TROISIÈME PARTIE
Le terrain mixte.
Si l’on considère en parallèle les résultats que donnent dans le lupus érythémateux le traitement antisyphilitique et la chrysothérapie on peut s’étonner de voir deux méthodes aussi différentes donner des résultats comparables dans une même affection.
Ceci n’est pas étonnant, si l’on veut bien se rappeler que les deux premières parties de notre travail ont justement pour but de prouver la fréquence dans le lupus érythémateux du terrain syphilitique et du terrain tubercuieux.
D'ailleurs, la plupart des auteurs ne font aucune difficulté pour l’admettre en principe.
Mais, chose curieuse, ils ne concluent pas pratiquement qu'il faut soigner simultanément ces deux terrains lorsqu'ils coexistent.
Ce qui différencie les conceptions adoptées dans
les services du D' Gouin c’est que :
10 Le terrain syphilitique existe dans tous les cas de lupus érythémateux, et le terrain tuberculeux
existe.
A Le
90 Ces deux terrains coexistant doivent recevoir
les deux médicaments qui s’y appliquent.
A. Fréquence. — Pour ce qui concerne le terrain syphilitique, aux arguments qui ont permis à la généralité des dermatologistes d'admettre la présence du terrain syphilitique dans le lupus érythémateux, les auteurs brestois ajoutent la leucocyto-réaction qui leur permet de déceler la présence de ce terrain dans tous les cas de lupus érythémateux qu’ils ont examinés ; la leucocyto-réaction ayant toujours pu être trouvée positive à l’un des anti-syphilitiques.
B. — Pour ce qui est du terrain tuberculeux, la majorité des auteurs l’admet presque toujours, la leucocyto -réaction nous l’a montré seulement positif d'emblée dans 50 %. C’est paradoxal ; mais on peut la réactiver, et nous avons décelé le terrain tubercu-— leux dans la totalité des cas, sauf 1 cas qui n’a pu être suivi.
C. Réactivalion. — Voici comment nous mettons en évidence, comment nous réactivons le terrain tuberculeux quand il n'a pas été décelé d'emblée par la première leucocyto-réaction à l’or ; Nous appliquons l’anti-syphilitique qui a donné une leucocyto-réaction positive et nous faisons, si c’est du Bi: 5 à 6 Bi; si c’est de l’Acétyl : 5 à 6 Acétyl (chacune de ces injections faite tous les 8 jours) ou le 914, à petites doses, sans jamais dépasser o gr. 45 à o gr. 60, ni 2 gr. au
ge
total. À ce moment nous laissons le malade au repos pendant trois semaines et recherchons à nouveau si l'or donne une leucocyto-réaction positive. On répète cet artifice autant de fois qu'il sera nécessaire pour obtenir une leucocyto-réaction positive à l'or.
À ce moment on associe les deux traitements ; on les applique simultanément, parce que les deux terrains ayant été mis en évidence, reçoivent ainsi chacun le traitement qui lui convient sans effet antagoniste sur l’autre terrain.
Les auteurs brestois ont en effet démontré que :
10 Si un sel d’or donne une leucocyto-réaction positive chez un tuberculeux non syphilitique, il donne une leucocyto-réaction négative chez un syphilitique non tuberculeux.
20 Si un antisyphilitique donne une leucocyto-réaction positive chez un syphilitique non tuberculeux, il donne une leucocyto-réaction négative chez un tuberculeux non syphilitique.
Ce qui veut dire en théorie que le sel d’or est néfaste au terrain syphilitique et l’antisyphilitique au terrain tuberculeux. Les auteurs brestois l’ont démontré maintes fois dans la pratique et nous avons pu vérifier de tels faits dans le service.
Puisque suivant la théorie brestoise le terrain tuberculeux et le terrain syphilitique coexistent dans le lupus érythémateux, il est logique d'utiliser pour le terrain syphilitique, l’antisyphilitique à leucocytoréaction positive, pour le terrain tuberculeux le sel
d’or positif.
OL
Dans le chapitre qui va suivre, nous allons expliquer la technique du traitement mixte du lupus érythémateux tel qu’on le pratique dans le service de dermatologie de l'Hôpital de Brest.
Nous ferons de larges emprunts à l’article que nous avons publié à la Société de Dermatologie du h novembre 1937, en collaboration avec les D's Gouin
et Bienvenu.
Traitement mixte du lupus érythémateux.
Par traitement mixte du lupus érythémateux, nous entendons l’application d’un médicament antisyphilitique judicieusement choisi par leucocyto-réaction et d’un sel d’or qui a donné une leucocyto-réaction positive ; ces deux médicaments étant employés simultanément.
Cette méthode thérapeutique ne date pas d’hier ; elle a été exposée à la Société de Dermatologie en 1934. En 1935 (Nouvelle pralique dermat., t. III, p. 811), le D: Pautrier y faisait allusion et était d’avis que « les recherches de Gouin sont intéressantes ; elles doivent être contrôlées ». Comme depuis la question n’a pas été soulevée devant les Sociétés dermatologiques françaises, ni, Croyons-nous, reprises par aucun auteur français, nous avons été seuls à nous contrôler.
* Technique. — La méthode de traitement que nous proposons, diffère de la pratique généralement suivie. D’abord, contrairement aux autres dermatologistes,
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nous avons employé suivant les cas, tous les antisyphilitiques sans nous limiter aux bismuthiques et aux. arsénobenzènes et nous y avons joint aussi les sels d'or solubles et insolubles. Mais il ne faudrait pas croire qu'il s'agisse simplement d’injecter à un malade, sans choix préalable, simultanément n’importe quel antisyphilitique et n’importe quel sel d’or: avec promesse de guérison certaine.
