marie a-telle d'autres titres qui permettent de croire à l'efficacité de sa médiation entre les hommes et la divinité?
Aux noces de Cana «■ le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n'ont point de vin.
» Jésus lui répondit : Femme, qu'y a-t-il de
commun entre vous et moi î » (St Jean II. 3, 4. Edit. Sacy.)
Un autre jour on vient dire à Jésus que sa mère et ses frères demandent à lui parler.
Il répond : Qui est ma mère ? qui sont mes frères? Puis étendant la main vers ses disciples, il ajoute : Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de mon Père céleste, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère. Matth., XII, 50.
Ceci n'a besoin d'aucun commentaire.
Au 1er chapitre des Actes des Apôtres, verset 44, nous lisons :
Les Apôtres persévéraient tous dans un même esprit, en prières avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et ses frères.
Pas un mot de plus sur Marie, dans les Actes !
Dans les Epîtres, même dans celles qui doivent avoir été écrites plus ou moins longtemps après la mort de Marie, même dans les Epîtres du disciple bien-aimé, à qui le Sauveur expirant avait dit : Voilà votre mère ! il n'est pas question de Marie, elle n'est pas même nommée !
Et dans ce poétique tableau des magnificences célestes tracé dans l'Apocalypse, où est-il question de Marie recevant hommage, exerçant pouvoir?
Dans un livre intitulé Mois de Marie, on prétend expliquer ce silence si significatif en disant que l'idiome humain ne pouvait atteindre à ces hauteurs.
Comment? l'idiome humain a suffi pour parler de Dieu, de Jésus-Christ, du Saint- Esprit, et pour parler de la Vierge il se serait trouvé impuissant? Soit, mais alors pourquoi l'Eglise Romaine en parle-t-elle tant? et pourquoi ne respecte-t-elle pas ce voile épais dont les Ecrivains inspirés ont enveloppé la mère du Sauveur? Là où l'Ecriture n'a que quelques mots qui condamnent l'Eglise Romaine, et la tradition quelques souvenirs sur lesquels il n'y a rien à édifier, pourquoi toutes ces histoires et ces légendes qu'elle met entre les mains du peuple, pour l'égarer, au lieu de lui donner l'Evangile qui l'éclairerait?
Il faut aller jusqu'au cinquième siècle
pour trouver la trace d'hommages rendus ou à rendre à la mère du Sauveur.
En 431, le Concile d'Ephèse décerna à Marie le titr^ de Mère de Dieu, et ce n'est qu'au neuViêune siècle, lorsque l'ignorance ecclési£sfique et populaire était à son comble, qu'on a imaginé l'Assomption de Maria, ce qui plus tard a donné lieu aux croyances et aux pratiques les plus superstitieuses.
Mais sur quoi tout cela repose-t-il ? Sur rien, absolument et littéralement sur rieîî, et il n'est pas plus obligatoire à un chrétien de croire à la résurrection et à l'Assomption de Marie qu'à celle de sa cousine Elisabeth, bonne et sainte fgmme comme elle. Mais il est foripellement interdit à un chrétien * qui tient la parole de Dieu pour supérieure à celle des hommes, de croire que Marie puisse servir de médiatrice entre Dieu et lui, ou agir de quelque manière que ce soit sur son salut.
M. Bordas-Demoulin a publié en 1855 un ouvrage très remarquable intitulé : Les Pouvoirs constituants de l'Église. Il y a reproduit un écrit du xvir8 siècle, qui parut avec l'ap-
probation de l'Episcopat français, et qui a pour titre : Avis salutaire de la Bienheureuse Vierge Marie à ses dévots indiscrets. On y lit page 87 :
« L'amour que l'on a pour moi n'est pas parfait sans l'amour du Dieu qui m'a créée. Ce n'est pas me bien aimer et me bien louer que de ne pas rapporter tout à Dieu. C'est à lui seul à qui appartient tout honneur, toute louange et toute gloire. Si Vhonneur que l'on me rend ne s'adresse principalement à Dieu qui m'a faite tout ce que je suis, ce n'est pas m'honorer, c'est me mépriser. Ne m'honorez pas comme si Dieu ne vous suffisait pas. Ne m'honorez pas comme s'il n'était pas possible d'aller à Dieu sans moi ; car il n'y a qu'un Dieu et qu'un médiateur. Ne m'honorez pas comme une Divinité. Ne me mettez pas en parallèle avec Dieu et avec Jésus-Christ. Ne mettez pas votre confiance, ainsi que des idolâtres, en mes statues et mes images. »
Les Protestants aiment et honorent Marie comme elle veut être aimée et honorée ; ils savent que c'est la profaner et non l'honorer que de la reproduire sous forme de statue
— bl —
ou d'image, avec les traits renouvelés de Vénus et un teint de lis et de rose, au lieu de la pâleur cuivrée des femmes de Nazareth et du simple type hébreu.
