JA-\E
Que la mort. CVst iino osporanro.
riocoiilc-nioi toulo l'avcnfure. Où as-lii roiKonliv rrl homiiie pour la proniitTc fois?
La prcmirre fois que je l'ai vu, c'était... — Mais à quoi l»on tout cela? Vne malheureuse fille du peuple, pauvre et vaine, folle et coquette, amoureuse de parures et de l)eaux dehors, qui se laisse éblouir par la belle mine d'un grand seirjiieur. Voilà tout. Je suis séduite, je suis déshonorée, je suis perdue. Je n'ai rien à ajouter à cela. Mon Dieu! vous ne voyez donc pas que chaque mol que jt> dis me fait mourir, madame?
LA REINE
C'est bien.
Oh! votre colère est terrible, je le sais, madame. Ma tète jiloie d'avance sous le châtiment que vous me préparez...
LA REINE
Moi ! un châtiment pour toi ! Est-ce que je m'occupe de toi, folle? Oui es-tu, malheureuse créature, pour que la reine s'occupe de toi? Non, mon affaire, c'est Fabiano. Quant à toi, femme, c'est un autre que moi qui se charijera de te punir.
Eh bien, madame, quel que soit celui que vous en chargerez, quel que soit le châtiment, je subirai tout sans me plaindre, je vous remercierai même, si vous avez pitié d'une prière que je vais vous faire. Il y a un homme qui m'a prise orpheline au berceau, qui m'a adoptée, qui m'a élevée, qui m'a nourrie, qui m'a aimée et qui m'aime encore ; un homme dont je suis bien indigne, envers qui j'ai été bien
criminelle, et dont l'image est pourtant au fond de mon cœur, chère, auguste et sacrée comme celle de Dieu; un homme qui sans doute, à l'heure où je vous parle, trouve sa maison vide et altandonnée. et dévasti'e. et n'y comprend rien et s'arrache les cheveux de désespoir. Kh bien, ce que je demande à votre majesté, madame, c'est qu'il n'y comprenne jamais rien, c'est que je disparaisse sans qu'il sache jamais ce que je suis devenue, ni ce que j'ai fait, ni ce que vous avez fait de moi. Hélas! mon Dieu! je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais vous devez sentir que j'ai là un ami, un noble et généreux ami, — pauvre Gilbert! oh! oui, c'est bien vrai! — qui m'estime et qui me croit pure, et que je ne veux pas qu'il me haïsse et qu'il me méprise... — Vous me comprenez, n'est-ce pas, madame? L'estime de cet homme, c'est pour moi bien plus ([ue la vie, allez ! Et puis cela lui ferait un si affreux chagrin! Tant de surprise! Il n'y croirait pas d'abord. Non, il n'y croirait pas. Mon Dieu! pauvre Gilbert! (Ih! madame! ayez })itié de lui et de moi. Il ne vous a rien fait, lui. Qu'il ne sache rien de ceci, au nom du ciel! Au nom du ciel! qu'il ne sache pas que je suis coupable, il se tuerait. (Ju'il ne sache pas que je- suis morte, il mourrait.
L'homme dont vous parlez est la (pii vous ('coule. (|ui vous juge et qui va vous punir.
Gilhort se montre.
Ciel! Gilbert!
GILBERT, à la roinc.
Ma vie est à vous, madame.
lA REINE
Rien. Avez-vous quelques conditions à me faire?
f.II.RERT
Oui, madame.
L\ REINE
Lesquelles? Nous vous donnons notre parole de reine que nous V souscrivons d'avance.
GILBERT
Voici, madame. — C'est bien simple. C'est une dette de reconnaissance que j'acquitte envers un seigneur de votre cour qui m'a fait Iteaucoup travailler dans mon métier de ciseleur.
Parlez.