Le principe de la méthode est de rechercher d’abord, successivement un remède antisyphilitique et un sel aurique qui donnent une leucocyto-réaction positive, et ensuite d’administrer ces deux remèdes simultanément, c’est-à-dire dans la même séance, en une série de 5 à 7 injections doubles (La pratique, en effet, nous a montré que, même s’ils donnent une leucocyto-réaction positive, l’antisyphilitique et le sel d’or adminis-. trés isolément donnent des résultats inconstants). Ces conditions remplies, on a la certitude de faire disparaître, un lupus érythémateux et, s’il y a lieu, d'en faire disparaître les récidives. Les seules causes d'échec sont l’intolérance qui force à suspendre le traitement (1 cas sur 60) ou l’impossibilité d'obtenir une leucocyto-réaction positive à un sel d’or (1 cas sur 60 à
ce jour).
Recherche d’un médicament antisyphilitique.
1 Temps.
Le traitement doit-être commencé par un antisy-
philitique. Lequel ? nul ne peut le savoir a priori. Nous.
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-étalonnons n’importe lequel, compte tenu des contreindications usuelles. Supposons que nous prenions le Bi qui à la vogue. Nous n’allons pas à l’aveugle imposer au malade l'expérience d’une série d’injections d’un médicament dont on ne peut prévoir les effets. C’est sur une seule injection que porte notre expérience, nous étalonnons le médicament « du départ » par la leucocyto-réaction qui montre la manière de réagir « personnelle » de l’organisme vis à vis du remède qui lui est proposé. La réaction de l’orga-
nisme sera négative ou positive.
1er cas : Réaction négalive. — Il est inutile et même nuisible de traiter par le remède essayé. On doit laisler le malade sans traitement général pendant trois semaines au moins. À ce moment, on recherche la positivité à un second remède antisyphilitique, celui qu’on voudra, et s’il donne une réaction négative, on continuera de même avec d’autres antisyphilitiques jusqu’à ce qu’on ait trouvé une réaction positive. Nous l’avons toujours obtenue au plus tard au troisième essai. On retombe alors dans le second cas.
2€ cas : Réaclion positive. — Qu'on l'ait obtenue d'emblée, avec le premier antisyphilitique essayé, ou seulement avec un deuxième ou un troisième, le premier temps de recherche est terminé. La réaction positive indique que le remède étalonné peut être -employé utilement chez le malade.
Avec ce remède, nous faisons une série d’injections
qui constitue le premier temps du traitement. Ce traitement du lupus érythémateux par un antisyphilitique ne doit pas copier le traitement d’une syphilis par le même remède. Il n’est, en effet, pas question d’un traitement intensif. Au contraire, nous nous contentons de doses modérées, espacées, en une série courte : soit 5 à 6 Bi, Enésol ou Acétyl, aux doses usuelles, en injections hebdomadaires ; soit 5 à 6 néo, o gr. 30, Oo gr. 45, rarement o gr. 60, une injection par semaine ; soit 6,8 cyanure de mercure, 1 cgr. tous les deux jours.
Au cours de ce premier traitement le lupus érythémateux marque trois modes d'évolution : disparition rapide et complète, amélioration plus ou moins lente, résultat nul, ou aggravation. Et, si nous devions donner notre statistique de traitement par un seul antisyphilitique nous dirions : quelques lupus érythémateux disparaissent complètement dès les premières injections, mais les trois quarts environ évoluent comme suit : dès les deux ou trois premières injections, après une légère exacerbation, la lésion perd de sa turgescence, elle s’aplatit, les squames deviennent plus grisâtres et moins adhérentes, et on a l'impression que la disparition va se produire ; mais il se produit un arrêt dans l’évolution favorable et, si l'on continue le traitement, même au delà de la sixième injection ou au cours d’une nouvelle série, l'amélioration ne continue pas et parfois même les lésions reprennent de l'intensité. Quelques cas enfin résistent au traitement dès le début ou marquent
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même une aggravation (apparition de nouveaux éléments).
On se demandera sans doute pourquoi nous nous attardons à ce traitement par un antisyphilitique, qui, employé seul, même après étaionnage, n’est pas toujours efficace, et pourquoi nous ne l’associons pas sans perdre de temps à un sel d’or. C’est que la pratique nous a montré : 1° que la réaction à un sel d’or n’est positive qu’une fois sur deux environ dans le lupus érythémateux et nous estimons que la décision à pile ou face n'est pas une méthode thérapeutique recommandable ; 2° que cette réaction, négative d'emblée chez un porteur de lupus érythémateux, devient souvent positive après un traitement par un remède antisyphilitique à réaction positive. Nous fai-— sons donc un début de traitement avec l’antisyphilitique reconnu utilisable en vue d'obtenir : 1° un résultat thérapeutique d’emblée (amélioration possible des lésions), ou, du moins : 20 un résultat biologique (modification du terrrain; préparation de l’organisme qui rendra possible le traitement double, simultané, décisif).
On pourrait aussi se demander pourquoi nous ne commençons pas l’étalonnage par un sel d’or.
Les raisons que nous venons d'indiquer nous ont fait abandonner cette pratique après l’avoir essayée dans plusieurs cas.
La recherche et l'administration d’un antisyphilitique constituent ainsi le premier temps du lupus érythémateux.
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Etalonnage d’un sel d’or.