‹ LucrèceChapitre 18 sur 98 · BRUTE, SEXTUS, TULLIE · texte numérisé non relu

BRUTE, SEXTUS, TULLIE

SEXTUS

C'est sc4on vous , Tullie , un récit mensonger 5

AFais attendez. Voici riioinine qui \a juger.

Bien que de sa raison le grossier crépuscule

Lui montre chaque point sous un jour ridicule,

Ses yeux sont hons pour voir ce qui frappe les jeux :

Son sens est d'un enfant, et n'en vaudra que mieux.

Prête l'oreille, Brute, et dis-nous si j'invente.

Je contais qu'égalant la déesse savante,

r>ucrèce consumait au sein d'obscui's travaux

Un lustre de beauté qui n'a point de ri'.aux.

IMais en vain je m'écrie, en vain j'atteste Hercule,

Lucrèce, au port divin, rend Tullie incrédule.

Tes yeux furent témoins; je m'en rapporte à toi.

BRUTE

Quand le berger troyen, le ravisseur sans foi, Par qui devait périr la race paternelle , Eut choisi pour donner la pomme à la plus belle. Ce n'est pas à Pallas qu'il décerna le prix : Le berger dissolu prononça pour Cypris.

SEXTUS

Que dis-tu de Cypris, ô Brute, trois fois brute! Parle-nous de Lucrèce.

TULLIE

Importante dispute!

Il sera bon d'apprendre à la postérité Qu'un jn-jnce, un fils du roi Tarquin, a déserté, Comme un mauvais soldat, le camp qui le réclame,

Pour venir s'assurer des beaux yeux d'une femme.

Voilà qui sied au sanp; dont vous ôles issu,

Qu'un descendant d'Huée, occupe d'un tissu,

Et mettant sou orgueil à choisir de lu laine,

Connue un autre Paris, aux pieds d'une autre Hélène.

SEXTUS

TuUie!

TULLIE

Eh ! quoi ! Sextus , ne me disiez-vous pas Qu'un travail domeslifiue est poui' vous plein d'appas, Et le bruit des fuseaux n'a-t-il pas tant de charmes Qu'il vous fait oubUer ici le bruit des armes? Certes, votre Lucrèce a le cœur haut placé; Au niveau d'un esclave il se trouve haussé; Et, connue elle est savante à tenir la quenouille. Devant un tel mérite il faut qu'on s'agenouille. Pourtant, je me souviens d'avoir vu (jnehiue part Une vieille suivante, habile dans cet art. Qui, mise à la besogne, eût pu se montrer digne De disputer à l'autre une victoire insigne

SEXTUS

Sans doute il C(mvient mieux , et le lustre est plus grand ,

D'avoir sa porte ouverte à tout premier entrant.

De savoir discerner le plus fort à la lutte.

Le danseur le plus soui)le, et la meilleui-e llùte,

D'être la j)lus adroite au jeu de l'osselet.

De se blanchir le teint par l'usage du lait.

Afin d'entendi'e dire à la foule empressée

Qu'auprès l'ivoire est pâle et la neige elïacée,

De sourire à propos à tout ce qui se dit,

Le corps denii-couché sur les coussins d'un lit,

Ap|)elant le /éphir par les j)lumes mouvantes

Qu'autour de leur maîtresse agitent les ser>antes.

SCKINE III. 33

Et les cheveux livrés aux porteuses de fleurs, Instruites dans le soin d'assortir les couleurs; Et je n'en connais point, en ce genre de gloire, Qui TOUS puisse, TuUie, enlever la victoire.

TIJLLIE.

(A pan.) (Haut.)

O sarcasmes amers! J'admire la leçon;

Mais vous parliez jadis de toute' autre façon.

Si je m'en souviens bien, vous traitiez d'âmes viles

Celles qui s'occupaient à des travaux servilcs;

Vous vouliez qu'une femme, à vos regards charmés

Parût plus belle encor par des bains parfumés,

Par des tresses de fleurs nouant sa chevelure.

Par les attraits choisis d'une riche parure.

Et, laissant la quenouille à des doigts plébéiens.

Vécût -pour les concerts et les gais entretiens.

Vous-même, à vos discours ajoutant votre exemple,

La ceinture plus lâche, et la robe plus ample.

Les cheveux oints, le front de myrte couronné,

Vous vous faisiez honneur du nom d'efleminé.

Vous goûtiez moins alors les mœurs de l'ancien âge.

D'où vient donc qu'aujourd'hui vous changez de langage,

Et qu'estimant si fort l'objet de vos mépris.

Ce que vous estimiez pour vous n'a plus de prix?

L'honneur, apparemment, en retient à Lucrèce!

SEXTUS

En cfiet.

TULLIE

Tout VOUS chai-me en votre enchanteresse. Vous vous réglez sm* elle, et tout ce qu'elle fait, Vous déjjlaisant ailleurs, chez Lucrèce vous plaît. Ah ! c'est que vous l'aimez !

:r. actj: ii.

s EXT us.

CVst sa \crlii que j'aime.

TULLIE

.rijiiiorais, sur ce point, \otre tendresse extrôme. Vous avez été lent à la faire éelater.

SEXTUS

Celait faute (Voliict qui la put exciter,

i:t Lucrèee en retire une slf»'i'<-' l>ln^ grande,

Elle en qui la sagesse ainsi se reeoinnuuule.

TULLIE

Je vous comprends. C'est bien! Ne vous contraignez pas.

Lucrèce \ous attend. Courez-y de ce pas.

Pénétrez au secret de ce foyer avare,

Qui cache le trésor d'une vertu si rare;

Entrez dans cette enceinte où l'on prend tant de soins

A se fortifier contre l'œil des témoins.

Où l'on sait s'enfermer dans une ombre muette,

De tout plaisir prudent confidente discrète.

Allez. La pureté s'enfuit en frémissant

Du seuil où s'est posé votre pied flétrissant.

Innocente ou coupable, une femme est en faute

En face du public qui lui voit un tel hôte,

Et je prévois l'instant où, grâce à ce contact

Dont l'ombre souillerait le nom le plus intact,

Lncièce me paîra, par sa bonté éclatante,

i;anVont de sa sagesse et sa gloire insultante,

i:t tombera si bas qu'elle fêta pitié

]\ïème aux plus acharnés dans leur inimitié.

Allez donc. Ma vengeance en deviendra ])lus promple.

lîHUTE , à part.

0 vertu! se peut-il qu'à ce point l'on t'aiïronte!

( M se It'vc , cl s'avance vers Scxliis et Tullie. ) Y(nis m'avez consulté tout à l'heure, je croi?

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