Pourquoi aussi cette Vierge éternellement vierge, jeune et belle, quand elle a vu son fils arriver à trente-trois ans et lui a survécu bien des années peut-être, et qu'il est fort probable qu'après la naissance du Sauveur, elle a vécu avec Joseph, son mari, et a eu de lui d'autres enfants, puisqu'on lit, Matth. XII, 47 : « Voilà votre mère et vos prèrbs qui sont au dehors et qui vous demandent. » Et ch. XIII, 55,56: « N'est-ce pas là le fils de ce charpentier $ Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marte et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses soeurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ?» Et Jean, ch. VII, 3 : « Ses frères lui dirent : Quittez ce lieu et allez en Judée, afin que vos disciples voient aussi les œuvres que vous faites. »
Il est évident que le mot frères n'indique pas les disciples, et il est très permis et très naturel de croire qu'il s'agit bien d'enfants de Marie et de Joseph. La gloire de
la mère du Sauveur ne perd rien à cette croyance.
La Réforme du xvie siècle a été une protestation contre l'immoralité introduite dans l'Eglise. Celle qui se prépare , et que le xixe siècle verra peut-être s'accomplir, sera le fait des nouvelles erreurs introduites successivement dans l'Eglise Romaine. Aujourd'hui, tout le monde sait lire et l'Evangile . se répand partout. L'intelligence la plus ordinaire peut facilement juger laquelle des deux religions Romaine ou Réformée y est la plus conforme. Le Catholique qui se fait Protestant n'a qu'à cesser de croire et de pratiquer ce que les hommes ont enseigné pour s'en tenir à l'enseignement de la parole de Dieu, qu'il a eue de tout temps en commun avec les Protestants.
Le Protestantisme n'est pas une Religion. Vinet l'a dit et M. Lamotte Ta répété pour en faire un argument contre le Protestantisme, tandis que c'est la démonstration la plus forte en sa faveur ; car, si le Protestantisme n'est pas une religion, qu'est-il donc? sinon le retour pur et simple au Christia-
nisme du Christ et la séparation d'avec un Christianisme revu et gâté par les hommes, Christianisme dans lequel lïvraie a été mêlée au bon grain !
A Dieu ne plaise que nous méconnaissions tout ce qui reste de chrétien et, par suite, de sublime dans l'Église Romaine. Les dogmes et les croyances qu'elle pratique, de commun avec l'Eglise Protestante, produisent dans le champ catholique des fruits admirables et que nous sommes les premiers à admirer.
Si quelqu'un en doutait au Havre, nous le conduirions chez les excellentes Sœurs de Saint-VinGcnt-dc-Paul, voir la charité pratiquée avec amour, activité, ordre et intelligence, pour le soulagement des pauvres et l'instruction de l'enfance; nous le mènerions à l'Hôpital, où les respectables Dames de St- Thomas-de-Villeneuve passent les jours et les nuits au chevet des malades, s'occupant avec une égale sollicitude de leur corps et de leur âme : ou bien encore auprès de ces admirables Petites Sœurs des Pauvres, qui ont créé pour les vieillards des deux sexes un Asile qu'elles soutiennent par des quêtes
journalières, renouvelant le miracle de la multiplication des pains; ou bien encore vers ce superbe Orphelinat de filles, fondé à Ingouville par Mme Alexandre, appartenant à la Congrégation des Servantes des Pauvres et des Orphelins. Etablissement commencé bien humblement et qui est devenu, sous une direction si chrétienne, une maison très-importante et parfaitement dirigée ; ou encore vers toutes ces Ecoles de garçons et de filles dirigées par vocation et non comme métier, par des Frères et des Sœurs de diverses dénominations; ou encore vers cette église de Saint- Vincent-de-Paul , dont le clocher magnifique s'achève en ce moment, et qui serait peut-être encore à construire sans l'intelligente activité d'un curé, qui a consacré plus de dix ans de peines et de démarches pour réunir les moyens de doter d'une église un quartier populeux et pauvre qui en était déshérité. ,
Si nous ne craignions de blesser la modestie de M. Gustave Lamotte, nous conduirions encore notre contradicteur vers cette Société de Saint-Vincent-de-Paul, qui ré-
pand tant de bienfaits sur la classe pauvre et où nous serions presque certains de rencontrer l'auteur de l'Avis Amical aux Protestants, parce qu'il en est un des membres les plus zélés.
