SCENE II
Lulu entre alors,
en mimant qu'elle a perdu son cœur, et qu'elle le cherche.
"< Il y aura bonne récompense. :;/
Elle furète partout, inspecte les pavés; un moment, comme elle va à reculons, cherchant toujours, elle heurte le baquet plein d'eau.
Surprise, peureuse, elle nose plus bouger.
Puis, un doigt sur ses lèvres, une main sur la place vide de son cœur, d'un air enjôlant et coquet, elle renverse sa fine tête, casquée de blond, en arrière.
LULU
pour voir ce qui l'a effrayée; et, dans ce mouvement, saille élégamment sa croupe , en éventail au bas des reins cambrés.
Lulu tintinnabule d'un éclat de rire ; elle aperçoit, dans le baquet, la Lune,
que l'eau réfléchit.
Pourtant, dépitée, maussade, elle s'éloigne en faisant la moue.
Qui a trouvé son cœur? Mon Dieu, mon Dieu, chez qui a-t-elle pu le laisser? l'oublier? — Chez Arlequin, dans son petit entresol?
Chez M. Cassandre, le banquier?
oh ! non ! — Chez une camarade ? i
Elle furète de nouveau; tout à coup, elle remarque le vieux pédant qui n'a prêté à son arrivée aucune attention; il examine, à
LU LU
la loupe, le cœur de la femme; il le tourne et le retourne, anxieusement.
En voyant entre les mains du cloAvn o, son cœur, son gentil petit cœur, dont elle déplore l'absence, son cœur qui était le sentiment et l'excuse de ses prétentaines, poétisait ses désirs, infidèles, — car le sentiment et la sensation, elle donnait les deux ensemble, — elle reste stupéfaite, Lulu blondie,
au cœur noir.
(.4 rorchestrCiPasscV air delà chanson)
C'est la mère Michel Qui a perdu son chat...
Vite, le visage mutin de Lulu s'éclaire de bonheur. Elle va vers le docteur plongé dans ses pensées.
LU LU
et le touche légèrement, à l'épaule.
Relevant la tête , le clown Schopenhauer regarde Lulu,
avec indifférence.
Lulu lui fait comprendre que l'objet qu'il a trouvé et qu'il détient est à elle.
Elle le lui réclame. — Mais le clown n'entend point cette câlinerie. Il a le cœur de Lulu; c'est pour lui, savant, une bonne fortune; il veut savoir ce que contient un cœur de femme.
Lulu veut son cœur; elle ordonne au psychologue — oh!
maman I — au physiologiste de l'amour, de le lui rendre, comme il se refuse, à cette restitution, impatiemment elle le supplie;
puis se fâche.
LULU
Schopenhauer , ennuyé, la quitte et va s'asseoir loin d'elle.
Lulu le suit. Les prières, la colère n'ayant pas eu raison de l'obstiné savant, elle se fait plus troublante alors. Elle l'entoure de séductions dansées, de grâces ensorcelantes, de gestes précurseurs; elle lui susurre à l'oreille les extrêmes félicités, s'il veut lui rendre son cœur, la fantaisie, le sentiment sans lequel sa réalité ne saurait vivre et aimer; en le perdant, elle a perdu le baiser.
Mais le savant ignore le baiser, il a écrit une physiologie de l'amour, d'après d'autres livres et quelquesvisitespédantes au mauvais lieu. Cependant, puisqu'une occasion se présente, il saura par sa propre expérience ce que renferme le cœur de la vraie femme.
LULU
Comment s'y prendre pour parvenir à la découverte du mystère? N'y a-t-il pas un Point à toucher, afin que le cœur s'ouvre?
Impossible de le trouver.
Il supplie, à son tour, Lulu de l'aider. — Elle hésite, regarde avec effroi la trousse du savant, puis sa figure s'illumine ; la clo\vnesse retient un éclat de rire.
Elle fait signe à Schopenhauer qu'elle est prête à lui être agréable : elle l'appelle Arthur.
Le docteur exprime son contentement.— Ah! Pour que Lulu puisse luiexpliquerle mécanisme de son cœur, il faut qu'il le lui confie. Arthur Schopenhauer fait une grimace.
LU LU
Plein de méfiance, il refuse.
Lulu insiste; et, la curiosité l'emportant alors sur la prudence, le clown rend à Lulu son petit cœur.
Sitôt qu'elle l'a, elle fait un bond, s'éloigne de Schopenhauer met son cœur dans sa poche et son mouchoir par dessus.
et salue avec un pied de nez.
LULU