SCÈNE IV
Je ne me plaindrai plus; restez là, mon bon père! Ne le déposez pas!
LE MOINE
J'exécute l'arrêt.
AGNÈS
Ne l'exécutez pas, Monseigneur, s'il vous plaît!
Pourquoi l'exécuter? C'est encore un mystère;
Vous seul du sceau fatal êtes dépositaire;
Vous feindrez au besoin de l'avoir égaré;
On s'en repent peut-être, et l'on vous saura gré.
Dieu ! quelle anxiété ! Je reste , on le dépose ;
Je m'en vais, il me suit; et c'est la même chose.
Mon père! c'est en vous qu'est mon unique espoir!
Comment m'y prendre, hélas! pour mieux vous émouvoir !
Grâce! grâce! Oubliez d'orgueilleuses paroles.
Je me justifiais par des raisons frivoles.
Oui, je suis criminelle, et le dis hautement.
Pardonnez-moi mon crime, au nom du Dieu clément!
Par votre saint habit qu'à vos genoux j'embrasse.
Par votre saint rosaire, accordez-moi ma grâce!
Si vous me repoussez, c'est fait de moi! Merci!
Je ne vous quitte pas, sans avoir réussi.
LE MOINE, levant les yeux au ciel.
Seigneur! venez en aide à ma force ébranlée! C'est grand'pitié de voir cette âme désolée.
AGNÈS
Grâce !
LE MOINE
Pour m'affermir, Seigneur! rappelez-moi Les droits impérieux de votre sainte loi!
AGNÈS
Grâce !
LE MOINE
Je suis ici l'instrumont d'un autre homme;
Celui qu'il faut fléchir, pauvre femme, est à Rome.
AGNÈS
Conduisez-moi vers lui! je le pdrai si bien, Qu'il me pardonnera, lui, le premier chrétien. C'est le représentant du Sauv<'ur ; ce doit être L'ami des affligés , comme son divin maître. Sera-t-il pas touché, quand il verra de près L'habitude des pleurs empreinte sur mes traits? Car trembler et pleurer , c'est ainsi que j'existe ; Je ne me souviens plus comment on n'est pas triste. Oh! comme il jouira de mes ravissements! Quelle douceur pour lui dans mes remercîments î Aux transports inouis de ma reconnaissance, 11 pourra s'expliquer ma désobéissance ; Et comprendra, voyant quels étaient nos amours. Que nous ayons voulu les prolonger toujours. Puis , si ma faute encor doit ôtre châtiée , Si ce que j'ai souflfert ne l'a pas expiée , Je prendrai dans un cloître un habit pénitent, Un jour, lorsque le roi ne m'aimera plus tant.
GUILLAUME, qui est entré depuis quelques instants. Ajoutez-y que, moi, le chevalier Guillaume, Je donnerai mes fiefs aux couvents du royaume, Mon argent, ma vaisselle, et tout ce qui me sert, Mon cheval des combats même , avec mon haubert , Et j'irai, ne vivant que de miséricorde, Jusqu'à Jérusalem, pieds nus, ceint d'une corde; Là , consacrant à Dieu mon fer de chevalier, Je ferai vœu de vivre et mourir templier.
LE MOINE
Madame, levez -vous. C'est une vainc instance.