Mais, si dans le sentiment de justice et de vérité qui nous anime nous sommes disposés à reconnaître tout ce qu'il y a de beau et de bien dans l'Eglise Romaine, que M. Lamotte fasse de même et reconnaisse à son tour qu'il s'est laissé étrangement aveugler lorsqu'il a refusé de voir tout ce qui se fait également de beau et de bien dans le Protestantisme, et qu'il cesse de soutenir, contre toute vérité, que hors de l'Eglise Romaine il ne peut rien s'accomplir de Chrétien.
Sans doute il existe dans l'Eglise Protestante française de fâcheuses divisions, il y règne même une certaine anarchie qu'on ne verrait probablement pas si la Saint-Barthélémy, les Dragonades et la Révocation de l'Edit de Nantes n'étaient venus tout y renverser et proscrire, anarchie, du reste, qui disparaîtra lorsque la nécessité de rétablir
les Synodes se fera plus généralement sentir. Mais ces petites divisions ne prouvent absolument rien contre le Protestantisme qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne constitue pas une Religion, mais exprime simplement, pour chacun, le droit et le devoir de baser sa religion sur la parole de Dieu. Nous n'ignorons pas qu'il existe des écrivains qui vont au-delà et qui prétendent prouver à leur façon que la Bible n'est pas la parole de Dieu et même que Jésus-Christ n'est peut-être pas ressuscité. Mais ils ne sont pas plus Protestants Evangéliques que Dupuis, de triste mémoire, n'était Catholique Romain en écrivant YOrigine des Cultes. Ce sont des Rationalistes, des Déistes, des partisans de la Religion naturelle, etc., comme Dupuis était Athée.
M. Lamotte nous force encore à lui rappeler une parabole, et nous l'invitons à retirer la poutre qui est dans l'œil de l'Eglise Romaine avant de tant s'occuper de la paille qui se trouve dans celui du Protestantisme.
A l'entendre, on croirait que tout le Catholicisme ne forme qu'une vaste famille
avant son chef à Rome et lui obéissant comme des enfants dociles. On dirait aussi que dans cette famille tous les membres se chérissent comme des frères et vivent dans le plus touchant accord, fruit béni de l'unité de son Eglise.
Il suffit pourtant de lire le journal Y Univers, ou l'écrit intitulé Y Univers jugé par lui-même, pour demeurer pleinement convaincu que le Catholicisme se divise en Eglise Ultramontaine et en Eglise Gallicane, partis qui sont loin d'être d'accord, ou d'exprimer leur désaccord en termes fraternels et chrétiens. On verrait aussi dans ces ouvrages que l'Ultramontisme est divisé contre lui-même : M. de Montalembert traitant fort durement M. Veuillot etM.Veuillot répondant fort impoliment à M. de Montalembert.
A nos yeux, les Ultramontains seuls sont conséquents, car ils se font de l'infaillibilité du Pape et de l'obéissance passive qui lui est due, une réponse à tout, qui manque essentiellement à l'Eglise Gallicane. Mais il suffit de lire Y Histoire des Papes et la longue énu-
mération de leurs contradictions, pour savoir sur quoi repose cette infaillibilité.
La prétendue investiture donnée par Jésus-Christ à Saint-Pierre et qui aurait été transmise par lui de siècle en siècle jusqu'à S. S. Pie IX, se trouve démentie par les Apôtres eux-mêmes qui, non seulement, n'ont jamais reconnu aucune suprématie à Saint-Pierre, mais encore qui lui résistaient en face lorsqu'il méritait d'être repris. (Gai. II).
