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crayons étrangers, qui ont pour eux, en la circonstance, l'avantage, toujours précieux, de l'impartialité.
Et je puis dire que cette façon de voir, au sujet d'une question aussi troublante, a été ma ligne de conduite vis-à-vis de la caricature française considérée dans son ensemble.
C'est pourquoi, en ce recueil des images satiriques dirigées contre Guillaume, on ne trouvera, eu égard à l'abondance de la production, qu'un nombre relativement restreint de caricatures françaises, si Ton en excepte, toutefois, Caran d'Ache, le maître au cravon raisonné et pondéré, le portraitislt.' humoriste du souverain.
Certes, conformément au plan que je viens d'indiquer, toutes les phases de la caricature française y sont représentées ; certes, nombreux sont les artistes dont le nom figure en ce Musée graphique, — • on y verra, en suivant l'ordre chronologique des compositions, Louis Tauzin, Assus, .1. Blass, Guydo, Gravelle, Gilbert- Martin, Gustave Frison, Moloch, Tiret-Bognet, Willette, Hermann-Paul, d'Ostoya, Roubille, Orens, Albert Guillaume, Gil-Baër, Fernand F' au, Henri Somm, Lucien Métivet, Avelot, Nciél Dorville, Bac, Jeanniot, — mais, en réalité, la caricature française n'occupe pas la place qu'elle devrait avoir si l'on n'avait eu à considérer que l'abondance de la production.
On pouvait — on pourra constituer le Musée de la Caricature française, certes, précieux, pour l'histoire de la lutte franco-
GUILLAUME GIROUETTE Toninant lanlôt du côté de l'oncle l'aiil (krftger), tanlôt, du côté de granduiaiiian (Angleterre).
{Fischietlo, de Turin, igoi.)
document, germanique.
CARICATURES DES DIFFÉRENTS PAYS
Mais tout autre était mon but.
Ce que j'ai voulu, c'est montrer Guillaume devant les crayons européens ; c'est le suivre pas à pas dans ses attitudes, dans ses gestes, annotés graphiquement de façon satirique ; et, pour cela, il fallait, avant tout, rechercher la caricature documentaire, celle qui raille et non celle qui insulte; celle qui frappe par la ressemblance
l'escorte des géants (le voyage de rome)
— Guillaume, qui tient aux souvenirs historiques, devrait se rappeler que les antiques Quirites ne laissaieiil pas dchout les pavots qui s'élevaient au-dessus de la moyenne. Que diraient de ce procédé les Quirites modernes !
(Pasquino, de Turin, avril igoS.)
et non celle qui ne place devant vous qu'un mannequin quelconque; celle qui fait penser et non celle qui fait hausser les épaules.
Ce que j'ai voulu, c'est apprendre à la France — toujours atteinte, quand même et malgré tout, de ce vice d'ignorance que poursuivait déjà si courageusement Montaigne — et à l'Allemagne, en ce imo-
ment repliée sur elle-même, hésitant entre les routes diverses qui s'ouvrent devant elle — ce que l'Europe pense de l'Empereur Guillaume; ce que j'ai voulu, c'est leur montrer comment elle l'apprécie, elle, comment elle le juge, lui.
Sur ce que nous pensons, nous autres Français, les Allemands sont surabondamment renseignés : c'est pourquoi il n'était point besoinderemplir.ee recueil de nos images. L'apaisement qui s'est
fait en nos esprits, ils le verront plus clairement encore par les caricatures des dernières années.
Mais la caricature anglaise, la caricature hollandaise, la caricature italienne, la caricature autrichienne, la caricature suisse, la caricature américaine, voilà les grandes inconnues du public : ce sont donc celles-là qu'il s'agissait de mettre en lumière, d'autant que venant de pays différents par les institutions, les mœurs et les idées, elles apportent des conceptions différentes.
