‹ Lucrèce BorgiaChapitre 4 sur 227 · ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT · texte numérisé non relu

ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT

GENXARO

11 ?o jello dans un faulcuil, dan* l'altitude do iiticliiuuii iiui va doiinir.

Vous me réveillerez quand Jeppo aura liai.

JEPPO

Voici. — C'est en quatorze cent quatrevingl...

GIDETTA, dans un coin du théâtre.

Quatrevingt-dix-sept.

JEPPO

C'est juste. Ouatrevingt-dix-sept. Dans une certaine nuit d'un mercredi à un jeudi...

GUBETTA

Non. D'un mardi à un mercredi.

JEPPO

Vous avez raison. — Cette nuit donc, un batelier du Tibre, qui s'était couché dans son bateau, le long du bord, pour garder ses marchandises, vit quelque chose d'effrayant. C'était un peu au-dessous de l'église Santo-Hieronimo. 11 pouvait être cinq heures après minuit. Le batelier vit venir dans l'obscurité, par le chemin ([ui est à gauche de l'église, deux hommes qui allaient à pied, de çà, de là, comme inquiets ; après quoi il en parut deux autres, et enfin trois ; en tout sept. Un seul était à cheval. Il faisait nuit assez noire. Dans toutes les maisons qui regardent le Tibre, il n"v avait plus qu'une seule fenêtre éclairée. Les sept hommes s'approchèrent du bord de l'eau. Celui qui était monté tourna la croupe de son cheval du côté du Tibre, et alors le batelier vit distinctement sur cette croupe des jambes qui pendaient d'un côté, une tête et des bras de l'autre, — le cadavre d'un homme. Pendant que leurs camarades guettaient les angles des rues, deux de ceux qui étaient à pied prirent le corps mort, le balancèrent deux ou trois fois avec force, et le lancèrent au milieu du Tibre. Au moment où le cadavre frappa l'eau, celui qui était à cheval fit une question à

laquelle les deux autres répondirent : Oui, monseigneur. Alors le cavalier se retourna vers le Tibre, et vit quelque chose de noir qui llottait sur leau. Il demanda ce que c'était. On lui répondit : Monseigneur, c'est le manteau de monseigneur qui est mort. Et quelqu'un de la troupe jeta des pierres à ce manteau, ce qui le lit enfoncer. Ceci fait, ils s'en allèrent tous de compagnie, et prirent le chemin qui mène à Sainl-Jacques. Voilà ce que vit ce batelier.

Une lugubre aventure. Etait-ce quelqu'un de considérajjle que ces hommes Jetaient ainsi à l'eau? Ce cheval me fait un effet étrange; l assassin en selle, et le mort en croupe.

GICKITA

Sur ce cheval il y avait les deux frères.

.JEI'I'H

Vou> lavez dit. nionsieur de lîelverana. Le cada\re, c était Jean ljorL:ia; le caxalier, c'était César Borgia.

Eamille de di'mons ipie ces llorgial Et dites, Jeppo, [»ourquoi le frère tuait-il ainsi le frère'.'

JEPPO

Je ne vous le dirai pas. La cause du meurtre est tellement abominable que ce doit être un péché mortel d'en parler seulement.

GIBKIIA

.Je vous le dirai, moi. César, cardinal de Valence, a tué .Jean, duc de Gandia, parce que les deux frères aimaient la même femme.

MAFFIO

Et qui était celle femme'?

GLBETTA, loujoul■^ ;iu fouJ du Uic;Ure.

Leur sœur.

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