Fénélon, dont l'opinion vaut bien celle de M. Veuillot et de M. G. Lamotte, écrivait, le 12 Mai 1704, au Cardinal Gabrielli :
« Permettez-moi de vous dire, très émi- » nent Seigneur, que jusqu'ici nul Concile, » nul décret Pontifical , n'a défini que le » Pape fut infaillible. »
C'est donc depuis Fénélon que la découverte de l'infaillibilité a été faite, et le Catholicisme s'y est retranché comme on se retire dans une Citadelle quand on n'est plus de force à tenir la campagne. Ce n'est pas un Protestant qui le dit, c'est Mgr Clausel de Montais, le vénérable doyen de l'Episcopat français, qui l'écrit ; écoutons le :
Depuis quinze siècles, l'Église de France ;> ne s'est point trouvée dans une situation >» semblable à celle où elle se trouve au- » jourd'hui. Un voile lugubre est répandu » sur elle. Le peuple indifférent aux inté- » rets de la religion ne s'occupe pas de ce qui >- se passe au sein de l'Eglise ; le clergé est » divisé en deux camps : celui des Ultra- » montains et celui des Gallicans. Une fer- » mentation sourde règne parmiles défen- » seurs des anciens principes de l'Eglise de » France, les Ultramontains triomphent, » étalent au grand jour leurs pernicieuses » doctrines et préparent par leur fanatisme » une réaction redoutable, qui dépassera » probablement les bornes. Les prêtres les -> plus pieux, les plus instruits, sont glacés » d'épouvante, gémissent et gardent, pour » la plupart, un silence sombre et doulou- » reux. La plupart des Evoques sont décou- » rages, et l'un d'eux nous écrit : Dieu me » donne ce qu'il faut pour sentir très vivement > la gravité de notre situation ; il me refuse la >• vue et l'invention des remèdes convenables.
» Je gémis du 'présent, j'appréhende V avenir ; » c'est tout ce que je puis faire. »
Un ecclésiastique de Paris, qui a dû conserver l'anonyme par les raisons qu'il donne, a publié des observations sur le Mandement du si regrettable Archevêque de Paris, Mgr Sibour, à l'occasion de la substitution de la Liturgie Romaine à celle qui avait servi jusque-là dans le diocèse de Paris.
On lit dans ces observations :
« Il ne faut que jeter un coup d'œil dans » l'Eglise de France pour apercevoir l'état » déplorable où se trouve le Clergé. L'igno- » rance de la théologie, de presque toutes » les sciences ecclésiastiques est arrivée à » son comble. Les études dans les Sémi- » naires sont à peu près nulles ; un trop » grand nombre de prêtres lancés dans le » ministère en sortant de ces maisons, n'é- » tudient plus et oublient même le peu » qu'ils avaient appris dans leur jeunesse. » A cette ignorance il faut joindre la dépen- » dance la plus absolue du clergé secon- » daire envers les évêques, dépendance qui » n'est pas la subordination raisonnable,
» mais l'obéissance aveugle. Avec l'an- » cienne Eglise de France ont disparu les » lois qui réglaient les rapports entre les » Evêques et les Prêtres ; qui donnaient » aux tribunaux ecclésiastiques une exis- » tence légale. Autrefois les prêtres avaient » dans l'inamovibilité de la plupart des » fonctions et dans les tribunaux ecclésias- * tiques des garanties véritables contre l'er- » reur et l'arbitraire des Evêques. Néces- » sairement subordonnés dans tout ce qui » était conforme à la loi, ils pouvaient lutter » contre l'injustice. De là, pour le clergé, » une sécurité et une dignité qu'il n'a plus. » Aujourd'hui, il faut l'avouer, les prêtres » qui se distinguent par leur intelligence et » la noblesse de leurs sentiments, sont trop » souvent regardés comme suspects, on di- » rait qu'on ne veut plus dans le clergé que » des esclaves attentifs à la parole du Maître » et occupés uniquement à mériter ses » bonnes grâces en exécutant humblement » même ses caprices. »
M. Lamotte doit reconnaître que de semblables écrits et les tristes faits qui les
ont motivés, font efficacement la propagande Protestante. L'abbé Trivier , ancien premier vicaire à Dijon, dont nous avons signalé le retour vers l'Eglise Evangélique, n'a pas quitté l'Eglise Romaine par suite de suggestions émanées du protestantisme , mais bien par le fait des calomnies du Journal V Univers contre les Protestants. Ame honnête et esprit intelligent, il a voulu lire cette Bible sur laquelle repose la foi protestante et « la splendeur de la lumière » divine ne tarda pas à éclairer son âme » dit-il.