GILBERT
Ce seigneur a une liaison secrète avec une l'cmun- qu'il ne peut épouser, parce qu'elle tient à une famille proscrite. Celte femme, qui a vécu cachée jusqu'à présent, c'est la lillc unique el l'hi-rilière du dernier lord Talbot, décapité sous le roi Henri VIII.
(^unniful ! es-tu sur de ce quf lu dis là? Jean Talhol. le lion lord catholifjue, le loyal dt'fenseur de ma mère d'Aragon, il a laissé une fille, dis-lu? Sur ma couronne, si cela fsl vrai, celte enfant est mon enfant. Et ce ijue Jean Talhol a fait pour la mère de Marie d'Angleterre, Marie d'Anslelerre le fera pour la lille de Jean Talhol.
GILBERT
Alors ce sera sans doute un bonheur pour votre majesté de rendre à la fille de lord Talbot les biens de son père?
Oui, certes, el de les reprendre à Faiiiano! — Mais a-t-on les preuves que celte héritière existe?
GILBERT
On les a.
L\ REINE
D'ailleurs, si nous n'avons pas de preuves, nous en ferons. Nous ne sommes pas la reine pour rien.
Voire majesté rendra à la fille de lord Talbol les biens, les titres, le rang, le nom, les armes et la devise de son père. Votre majesté la relèvera de toute proscription et lui garantira la vie sauve. Voire majesté la mariera à ce seigneur, qui est le seul homme qu'elle puisse épouser. A ces conditions, madame, vous pourrez disposer de moi, de ma liberté, de ma vie et de ma volonté, selon votre plaisir.
L\ RKINK
Bien. Je ferai ce que vous venez de dire.
GILBERT
Votre majesté fera ce (jue je viens de dire? La reine d'Angleterre me le jure, à moi, Gilbert, l'ouvrier ciseleur, sur sa couronne que voici et sur l'évangile ouvert que voilà?
Sur la royale couronne que voici et sur le divin évangile que voilà, je le le jure !
GILBERT
Le pacte est con<lu, madame. Faites préparer une tombe pour moi, et un lit nuptial pour les éj)oux. Le seigneur dont je parlais, c'est Fabiani, comte de ('lanbrassil. L'héritière de Talbot, la voici.
Oue dit-il?
Est-ce que j'ai affaire à un insensé? Ou'est-ce que cela signifie? Maître, faites attention à ceci, que vous êtes hardi de vous railler de la reine d'Angleterre, que les chambres
JOURNEE II. — LA REINE. l8o
royales sont des lieux où il faut prendre garde aux paroles qu'on dit, et qu'il v a des orcasions où la bouche fait tomber la tète!
GFI.BFRT
Mm ir-ie, vous l'avez, madame. Moi, j'ai voire serment!...
Vous ne parlez pas sérieusement. Ce Fabiano! cette Jane!... — Allons donc!
GILBERT
Olle Jane est h (illc et l'héritière de lord Talbnt.
LA KF.LNE
Hah ! vision! chimère! folie! Les preuves, les avez-vous?
GILBERT
Complètes, iii iirf> un paijiioi do sa poitriniM — Veuillez lire ces papiers.
L\ REINE
Est-ce que j'ai le temps de lire vos papiers, moi? Est-ce f(ue je vous ai demandé vos papiers? Qu'est-ce que cela me fait, vos papiers? Sur mon àme, s'ils prouvent (pielque chose, je les jetterai au feu, et il ne restera rien.
GILBERT
Que votre serment, madame.
L\ REINE
Mon serment ! mon serment !
GILBERT
Sur la couronne et sur l'évangile, madame ! C'est-à-dire sur votre tète et sur votre àme, sur votre vie dans ce monde et sur votre vie dans l'autre,
l.V RKI>E
Mais quo veux-tu dnnc? Je te jure que tu es en démenée !
r.H.BFRT
Ce que je veux? Jane a perdu son rang, rendez-le-lui! Jane a perdu l'honneur, rendez-le-lui ! Proclaniez-la fille de lord Talijot et femme de lord Clanltrassil, — et puis prenez