‹ Lumières du mondeChapitre 11 sur 11 · AFFIRMATIONS IO · texte numérisé non relu

AFFIRMATIONS IO

Tu es là. \'oici pour moi la certitude.

Sans bruit, sans geste,

Je crie immensément en moi.

« La certitude, je la tiens ;

Elle est parmi ma chair comme un sang prisonnier

Qui ne peut pas mourir.

La voici qui grandit soudain et m'hallucine,

Je la retiens et la contiens. Voici la Joie 1

« Ton grand regard est là au milieu de la ville Gomme Teau verte d'un étang, splendide et nue, Calme avec des roseaux dociles Frissonnants.

« Il n'y a plus que lui sous le ciel et la nuit Il n'y a même plus d'étoiles dans le ciel I

Io8 LUMIÈRES DU MONDE

Il y a toi et ton regard,

Ton regard qui m'attend,

Où je pourrai mouiller les mains de mon désir.

« Il y a toi, et je vais pouvoir te toucher.

Un peu, à travers tes vêtements ;

Je vais pouvoir un peu toucher ce qui est toi.

« Alors, tout aussitôt, ma vie s'éclairera Gomme un pays qui se révèle après la nuit, Quand l'aube fraîche monte au faîte des collines.

« A tes lèvres je mordrai la Joie ;

Et je serai puissant et bienheureux

Comme un printemps tout clair de frémissantes feuilles,

« Gomme un printemps fécond.

Avec du soleil jusqu'au ciel I »

CHANT DE LA JOIE

CHANT DE LA JOIE

« Je vais sous l'innocente et persévérante pluie Muant en fleuves blancs les voies trop coutumières.

« Ivre d'un seul regard immense, je reviens.

« La rue est large et longue comme une avenue.

La féerie de lumière en l'asphalte incrustée

Plonge jusqu'au nadir du monde

Ses poings furieux et célébrants, diadèmes

D'orgueils luisants et fous de gloire en clairs tumultes.

Je vais. Mon pas glissant est fait d'apothéoses.

J'ai le vertige. Et si le ciel n'existe plus,

Tout le frisson des nuits d'été vit sous mon pas,

Sous mon cœur vrombissant d'amour,

Et sous ma chair entière enfrissonnée d'extase,

Joyeuse et entêtée de bonheur, et dansante !

« Je suis comme un violon dans une symphonie.

Je suis le son joyeux et solitaire.

Et je suis celui-là qui projette sa joie

Autour de lui

Et qui reçoit l'écho multiple en lui.

« Ma chair est comme un faune en un clair paysage

D'azur limpide et de rocs durs.

Sifflant sous ses deux cornes joyeuses

Une chanson vers des échos

Qui rebondissent dans son cœur,

Pour le gonfler immensément de joies ferventes,

CHANT DE LA JOIE

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« Me voici revenu. Je retrouve ta chair ;

« Ton rire sonne encor au bois du souvenir ;

« Ton regard luit encor sur moi comme un ciel d'ambre.

« En touchant les tapis où ta chair s'est posée,

Je crois encor toucher ta chair

Plus souple qu'un printemps de fleurs nues d'amandiers,

Et plus tiède que l'herbe claire

Au joyeux soleil de midi,

« Ton regard vit en moi

Gomme le clair miroir d'une eau fraîche de puits,

Avec un doux été de feuillage miré

Entre les turquoises du ciel.

« Et le sanglot joyeux de ta caresse est encor là.

« ...Je suis seul, et la ville presque se tait.

« Je songe et je médite...

« Mais je ne suis plus seul :

Des fanfares là-bas naissent à Thorizon Comme un troupeau de peupliers après l'orage, Neuves armures de soleil.

CHANT DE LA JOIE Il5

« Des fanfares éclatent. Mille et une !

Non, je ne suis pas seul,

Je suis plus innombrable qu'une armée en marche

A l'aube des victoires frénétiques !

« Car tous les mots que tu m'as dits sonnent en moi. Tous se réveillent. Tous chantent.

J'écoute, et dans mon cœur voici l'immense fête D'un clairprintemps d'oiseaux au matin des campag^nes !

PAROLES CONTRE LE VENT

PAROLES CONTRE LE VENT

Je suis debout devant la mer sur la falaise.

La tempête ruée

Heurte, puissante, formidable, ma poitrine,

Vibrant sur moi

Comme une robe bruissante.

Ma chair, raidie, ne veut ployer et se redresse, Cabrée dans sa défense raidissante ; Ma chair violée par la caresse déchaînée Se fixe droite au sol, en un spasme d'orgueil.

Le vent venu du bout des mers.

Arrachant aux flots clairs de vertes chevelures,

laO LUMIERES DU MONDE

Le vent venu des trag-édies de Thorizon,

Veut m'emporter d'entre les pins où je m'accroche

Et dont les troncs, sous le baiser farouche, tremblent.

Les aiguilles aux branches

Gomme mille serpents agacés de tempête.

Sifflent...

Et la pointe du roc

Reçoit le vent qui frotte, en criant, furieux.

Son mufle granitique éperonnant la mer.

La mer monte vers moi,

La mer jaillit jusqu'à mon front qui s'épouvante.

Mais je suis fort et veux que ma chair ne défaille, Morceau de marbre dans le ciel.

PAROLES CONTRE LB VENT 121

Je vis dans la tempête ainsi qu'une victoire, Ailes raidies par l'ouragan.

Mes pieds tiennent le sol pareils à deux racines.

