‹ Lucrèce BorgiaChapitre 102 sur 227 · HOMME · texte numérisé non relu

HOMME

Il n'y manque rien.

FABLV.M

Alors il me les faut !

l'homme Doucement.

FABIAM

Juif, donne-moi ces papiers.

l'homme

Fort bien. — Juif, miséraljle mendiant qui passes dans la rue, donne-moi la \ille de Slirewsbury, donne-moi la ville de Wexford, donne-moi la comté de Waterford. — La charité, s'il vous plaît 1

FABIAM

Ces papiers sont tout pour moi, et ne sont rien pour toi. l'homme

Simon Renard et lord Chaudes me les payeraient bien cher I

FABLVM

Simon Renard et lord Chandos sont les deux chiens entre lesc^uels je te ferai pendre,

l'homme Vous n'avez rien autre chose à me proposer? Adieu.

FABLVM

Ici, juifl — • (Jue veux-tu que je te donne pour ces papiers?

l'homme

Quelque chose que vous avez sur vous.

ICO MARIE TIDOR.

FABIAM

Ma bourse?

l'homme

Fi doiit-1 voulez-vous lu niienue?

FABIA.M

(Juoi, alors?

Il V a un parchemin qui ne vous quille jamais. C'est un blanc-seing que vous a donné la reine, et où elle jure sur sa couronne catholique d'accorder à celui qui le lui présentera la grâce, quelle qu'elle soit, qu'il lui demandera. Donnezmoi ce blanc-seing, vous aurez les titres de Jane Talbot. Papier pour papier.

FABIAM

Que veux-tu faire de ce blanc-seing ? l'homme

Vovons. Jeu sur table, mylord. Je vous ai dit vos affaires, je vais vous dire les miennes. Je suis un des principaux argentiers juifs de la rue Kantersten, à Bruxelles. Je prête mon argent. C'est mon métier. Je prête dix, et l'on me rend quinze. Je prête à tout le monde; je prêterais au diable, je prêterais au pape. 11 y a deux mois, un de mes débiteurs est mort sans m'avoir payé. C'était un ancien serviteur exilé de la famille Talbot. Le pauvre homme n'avait laissé que quelques guenilles. Je les fis saisir. Dans ces guenilles je trouvai une boîte, et, dans cette boîte, des papiers. Les papiers de Jane Talbot, mylord, avec toute son histoire contée en détail et appuyée de preuves pour des tenq)s meilleurs. La reine d'Angleterre venait ])réciséraent de vous donner les jjiens de Jane Talijot. Or j'avais justement liesoin de la reine d'Angleterre pour un prêt di' dix mille marcs d'or. Je compris qu'il y avait une alîaire à faire avec vous. Je vins en Angleterre sous ce déguisement, j'épiai vos démarches moimême, j'épiai Jane Talbot moi-même; je fais tout moimême. De cette façon j'appris tout, et me voici. Vous aurez les papiers de Jane Talbot si vous me donnez le blanc-seing

IitlKNKE I. — I.MKiMME M l'ElF'I.E. 101

(Je la reine. J'écrirai dessus que la reine me donne dix mille mares d'or. On me doit quelque chose ici au bureau de l'excise, mais je ne chicanerai pas. Dix mille marcs dor, rien de plus. Je ne vous demande pas la somme à vous, parce qu'il n'y a qu'une tète couronnée qui puisse la payer. Voilà parler neltement. j'espère. Voyez- vous, mylord. deux hommes aussi adroits que vous et moi n'ont rien à gagner à se tromper l'un l'autre. Si la franchise était bannie de la terre, c'est dans le tète-à-tète de deux fripons qu'elle devrait se retrouver.

Impossible. Je ne puis te donner ce blanc-seing. Dix mille marcs d'or! Que dirait la reine? Et puis, demain je puis être disgracié ; ce blanc-seing, c'est ma sauvegarde ; ce blanc-seing, c'est ma tète.

i."homme Qu'est-ce que cela me fait ?

FABIAM

Demande-moi autre chose.

i.'iKiMMr:

Je veux cela.

FvniAM Juif, donne-moi les papirrs de .lane Talbot.

l 'iiiiMMr Mvlord. donnez-moi le blanc-seinir de la reine.

.\ll(inv, juif ni;Hidil ! il faut le céder.

Il lire tin pnpier île sa |)Oclie.

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