‹ Lupus Érythémateux: Traitement MixteChapitre 27 sur 38 · TEMPS · texte numérisé non relu

TEMPS

Voici comment nous procédons : on injecte, dans la même séance l’antisyphilitique soluble ou insoluble, et le sel d'or soluble ou insoluble. Il est commode d’avoir un sel d’or insoluble avec un antisyphilitique soluble, ou inversement ; mais il nous est arrivé maintes fois de faire simultanément par exemple Bi insoluble et sel d'or insoluble, ou bien sel d'or soluble et novarsenobenzol. La posologie est la suivante : 5 à 7 injections doubles, une par semaine néo 0 gr. 30, jamais plus de o gr. 45 — Bi huileux;

MM

demi dose, souvent dose infantile. Sels auriques solubles o gr. 05 ; jamais plus de ogr. 10. Sels auriques, insolubles ; la première dose que nous ne dépassons pas. Les doses totales pour une série sont de o gr. 50 à o gr. 60 en moyenne pour les sels d’or solubles,

de moins de 2 gr. pour les grands arsenicaux.

Résultats. — Avec ce traitement mixte simultané, il est de règle que les lésions disparaissent au cours de la première série. Après une exacerbation plus ou moins marquée des lésions, les squames deviennent molles, grasses, presque huileuses ou bien s’assombrissent, avec parfois apparition de petits points noirâtres. Ces deux aspects sont pour nous le signe d’une disparition rapide ; ils font place, au cours de la première série, à une peau rosée peu ou pas différenciable des tissus voisins. Parfois au contraire les lésions semblent résister; il s’agit de formes crétacées pour lesquelles il faut recourir à une manœuvre que nous avons décrite sous le nom « d’extériorisation » des lésions dans les tuberculoses cutanées. IL s’agit d’un léger grattage, sans aller jusqu'au sang, plutôt d’un râclage superficiel qui, pratiqué en un ou deux points, amorce la disparition des plaques lupiques sur tout leur ensemble. On est surpris, la semaine suivante, de voir que l’évolution favorable se dessine franchement avec ou sans points ou petites croûtelles noires ou bistres. La disparition peut n’être pas complète à la fin de la première série. Cela se produit dans les lupus érythémateux très étendus et surtout

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-dans les lupus érythémateux modifiés antérieurement par des traitements externes qui ont donné des cicatrices (neige carbonique, rayons X). Le traitement mixte améliore, non seulement le lupus érythémateux, mais les lésions cicatricielles, comme si la cicatrice représentait un lupus érythémateux invisible. Mais il va de soi que dans de tels cas, compliqués, les elfets sont bien plus difficiles à obtenir. Nous ne prolongeons cependant pas la série, mais après trois semaines nous en refaisons une seconde, puis une troisième ou davantage s’il y a lieu. Car pour nous, il est essentiel d’agir sans brusquerie dans le traite-

ment du lupus érythémateux.

Incidents. — Un seul cas d'intolérance, dans un Jupus érythémateux très étendu (figure, lèvres, cuir chevelu, thorax) ; à la deuxième injection, la malade a fait une véritable léopardisation focale, limitée aux lésions, avec le prurit et le petit érythème papuleux sur la face dorsale des mains, que nous avons toujours considérés comme le signe le plus précoce des intolérances arsenicales ou auriques. Observée pendant plusieurs années, la malade est restée intolérante à l'or : le traitement poursuivi avec un antisyphilitique seul a donné l'amélioration qu'on en peut attendre. Chez nos malades, nous n’avons pas noté d’autres incidents : cutanés, rénaux, méningés. Dans un autre cas (chose curieuse, un lupus érythémateux du cuir chevelu) nous n’avons pu trouver, même

après quatre tentatives, la réaction positive aux sels

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d’or. Là aussi, le traitement par des antisyphilitiques successivement éfalonnés a donné l'amélioration, mais non la disparition.

Résullals lointains. —- Si quelques malades n’ont pas présenté de récidive après deux ou trois ans, il est habituel, surtout dans les lupus érythémateux étendus ou multiples, de voir les lésions reparaître après six mois, un an ou plus. Le malade doit être suivi et il convient de reprendre le traitement double simultané au moindre retour des lésions, ou même, à titre préventif, à l'occasion de tout fléchissement de l’organisme.

Car, ayant pu suivre, des années durant, la plupart de nos lupus érythémateux, nous considérons que le lupus érythémateux, manifestation d’un état chronique, est justiciable, non seulement d'un traitement d’attaque et d’un traitement de consolidation,

mais aussi d’un traitement chronique, véritable traitement d'entretien. Il nous paraît inutile d’insister

sur les différences qui existent entre ce traitement du lupus érythémateux et celui qu’on applique actuellement en syphilithérapie ; il comporte, avec des doses faibles, des séries moins fournies et plus espacées. En pratique, après la première série, même s’il y a disparition complète, nous estimons prudent, pour assurer le résultat acquis, de faire, chaque fois qu'il se peut, une seconde série un ou deux mois après la première et même une troisième si la disparition des lésions en a nécessité deux.

A, Decaen #4

MITA

Objections. — La pratique que nous venons d’exposer va tellement à l'encontre des habitudes acquises qu’elle ne peut manquer de soulever des objections. Par exemple, comment concevoir l'efficacité de doses si minimes ? Comment accepter le risque de l’administration simultanée d’un sel d’or et d’un antisyphilitique ?

19 Quant à l’efficacité paradoxale des doses employées, rien n’est plus facile que de la vérifier ; on pourra ensuite à loisir, en discuter théoriquement :

20 IE peut sembler audacieux, « priori, d'associer en une même séance, deux remèdes individuellement non exempts de danger. Cela est vrai, et nous mêmes n'avons pas procédé sans appréhension à nos premières injections doubles, bien que trois conditions pour nous rassurantes (posologie minime, double leucocyto-réaction positive, extériorisation des lésions) fussent réalisées.

Mais l’expérience nous a rendus plus confiants, sans toutefois nous faire augmenter les doses. Nous estimons notre pratique des injections doubles bien moins dangereuse que la chrysothérapie simple telle qu’elle fut appliquée pendant des années.

En effet, nous n’avons à relater aucun accident chez les malades que nous avons soumis au traite ment mixte simultané. Notre statistique comprend non seulement 60 cas de lupus érythémateux, mais aussi plusieurs centaines d’autres malades ; certains syphilitiques atteints de tuberculose, des tuberculeux

FA lt atteints de syphilis, des hérédo-syphilitiques et tuber-

culeux, lupus tuberculeux, scrofulates de vérole, tuberculoses cutanées, ulcères tuberculeux, tuberculides, pelades, psoriasis et autres dystrophies indéterminées (lichen plan).

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