ACTE V
VALÈRE
Entendez-vous son père?
BRUTE
Il ne faut pas le plaindre, il faut le satisfaire.
Un homme est à punir.
VALÈRE
Meure l’homme odieux!
CITOYENS, a^ec fureur et en s'avançant \ ers Brute.
Son nom ! Son nom !
BRUTE
Sextus, fils du roi Tarquin.
CITOYENS, avec effroi, et cil se retirant.
Dieux !
BRUTE
Oui, fils du roi Tarquin. Par un coup aussi traître,
Le fils du roi Tarquin se fait assez connaître.
* Cette œuvre de Sextus montre assez qu’il descend 1
* D’une race où le crime est transmis dans le sang.
v Songez, Romains, songez, comme, dès son jeune âge. ’ Tarquin, de crime en crime, a monté par étage.
1 l.es vers marqués d'un astérisque, sont supprimés à la représentation.
î)S LUCRÈCE.
■ Voyez-le devant vous dans toute sa noirceur :
* Incestueux d’abord avec sa belle-sœur,
* Ensuite, empoisonnant son épouse et son frère,
* Se hâtant sur leurs corps vers le lit adultère,
* Et, veuf la veille, époux nouveau le lendemain.
* Au feu de deux bûchers rallumant son hymen.
* Et ne se lassant pas, que sa marche intrépide
* N’eût, par-delà le meurtre, atteint au parricide.
* Faut-il vous rappeler l’horrible assassinat
* Du bon roi Servius, arraché du Sénat,
* Emporté par son gendre, et, du haut du portique,
* Jeté, comme un faix vil, sur la place publique;
* Et ses membres brisés essayant quelques pas,
* Et Tarquin l’achevant par le fer des soldats;
* Et cette fdle qui, de Tarquin digne femme!
* Fit, sur son père mort, passer un char infâme;
* Tellement que la rue, en expiation,
* Se nomme scélérate ainsi que l’action ?
* O déesses d’enfer, terribles Euménides!
* O vous qui châtiez les enfants parricides !
* Contre qui siffleront vos serpents et vos fouets.
* Si ries monstres pareils les ont trouvés muets?
* Mais c’est peu, citoyens, de ces crimes de l’homme.
* Comment a-t-il agi quand il fut roi de Rome?
* Le Forum est désert : votre héraut n’est plus,
* Comices souverains, créés par Romulus !
* Anciens législateurs transformés en esclaves.
■ Vos voix ont des bâillons et vos pas des entraves :
* Au lieu de décider ou la guerre ou la paix,
* Vous sciez ries troncs d’arbre et vous portez des faix.
* O vieux guerriers! vos bras, couverts de cicatrices,