BARONS
(Les barons sont assis. Philippe est debout sur les marches du trône, sur lequel sont posées la couronne et Joyeuse, épée de Charlemagne.)
Merci, Seigneurs barons; soyez les bienvenus!
Je retrouve enfin ceux qui m'étaient si connus.
C'est un contentement, qu'on ne me donne guère,
De reposer mes yeux sur des hommes de guerre,
Et de revoir chez moi ces nobles écussons
Dont je craignais déjà d'oublier les blasons.
— Barons et chevaliers , vous savez qui nous sommes :
Je suis votre seigneur, et vous êtes mes hommes.
Je vous ai tous aimés , et je vous l'ai fait voir :
Je n'ai rien demandé hors de votre devoir;
J'ai rendu la justice; en un mot, je puis dire
Que je me suis conduit en bon et loyal sire.
Et qu'à nul d'entre vous, en aucune façon,
Je n'ai fait sciemment ni tort, ni déraison.
Si j'ai nui par mégarde à quelqu'un, qu'il se lève!
— Ainsi j'ai rommeiué, Seigneurs, ainsi j'achève; Et, jusqu'au dernier jour, je prétends en user
Si bien , que mes vassaux ne puissent m'accuser. Or, nous sommes unis pour la gloire et la honte. L'adront , fait au vassal, jusqu'au seigneur remonte; Et par môme raison, l'aflront, fait au seigneur. Attaque le vassal dans son intime honneur. Et puisque c'est ainsi , je ne veux pas attendre La honte qui sur moi doit aujourd'hui descendre : Savoir, qu'un moine touche à mon front dégradé, Et découronne un roi qui vous a commandé. Son empreinte à jamais souillerait la couronne; Je n'avilirai pas la France en ma personne. S'il vous paraît, Seigneurs, qu'il faille un autre roi; Si vous me retirez vos cœurs et votre foi ; Si vous ne sentez rien, au fond de vos entrailles, Qui vous crie en faveur d'un frère de batailles, V'ous , Gui de Mauvoisin , Enguerrand de Couci , Gauthier de Chdtillon, Mathieu Montmorency, Gauthier, qui m'as jadis sauvé du cimeterre, Mathieu, que j'ai sauvé de Richard d'Angleterre, Et vous tous , dont chacun , en chevalier loyal , A cent fois combattu sous l'étendard royal ,
— De votre épée , alors , vous n'étiez pas avares ; — Et toi, Guillaume, aussi, toi, Guillaume-des-Barres, Si je n'ai plus d'amis, de votre propre main Reprenez la couronne à votre suzerain : Prenez-la, j'y consens; car vous la prendrez pure, .\vant qu'elle reçoive aucune flétrissure.
Vous aurez l'air du moins de suivre votre choix, Et d(,' faire , vous seuls , ou défaire vos rois ; Et moi-même, j'ai droit à ces faveurs dernières De n'être déposé que par des mains guerrières.