SCENE II
TULLIE
Eh ! laissez là mon nom :
N'en prenez pas souci, quand j'en fais abandon. Vous en aviez jadis Tàme moins occupée ; Et vous ne l'invoquez que comme une échappée. Répondez franchement, et sans lâche détour: Qu'étais-je avant pour vous, et que suis-je eu ce jour? Parlez. Un mauvais acte est une double honte Pour qui l'ose commettre, et n'ose en rendre com|)te. Si vous ne m'aimiez point, si ce n'était qu'un jeu, Ayez au moins le cœur de m'en faire l'aveu. Soyez bravement traître. Assassinez en face. Et non comme un voleur qui dans l'ombre s'efface. Parlez donc
SEXTUS
J'y consens. Puisque vous le voulez , 3Ies secrets sentiments vous seront révélés. Je n'affectai jamais cette vertu sévère Que dans l'ancien Numa notre histoire révère; Je n'ai point hérité d'un père et d'un aïeul L'appétit du pouvoir pour le pouvoir lui seul. Je ne veux la puissance et ne veux la richesse Que pom' les atteler au char de ma jeunesse, Et plus vite arriver par ces coursiers sans frein Au bout des voluptés qui bordent mon terrai u. Partout où le plaish* s'offre à moi, je le cuciJIc, Soit qu'il pende aux festons de lierre, dont la feuille, Dissipant les ardeurs du cécube embaumé, Fait jouir plus longtemps de Bacchus désarmé ; Soit que Yénus, penchant sa robe dénouée Le verse dans le sein d'une amante enjouée. J'aime tout ce qui plaît; si bien qu'en vous aimant Je me laissais aller à cet entraînement.
/,r, ACTi: m.
Mais je n'oiis pas TicUV' alors, quil \nvn sou\icnnc,
D'engager à jamais Aotre vie et la mienne.
Je me peijinis Tamour, no'.i ])as voilé de pleni'S,
3Iais joyeux, sonriant et couronné de fleurs,
Lil)re des clous d'airain de ces pesantes chaînes
Dont iNéniésis unit its implacables haines.
Suivant sa fantaisie, et, toujours jeune et hean,
ricr du plaisir ancien en courant au nouveau.
Vous-même, il me stini)la qu'un premier esclavage
Vous devait détourner iVun autre aj)prentissage,
Kt que c'était assez des fers de votre hymen,
Sans attacher le cœur comme le fut la main.
Je le croyais ainsi, Tulhe, et l'apparence
Venait er.lrt tenir en moi cette assurance.
^'ous n'aviez pas ce front soucieux et chargé
Qîii décèle un esprit sourdement ravagé ;
On ne vous voyait pas, dans une solitude,
D'un sein tumultueux cachant l'inquiétude;
3rais sur vos conviés promenant au hasard
Le sourire éternel de \ otre clair regard ,
Animant chaque fêle, et, la face sereine.
Présidant aux festins dont vous étiez la reine.
Hier même, quand les luths, les chants et les propos
J)'un hruit accoutumé réveillaient vos échos,
Oii n'eût pas de\iué
TLLLIE.
Que faisais-je donc, traître, Si ce n'est t'ohéir? L'oses-tu mécoiniaître? l^;^r qui tous ces repas prolongés dans la miit? Pour (jui tous CCS parfums, tous ces chants, tout ce hruit? Dis : Ktait-ce pour moi? J'en étais obsédée. IS'csl-ce donc pas toi seul qui m'as |)ei-suadée? Je t'ai trop écouté. Sans toi, sans tes discours,
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Je connaîtrais la paix qui fait les heureux jours;
.le saurais quels plaisirs habitent la retraite,
VA si riumihle existence a sa douceur secrète.
O paix que j'ai perdue! ô cahne que j'ai fui!
Qui donc vous a fermé mon cœur? n'est-ce pas hii?
Oui c'est toi. Vers ton hut dirigeant ma faihlesse,
Tu m'as condiiite au crime à travers la mollesse;
Tes conseils corrupteurs préparaient ton pouvoir;
Tes désirs m'attendaient sur le seuil du devoir;
I']t par de simples mœurs me craignant vertueuse,
Tu m'espérais coupal)le à me voir fastueuse ;
C'est par tes soins qu'ici le bruit et !a splendeur
Ont chassé le travail gardien de la pudeur.
Et tu viens maintenant m'en rejeter le blâme!
Ya, j'avais déjà lu dans le fond de ton àme ;
Tu cherchais un prétexte; et tes yeux, pleins d'ennui,
SL'avaient su présager cet affront d'aujourd'hui.
Comme il me décliirait ! connue il m'a fait entendre,
Si je doutais encor, ce que j'en dois attendre!
Ainsi, j'ai tout bravé pour lui plaire, à ce point
Que l'œil d'un fou s'émeut d'en être le témoin.
Je fais rougir un fou : ma honte est son ouvrage.
Et de railler encore il trouve le courage !
Quand j'écoute, attentive, il m'explique comment
Je ne fus qu'un moyen de divertissement !
Soyez flétri, Sextus, pour ce langage infâme!
Yous faites bassement d'outrager une femme
A qui, plus que jamais, votre respect est dû
Pour la dédommager du nom qu'elle a perdu.
Je n'ai plus qu'une chose à vous dire, et j'achève :
Du pied de vos dédains mon oi'gueil se relève;
Je renonce à la ])lainte, enfin. Persévérez;
Vous ne m'entendrez plus, — mais vous me reverrez.
48 ACTi: TH.
Quand j'irai chez les morls, avant (|iic d'y descendiv, Je prendrai mon courroux tout fumant dans ma cendre, Et je remporterai du milieu du bûcher, Gmune le ti^re em|)orte une proie à lécher. Je parcourrai le Stw, caressant ma vengeance, Pour mettre tout Tenfer dans mon intelligence, Et le jour où sur vous |)laneront des malheurs, Ce jour-là je promets mon omhre à vos pâleurs. ( En se détournant. )
Adieu. Viens maintenant, ù justice céleste! Ih'ute m'a condanniée : à moi le soin du reste! Je me dois à moi-même un cruel châtiment Pour me punir du choix de cet indigne amant.
( Elle son. ) SEXTUS, seul.
Va-t'en donc chez Pluton chercher des dieux propices. Pour moi , des dieux plus doux auront mes sacrifices.