‹ Lucrece tragedie en cinq actes et en versChapitre 26 sur 62 · BRUTE, TULLIE · texte numérisé non relu

BRUTE, TULLIE

BRUTE

Qu’en pensez-vous, Tullie?

Trouvez-vous que ce soit assez être avilie?

Qu’espérez-vous encor qui soit plus infamant ?

Ne vous suffit-il pas des mépris d’un amant?

Et pour rassasier un cœur comme le vôtre,

Vous faut-il essayer des mépris de quelque autre? Dites-moi donc, Tullie : est-ce là le tableau Que devait éclairer le solennel flambeau ?

Est-ce donc pour cela qu’à la main du flamine Vous avez présenté le gâteau de farine,

46 LUCRÈCE

Et, qu’offrant à Junon des victimes sans fiel,

Vous l’avez attestée, au-devant de l’autel ?

Quand, la tète voilée et ceinte de verveine,

La robe jointe au corps par un bandeau de laine,

La quenouille à la main, vous avez pénétré Au-delà de ce seuil à Vesta consacré,

Aviez-vous résolu d’en chasser la déesse Par l’impie appareil de votre folle ivresse ?

Si le ciel, qui voulut affaiblir ma raison,

M’interdit de régir moi-mème ma maison, Deviez-vous pas bien mieux soigner d’un œil austère L’honneur dont vous étiez seule dépositaire?

Et combien votre nom serait-il rehaussé Si vous aviez vécu pour le pauvre insensé!

C’était là le sujet d’une gloire suprême,

Et vous vous la deviez, si ce n’est à moi-mème.

Vous pouviez surpasser Lucrèce ; comparez Quelle vous pouviez être et quelle vous serez.

Assez de honte ainsi ! que tout cela finisse !

Il n’est plus qu’un moyen qui vous en affranchisse. Tullie, écoutez-moi. Ce que je vous dirai Par la seule pitié m’est pour vous inspiré.

Vous m’ètes, quant à moi, tellement étrangère.

Que mon indifférence a tué ma colère,

Et j’ai de toute aigreur fait un tel abandon Que l’extrême dédain remplace le pardon.

Prenez donc mon conseil comme je vous le livre ,

Et vous verrez après si vous le devez suivre.

Moi, si j’avais commis quelque indigne action,

Je chargerais mon bras de ma punition ;

J’expirais mon forfait par un fier sacrifice,

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