Et mon regard reste fixé

Tout droit contre ce vent qui veut le traverser.

Sur la proue farouche du roc,

Qui se redresse en un cabrement titanique,

La mer bouge dans un chaos démesuré...

La mer et sa seule fureur :

Elle rugit et magnifique se secoue,

En échevèlements de crinières farouches.

Nulle fragile humanité entre ses lames !

Jusqu'à la chevauchée tumultueuse des nuages,

La mer,

Ivres galops de chevaux verts aux poitrails fous,

La hennissante mer venue du ciel, là-bas, Se rue contre le roc qui sépare sa vie En deux morceaux de chair Où bouillonne de la lumière.

Et ma bouche fleurie du sel de la tempête. S'ouvre pour un cri fort brisé de vent jaloux.

Voici que mon effort se cabre Gomme un navire qui s'exalte !

Plus le vent ploie ma chair faiblie, Plus mon désir veut tout le vent.

PAROLES CONTRE LE VENT 133

Voici que mon cœur s'ouvre, ardent et frénétique, Ainsi que la voilure éployée d'un navire 1

Le roc s'arrache à mon étreinte.

Les pins déracinés où s'accrochaient mes bras,

Epaves dures, sont partis.

Voici que mon désir, parmi son poing tenace, Prend ma chair et ma vie, et d'un coup les délivre.

Je m'arrache de toi, terre petite.

Où frissonne et sanglote, sous de frêles huttes,

L'humanité, vouloir fragile...

ia4 LUMIÈRES DU MONDE

Et je cingle, éperdu, à travers des victoires Qui fouettent ma chair comme des étendards;

Je cingle,

Tout vibrant d'une joie dont mes regards s'inondent. Cheveux raidis aux doigts furieux des tempêtes, Je cingle droit dans le sillage du soleil !

Rageuses et mordues par l'âpre canicule,

Laborieuses au long du jour,

Les cigales perpétuelles

Travaillent de leurs scies féroces et menues

Les rochers fauves.

Héros farouche,

Jamais lassé

De l'onduleuse et bleue caresse

Vibrant en rires blancs de lames déferlantes,

Solide et nu, pesant et clair un roc debout

Sculpte dans tout le ciel, devant toute la mer,

Son torse rude éclaboussé de soleil rouge.

Nul dieu que le soleil étreignant tout le Monde Avec ses poings I

Et la mer bleue, criblée de topazes dansantes,

Écartelant sa splendeur nue,

Bacchante fécondée, jouit

Avec des rires d'or en fête sur sa chair I

Par les griffes de la lumière ensanglanté,

Le mur rouge et farouche du cap

Où brillent des toisons de pins peignées d'azur,

Brise le ciel d'un choc d'épaules formidables...

Les cigales scient les rochers , l'heure torride et le silence .

Avec mon cœur durci par l'éclatant midi. Je suis debout sur la roche brûlante,

Après le périple marin

Mené fougueux au long des journées et des nuits.

Un vent joyeux venu du large

Fait battre mes pensées cinglant comme des voiles,

Ivres et claires

Contre le ciel.

Je respire avec force et mes pieds à nouveau Possèdent la chaleur du sol.

Le soleil a franchi

L'immobile manteau de ma chair ;

Et sa torche, embrasant mon être tout entier,

Monte planter sa gloire éclatante et superbe,

Comme un drapeau de joie flambante.

Sur la cime de ma conscience possédée 1

Ma pensée,

Embrasée par le vin flambant de la lumière,

Danse de joie

Avec des thyrses éclatants dans ses mains claires.

Le haut navire est reparti.

Au loin des mers de marbre,

Sa voilure, bandée par le vent dur.

Jaillit debout sur l'horizon comme une tour.

Je suis celui qui revient vers la patrie, Et cherche, au loin de l'espérance,

LE RETOUR l3l

La maison calme où prendre Toffrande du sel. Je souffre et tends les bras Vers l'oasis d'un grand repos.

Et voici que ma volonté Brusquement se retourne Et cherche à renouer des fils, Des fils épars vers le passé.

Le passé.

Peut-être que de lui tout est mort ?

Peut-être faudra-t-il reconstruire le temple,

Avec son fronton nu qui porte tout le ciel

Sur ses bras clairs

Et le dompte et l'unit à la terre féconde,

Le temple où la statue se dressera

Du nouveau dieu que veut devenir mon cœur las.

Qui s'émerveillera d'une nouvelle vie.

l33 LUMIÈRES DU MONDE

J'attends. Mes yeux sont rouges de lumière.

Le soleil, comme un fauve au mufle ensanglanté,

A pas tranquilles et repus de Tâpre chasse

Courue tout à travers de la journée entière,

Gagne la jungle des nuages

Lourds et tassés au ras de l'horizon marin.

Maintenant je m'étends pour la nuit.

Voici le crépuscule si rapide

Qui fait tomber sur lui un linceul de fraîcheur.

Tantôt la lune montera et sera froide Gomme un baiser peureux de vierge adolescente. Mon corps s'étend ainsi qu'un fleuve avec lenteur Sur le lit du rocher rugueux et fraternel.

LE RETOUR l33

J'attends.

L'étreinte d'un demain nouveau viendra me prendre. Ce jour fini scelle la vie antérieure.

Demain !... Demain !..

Au zénith une étoile

Laisse couler son lent baiser jusqu'à ma face.

Et je contemple au long- de l'heure, Bercée par le doux rythme immense de la mer, Étoiles nouveau-nées jaillies de l'horizon, La calme ascension mystique de la nuit.

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