OFFENSE INDIRECTE ENVERS LA MAJESTE IMPÉRIALE
Les Gendarmes. — Quoi! aujourd'hui, jour de naissance de l'Empereur, vous ne mangez que des pommes de terre et des liarengs ! Sans-patrie que vous êtes! Vite, allez clierclier un rôti de veau ; sans cela, nous allons vous l'aire punir pour crime de lèse-majesté.
[Sâddeulscher Postillon, de Munich, 1899.)
«— Vraiment?... Ma foi, mon cher conseiller médical, cela lui sera peut-être utile au cours de son existence ! »
A père prodigue, enfant avare; n'est-ce pas tout naturel !
Là, le Souverain est au milieu des siens, en petit cercle intime, tandis que sur le piano à queue se pavane, majestueusement, un paon. La légende porte :
« La populace ne se doute pas même combien il est pénible de gouverner. Tous les jours la même préoccupation : Vais-je peindre , aujourd'hui, ou bien composer de la musique, ou bien construire un navire, ou bien faire un sermon, ou bien résoudre la question sociale ? »
« LUI
Inutile de chercher, n'est-ce pas, le monarque doué de tant de facultés.
Ailleurs, avec le Carnaval Princier, ce sont des allusions, nor moins claires, à la manie du costume; — ailleurs, le Prince- Héritier, jeune moutard tenu à la main, demande à son Papa, si. dans les Républiques, l'art existe aussi ; — ailleurs encore, sous le titre de Jeu d'Enfant, Timage nous montre le petit Willy — et l'on sait qui porte ce nom — passant la revue générale de ses troupes de bois. Et Babel et Bibel ne sont pas oublies non plus, je vous l'assure. Un journal de Berlin, également très soigné, très artistique, très moderne, les Lustiv;e BLvtler, consacrera nième tout un numéro aux belles barbes assyriennes et,' en y regardant de près, l'on ^verrait facilement poindre dans un coin certaine moustache assassine bien connue, a côte de la barbe vénérable de Schultze- Delitsch.
Elle-même, l'histoire ancienne est m.ise à contribution. - « Pourquoi pleu!-es-tu. mon tils: dema.nde le roi Philippe de Macédoine a son fils Alexandre.
» — Oh I mon ro\al Seigneur et Pere, repond Alexandre, je crains que si tu continues a gouvernei" ainsi, il ne me reste rien a discourir. »
Du temps d'Alexandre, c'était à conquérir. Aujourd'hui, les chefs d'Etat étant plus loquaces, la parole chez eux joue, quelqueiois. un rôle au moins aussi important que l'action. Et il ne laut pa.s s'en plaindre.
En réalité, l'on peut parcourir tous les illustrés allemands depuis le jour de l'avènement de (iuillaume II, on ne trouvera rien ou presque rien sur lui, si ce n'est, ça et là, une image qui permet de l'apercevoir derrière une porte entr'ouverte, ou se reflétant dans la glace comme sur la caricature ici reproduite, ou assistant, témoin muet, sous l\)rme de, statue, a des conversations quelconques.
Dans cette presse a images ou la plus petite plaisanterie illustrée, même rétrospective, coûte, souvent, fort cher — le dessin Godefrqy de Bouillon et Frédéric Barberousse valut au dessinateur Heine six mois de forteresse, — ce qui se rencontre à toutes les pages, ce sont des boutades dialoguées entre les marionnettes dont les écrivains humoristes agitent les ficelles — célébrités locales dont les berlinois Schultze et MuUer resteront les types les plus parfaits, — et s'il y est parlé de l'Empereur, c'est toujours d'une façon voilée, discrète
« LUI
et sous un de ces noms multiples que lui vaut une actualité quelconque.
Souventc'est ER — et cela dit tout, — quelquefois le Schneidiger Brandeburger (le sémillant Brandebourgeois), qualificatif qui esi loin de lui être désagréable ; d'autres fois, M. Gottlieb (Amour de Dieu) ou bien M. Daniel (le prophète Daniel, sculpté sur le portail restauré de la Cathédrale de Metz n'étant autre que l'Empereur lui-même, adorné de la fameuse moustache en pointe), ou bien Siegfried Mayer, parce que les lettres initiales de ce nom sont aussi celles de Seine Majestœt, ou
bien encore : Herr Lehmann, nouvelle loi sur la
un nom de bon et placide photographie allait poser le
. ^ , principe du droit de la per-
bourgeois qui ne tire pas a sonns à la possession do sa
Ti ^„ „ propre lQia!?e? Il faut trouver conséquence. 11 y en a au- ^oyen d3 se tirer d'affaire.
tant que de Martin en France. (Kiadderadaisch, de Berlin.
Mais si Guillaume n'appa- 20 novembre iqoI.) raît que bien rarement sur une
image caricaturale, même dans les illustrés socialistes, Wahre Jacob ou Siiddeutscher Postillon, en revanche^ tous ses discours sont paraphrasés, tous les projets onnels qu'on lui prête sont librement caricaturés.
Le dôme nouvellement construit à Berlin sur son;]initjative ayant été critiqué comme solidité, les Lustige Blœtter représentèrent une église dont la tour se casse positivement en deux. Et, le plus correctement du monde, la légende donne comme indication au lecteur : le dôme de l'Empereur.
Le journal socialiste, Vorwœrts, ayant lancé le canard d'une île où l'Empereur irait habiter seul, on ne vit bientôt plus que des Ile de l'Em pereur, plus ou moins fantaisistes; telle celle du Ulk, ici reproduite.
L'Empereur ayant obtenu de l'artiste berlinois, Rœchling, de figurer