DO.NA LICE\EZIA
Si lu savais comme je l'aime!
GIBETTA
C'est l'affaire de don Alphonse, votre royal mari. Je dois cependant avertir votre altesse qu'elle perd ses peines. Ce jeune homme, à ce qu'on m'a dit, aime d'amour une belle jeune lille nommée Fianietta.
DONA I.ICUEZIA
Et la jeune lille, l'aime-l-elle?
GIBEITA
On dit que oui.
DO.NA LICIIEZIA
Tant mieu.v ! Je voudrais tant le savoir heureuv !
AiTE I. — AFFRONT SUP. AFFP.uNT.
Voilà qui fst singulitT et n'est guère dans vos façons. Je vous croyais plus jalouse.
DO.NA I.ltRF.ZIA, conlem|.laul Geiuiaro.
(Juelle noble figure!
GlIiETTA
.Je trouve qu'il ressemble à quelqu'un...
D0.\A LlCr.EZIA, vivemcut.
Ne me dis pas à qui tu trouves ({u'il ressemble! — Laissemoi.
Gubetta sort. Dona Lucrezia rcsip quelque* instants comme en extase devant Gennaro : elle ne voit pas drus linnin)es masqués qui vieuiienl d'entrer au fond ilu lliéàire et qui l'observent.
ItO.NA LLCREZIA, se croyant seule.
C'est donc lui! il m'est donc enfin donné de le voir un instant sans péril! Non, je ne l'avais pas rêvé plus beau! 0 Dieu ! épargnez-moi l'angoisse d'être jamais haïe et méprisée de lui. Vous savez qu'il est tout ce que j'aime sous le ciel! — Je n ose ôter mon masque, il faut pourtant que j "essuie mes larmes.
Elle Ole son masque pour s'essuyer les yeux. Les deux hommes masqué* causent à voix basse |>endant qu'elle retombe dans sa contemplation de Gennaro.
l'REMIEK HOMME MASQI É
Cela suffit. Je puis retourner à Ferrare. Je n'étais venu à Venise que pour m'assurer de son infidélité; j'en ai assez vu. Mon absence de Ferrare ne peut se prolonger plus longtemps. Ce jeune homme est son amant. Conmient le nomme-t-on, Ruslighello?
DEUXIÈME HOMME MASQUÉ
Il s'appelle Gennaro. C'est un capitaine aventurier, un brave, sans père ni mère, un homme dont on ne connaît pas les bouts. Il est en ce moment au service de la république de Venise.
PREMIER HOMME
Fais en sorte qu'il vienne à Ferrare.
DElXliiME HOMME
Cela se fera de soi-même, monseigneur. Il part aprèsdemain pour Ferrare avec plusieurs de ses amis, qui font partie de l'ambassade des sénateurs Tiopolo et Grimani.
PREMIER HOMME
C'est bien. Les rapports quon ma faits étaient exacts. J'en ai assez vu, te dis-je; nous pouvons repartir.
Ils sorlenl.
D0>A LIXREZIA, joignant les mains, et presque agenouillée devant Gennaro.
0 mon Dieu, qu'il y ait autant de bonheur pour lui qu'il y a eu de malheur pour moi !
Elle dépose un baiser sur le Iront de Gennaro, (jui s'éveille en sm'saut. GE.\NARO, saisissant ])ar les deux bras Lucrezia interdite.
In baiser! une femme! — Sur mon honneur, madame, si vous étiez reine et si j'étais poëte, ce serait véritablement l'aventure de messire Alain Chartier, le rimeur français. — Mais j'ignore qui vous êtes, et moi je ne suis qu'un soldat.
DONA LICREZIA
Laissez-moi, seigneur Gennaro!
GE.N.NARO
Non pas, madame 1
nO.NA LICREZIA
Voici quelqu'un !
Elle s'enfuit. Gennaro la suit.