Or, ce que l'abbé Trivier a fait avec tant de succès, de son propre mouvement, les Protestants qui font de la propagande, engagent, non seulement tous les Catholiques, mais tout le monde à le faire : Lire la Parole de Dieu, en priant Dieu d'en bénir la lecture et de nous faire la grâce d'y conformer notre foi et nos œuvres ; est-ce là la propagande contre laquelle s'élève M. Lamotte et qu'il donne aux Protestants Y Avis Amical de ne pus faire?
Nous nous permettrons de ne pas l'écou-
ter, en nous fondant sur une opinion que M. Lamotte respecte comme nous.
Saint Jean-Chrysostônie exhortant les Chrétiens à l'Etude des Saintes Lettres , écrivait :
« L'Evangile de Jésus-Christ et les admi- » râbles épîtres du grand Apôtre Saint-Paul » sont également inconnus, à peine si on en » sait le nombre tant ils sont rarement dans » les mains. De cette ignorance découlent » les maux effroyables de l'Eglise. De là, » viennent les fausses opinions qui altèrent » la pureté de la morale et les hérésies qui » corrompent la foi. Autant il est difficile » qu'un aveugle qui marche sans guide, ne » s'écarte pas du droit chemin, autant il est » inconcevable qu'on puisse marcher dans » les sentiers de la foi et de la piété, si l'on » n'est éclairé de la lumière de ces livres » saints. »
Ne me dites pas : « Je ne suis pas un prêtre » ou un solitaire, cette lecture ne me regarde » point : car un des plus grands maux dont » nous ayons à gémir, c'est que cette lec- » ture soit aujourd'hui regardée comme le
>> devoir des seuls ecclésiastiques. PI us vous » êtes engagé dans le monde, plus vous » avez besoin d'être conduits par la lecture » de ces livres que l'esprit de Dieu a inspi- » rés. »
Les autres Pères de l'Eglise tiennent le même langage sur le droit et le devoir de tous les Chrétiens de prendre l'Evangile pour base de leur foi et de leur conduite, et on ne saurait reprocher aux Protestants de faire de la propagande lorsqu'ils recommandent ce que les Pères de l'Eglise ont recommandé.
Et si de la lecture de l'Evangile il résulte que les Protestants Evangéliques, c'est-àdire ceux qui reçoivent l'Evangile pour la parole de Dieu, sont dans le vrai et les Catholiques Romains dans l'erreur, pour ce qu'ils ont ajouté ou retranché de la parole de Dieu, M. Lamotte devra bien reconnaître que c'est par ce Saint Livre, et non par tel ou tel Protestant, que la propagande est faite.
L'auteur de l'Avis Amical admettra bien que l'Église était en 1852 ce qu'elle était
eu 1855. Qu'il nous dise alors pourquoi, dans le Catéchisme du diocèse de Paris, il y a cette variante très significative entre les éditions de ces deux années :
édition 1852.
D. Qu'est-ce que l'Église ?
R. L'Eglise est la société des fidèles établie par Notre Seigneur Jésus-Christ , répandue sur toute la terre et soumise à l'autorité des pasteurs légitimes.
édition 1855.
D. Qu'est-ce que
l'Église?
R. L'Église est la société des fidèles établie par Notre Seigneur Jésus-Christ, répandue sur toute la terre et soumise à l'autorité des pasteurs légitimes, principalement de Notre Saint Père le Pape. Les Protestants auraient adopté , tout aussi bien que les Catholiques, la définition de VÉglise donnée en 1852, puisqu'un de leurs articles de Foi est : Je crois en la sainte Eglise Universelle. Mais ils repoussent celle de 1855, qui attribue au Pape une autorité que l'Évangile ne lui reconnaît au-
cunement et qui n'a pas davantage été reconnue par les Pères de l'Eglise jusqu'au vie siècle.