Que la Hollande ait tout à craindre du pangermanisme, que sa caricature soit dirigée contre Guillaume, cela, en soi, n'a rien que de très naturel ; que la Suisse, qui va toujours de l'avant, qui est contre toutes les autocraties, contre tous les césarismes , qu'ils viennent de France ou d'Allemagne, n'ait qu'une sympathie médiocre pour un souverain très respectueux des traditions et du décor, cela se conçoit également, — mais, très certainement, l'Angleterre ne laissera pas caricaturer le petit-fils de grand'maman, le neveu du Roi, — mais, très certainement, l'Italie et l'Autriche, les deux alliées de Guillaume, les deux autres unités de la Triplice, ne pourront pas
GUILLAUME i;N PALESTINE
— Apres avoir festoyé avec le grand Turc, il vient se prosterner devant le Saint-Sépulcre pour que la foi du peuple se conserve aussi grande que la Providence de Dieu.
(L'Uomo di Pietra, de Milan, 1901.)
CARICATURES DES DIFFERENTS PAYS
tolérer que l'ami, que le chef véritable de l'association, soit caricaturé, ridiculisé, — mais, très certainement, l'Amérique, peuplée d'Allemands, pays d'aristocratie d'argent, comme l'Allemagne est le pays de l'aristocratie de race, l'Amérique impérialiste, doit au fond, par la similitude des doctrines, se sentir attirée vers Guillaume, représentant attitré de Y impérialisme pangermaniste ! Eh bien !
Voici ce queja caricature nous montre.
L'Angleterre, d'abord, qui, dès sa première descente sur le sol britannique, lui présente la soupe à la tortue, — c'est de rigueur, — qui lui remet l'ordre du Bain sous forme d'un savon sur lequel, naturellement, se lit : Pear's Soap, — il ne saurait en être autrement, — et qui pousse l'irrévirence jusqu'à le camper sur un
cheval de bois, devant le volontaire anglais, lui, le Gulliver germain ; — ça, c'est plus extraordinaire.
En 1891, il débarque à Londres en véritable chevalier du Lohengrin ; les Anglais le renvoient chez lui comme un simple bourgeois. Méditez ces légendes du Moonshine :
« La Reine et le Prince de Galles se sont laissés tomber dans un fauteuil bien gagné après les fêtes, les parades et les revues. » Et Salisbury, alors premier ministre, leur fait respirer des sels. « O chers ! dit la Reine, quel ouvrage il nous a donné à tous ! »
Quant à Lui, il a enlevé ses GUILLAUME EN SICILE bottes, chaussé de vulgaires
— Seigneur syndic, mettez de côté ce caillou Savates, et John BuU le COnqui deviendra célèbre par la suite, comme ayant tAmr.lA H'nn air nuAlnuA r>pn été, par moi, honoré d'un coup de pied, en passant, tempie u un dir quelque peu
[L'iomo di Pietra, de Milan, 39 avril igoS.) narquois. « Pauvre compagnon !
« LUI
Cela se conçoit, trop d'amabilités fatigue aussi facilement que trop de soucis. Et, après tout, l'Empereur n'est qu'un simple mortel ! » Oui, tout comme Louis XIV.
Suivez, au cours de ces pages, cette admirable caricature anglaise ;
regardez-le. Lui, aux côtés de grand'maman; Lui, le petit Willy, qui a de bien beaux soldats, mais qui voudrait bien avoir aussi de jolis petits bateaux qui vont... sur l'eau; Lui, l'agité, l'irrépressible, qui arrive cependant à gagner le cœur des Anglais par ses manières de parfait gentleman et par cet amour du costume, de la pompe extérieure qui est bien un peu, aussi, le faible de l'ami John Bull.
Que de légendes mordantes, sur le « monsieur qui fait trop d'embarras avec ses canons », sur « l'homme au fusil », sur « l'homme universel allemand », sur « l'Impérial directeur-acteur », premier rôle du Voyage en Chine, si virtuosement exécuté par lui, sur Roméo amoureux de Juliette, sur « le Maure de Potsdam», impérial ténor du Maroc. Son entrevue sensationnelle avec le Roi Edouard, à Kiel, est une mordante satire ; et que dire de l'image VHovime modeste, déclarant que sa modestie lui interdit d'intervenir dans le conflit suédo-norvégien !
Et là-bas, aussi, chez nos amis d'Outre-Manche, — car je n'ai que profonde admiration pour un peuple doué d'une telle énergie, d'une