‹ Lueurs d'aurore [microforme]Chapitre 83 sur 95 · CONTRE UNE DÉNONCIATION SIGNÉE ‘EVE · texte numérisé non relu

CONTRE UNE DÉNONCIATION SIGNÉE ‘EVE

“ Le cœur d’un homme vierge est un vase profond,

“ Lorsque la première eau qu’on y verse est impure,

‘ La mer y passerait sans laver la souillure,

“ Car l’abîme est immense et la tache est au fond.” ALFRED DE Musser

Fille d’Eve, en effet, l’homme serait infâme

Si les torts que tu dis étaient vraiment les siens Mais, écoute : son cœur, qui l’a blasé ?— La femme ; En nos siècles encor tout comme aux temps anciens.

L'homme pur sait aimer avec autant d'ivresse Que la vierge naïve et le candide enfant !

Elles savaient cela, ces Phrynés sans tendresse, Qui gâtèrent, jadis, son cœur par trop aimant.

Elles savent cela, ces femmes indiscrètes,

Qui font du saint amour un simple passe-temps ; N’arrétant qu’à l’abîme, aux passions secrètes,

| Font les hommes jaloux, font les hommes méchants.

Qu'il en soit de pervers par leur propre nature, Je l'avoue : et ceux-là nous les méprisons tous. Mais la femme, elle aussi, qu’un vice dénature

Soulève le dédain, excite le courroux.

Comme Adam fut fidèle à son Eve chérie, ” Chaque homme d’une seule aurait fait son bonheur, Mais la femme abusa de son idolâtrie,

Elle devint coquette et fit l’homme trompeur.

Et toujours, depuis lors, dans l’histoire du monde, Pour la femme volage est né l’homme inconstant : Et la coquetterie, en marâtre féconde,

Laisse dix cœurs blessés pour un seul cœur content.

Mais plus haut notre esprit ! Il est des femmes-anges Dont l’âme reste franche, immaculé l'amour, Et des hommes aussi, dignes de nos louanges

Qui se sont gardés bons pour aimer bien, un jour !

O tendre ev noble fenime, à qui l’amour fut traître Attends que vienne à toi l’homme qui sait aimer ; Entre mille, sans peine, on peut le reconnaître :

-Son âme est dans ses yeux ouverte, pour charmer !

Tu comprendras son cœur, c’est la source limpide D'où coule à flots pressés le plus pur dévoñment ; De ton amour entier tu le verras avide :

Tu l’aimeras, 6 femme, il aime éperdûment.

L'homme qui sait aimer déteste l’inconstance ; I] te chérit fidèle, et le sera pour toi !

Donne lui, sans compter, toute ta confiance ;

Avec tout.son amour il t'a donné sa foi !

Ne crains rien pour ton cœur, c’est,un dépôt qu'il garde Avec un soin jaloux : tel l’avare son or !

Ne crains point qu'il faillisse : il a pour sauvegarde

Ton culte, son bonheur ! ton amour, son trésor !

Appuyée à son bras, tu peux vivre sans craint : L'amour qui sait aimer est plus fort que le temps !

Il t’étreindra, vieillard, d’une aussi vive étreinte LA É

Qu'aux'premiers jours heureux de vos premiers printemps!

Non, tu n’as pas connu, femme, Gans ta détresse, Un homme à l’âme pure, au cœur loyal et franc... Il eut fait tressaillir, sous sa chaude caresse,

L'amour vingt fois déçu dont ton cœur est souffrant !

Novembre, 1891.

170 HOMMAGE RECONSAISSANT

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