M. Lamolte comprendra qu'il est difficile pour des Protestants Evangéliques de croire qu'il soit loisible d'ajouter ainsi presque chaque année un dogme nouveau ou une croyance nouvelle à la Religion établie par le Christ, et que l'obéissance absolue au Saint Père le Pape est impossible à admettre lorsqu'on lit dans Saint Bernard : «11 n'est pas permis d'obéir au Pape en ce » qui est mauvais et défendu par Dieu. Si » le Pape, trompé par des mensonges ou » vaincu par des importunités, a permis de » faire le mal, ce mal» par là, n'a pas cessé » d'être mal ou. n'est pas devenu un moindre » mal. » (S. Bernard, épist. 7 ad Adam. Monach.)
Lequel faut-il croire? Saint Bernard ou M. Veuillot? Que M. J[iamotte veuille bien nous le dire.
Il est temps de finir notre réponse à l'Avis Amical. Si l'on trouve que nous n'aurions pas dû la commencer, nous ren-
verrions le reproche à M. Làmotte. Nous pensons, en effet, qu'il aurait beaucoup mieux fait de ne rien publier; car, depuis trois siècles, on a tant écrit pour et contre le Protestantisme, que la cause est entendue et qu'il ne reste rien de nouveau à dire.
M. Lamotte pouvait dès-lors se passer de jeter à la face des Protestants au milieu desquels il vit, que l'immoralité et V absurdité sont les caractères dominants de leurs principes et t'y disputent la prééminence.
Au Havre, on voit, heureusement, Catholiques et Protestants sincères s'aimer et s'estimer, se rendre mutuellement justice et concourir avec bonheur aux bonnes œuvres qui s'accomplissent dans les deux Eglises. Tous tiennent à montrer qu'ils sont les disciples du Christ par l'amour qu'ils témoignent les uns pour les autres et par le bien qu'ils cherchent à répandre autour d'eux.
Ces excellents sentiments doivent être
non-seulement maintenus, mais étendus; et
s'il n'est pas aussi facile de renverser les
barrières qui empêchent la réunion des
Eglises qu'il l'a été de jeter nos remparts
dans les fossés pour réunir des villes séparées, s'il faut nous résigner, peut-être longtemps encore, à vivre sans avoir en tous points la même foi, nous pouvons au moins continuer à nous tendre la main dans une parfaite communion de même Charité ; car, Dieu merci, on n'a pas encore inventé une charité catholique et une charité protestante ; les uns et les autres la résument dans ces sublimes paroles : <\ Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Que M. Lamotte aurait, à notre avis, bien mieux fait d'employer son temps et son talent à combattre l'indifférentisme et à réveiller les gens qui dorment, comme les vierges folles, sans huile dans leurs lampes.
Dira-t-il qu'il n'aurait pas été écouté ? C'est une erreur. La mode de l'incrédulité est passée, et, même dans la jeunesse, il y a aujourd'hui un sérieux et bien réjouissant retour vers les aspirations religieuses. A la condition de parler un langage qui saisisse l'esprit et touche le cœur, on est presque toujours écouté.
Marcher vers la mort qui nous emportera
demain, peut-être, sans nous inquiéter de ce qui nous attend au-delà, ce serait agir comme un navigateur qui , s'embarquant sans carte et sans boussole, voguerait au gré des vents et des flots, en disant : « Dieu » est si bon qu'il saura bien me faire arriver » à ma destination sans que j'aie à m'en » inquiéter. »
Nous cédons la parole à Lucile.
Bien des personnes qui par scrupule, préjugé ou indifférence n'avaient jamais ouvert la parole de Dieu, ont été gagnés par Lucile et sont devenus des lecteurs assidus de la Bible.
Puissent ceux qui liront ces lignes faire de même et comprendre avec Bacon que si un peu de- science éloigne de la Religion, beaucoup de science y ramène. Ils ne tarderont pas alors à s'écrier, comme l'immortel Montesquieu :
Chose admirable 1 la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci.
C'est l'auteur de Y Avis Amical aux Pro-
estante- qu'ils auront peut-être à en remercier, et M. G. Lamotte se trouvera, de cette manière, bien malgré lui, sans doute, mais par la direction de Dieu, avoir fait, lui aussi, de la propagande protestante. ,
ou
PUBLIE PU LA SOCIÉTÉ DBS UÎBES HUMEUX DE TOULOUSE,
Toulouse , Imp. de À, Chauvin, rue Mirepoix, 9»
ou