LA FORMULE MONASTIQUE DE L* ABSOLUTION
vu, Luther lui-même a maintenu la formule catholique ou monastique de l'absolution : « Moi, en tant que curé, par son commandement (le commandement de Dieu) j'absous de tous leurs péchés tous ceux qui sont ici présents et écoutent la parole de Dieu, et qui, avec une sincère contrition de leurs péchés, croient en notre Seigneur Jésus-Christ ; au nom du Père, » etc. *,
Quelle est donc le sens de la « formule monastique d'absolution », rapportée par Luther ? Le père de la « Réforme évangélique » a fait peu loyalement passer pour la formule de l'absolution un supplément absolument accessoire, et qui n'a rien à voir avec l'absolution. Je dis « peu loyalement » car, non seulement à cause « de sa merveilleuse formation théologique 2, » mais simplement comme ermite de saint Augustin, il devait savoir : i° qu'en beaucoup d'endroits, ce supplément n'avait pas été introduit, et que généralement il n'était pas prescrit ; que l'emploi en était laissé à la discrétion de chaque confesseur, si bien qu'il n'en existait pas même de formule fixe ; 20 que ce supplément n'était pas monastique, mais qu'il était tout aussi bien employé par des prêtres séculiers, naturellement avec les modifications nécessaires ; 3', et c'est ici le point
qui ne doit pas nous occuper ici, mais qui trouvera place à Un autre endroit. Voir le bréviaire des ermites de saint Augustin, dont il vient d'être question, fol. 434".
i. De Wette, VI, a45 (i54o). Déjà dans le Petit catéchisme il prescrivait la formule suivante : « Moi, par le commandement de Notre Seigneur Jésus-Christ, je te remet* tes péchés au nom du Père », etc. Erl. ai, 19 (1629).
a. Ci-dessus, p. 5c.
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capital, que ce supplément ne regardait pas l'absolution des péchés, mais la satisfaction, et qu'ainsi il s'ajoutait à la pénitence imposée, comme l'enseignait saint Thomas, et avec lui tous les autres théologiens *. En quelques contrées, ce point était même expressément indiqué2.
Et maintenant, quelles seront les expressions assez fortes pour stigmatiser l'imposture et la falsification du père de la « Réforme évangélique » ? Il faut lui appliquer ce qu'il dit des papistes à propos de la « formule monastique de l'absolution » : « Ce n'est pas par un mouvement du Saint-Esprit qu'ils agissent
i. Dans Quoi. III, qu. i3, a. i, Utrum satisfactio universaliter injuncta a sacerdote sit sacramentalis, il écrit : « Sacerdos injungat pœnitenti aliquid, quod pœnitens tolerabiliter ferat, ex cujus implclione assuefiat ut majora impleat, quic etiam sacerdos sibi injungere non attentasset. Et hapc, qua3 praeter injunctionem expressam (pœnitens) facit, accipiunt majorem vim expiationis culpae praeteritai ex Ma générait iniunclione, qua sacerdos diclt : « Quidquid boni feceris, sit tibi in remissionem peccatorum. » Unde laudabiliter consuevit hoc a multis sacerdotibus dici, licet non habeat majorem vim ad praebendum remedium contra culpam futuram. Et quantum ad boc talis satisfactio est sacramentalis, in quantum virtute clavium est culpa? commissoe expiativa. » Nider s'exprime de la même manière (Manuale confessorum, loc. cit.) : « Ultimo potest (confessor) addere sic : « Meritum domini nostri Jesu Christi », etc., quia ex ista additione, dicunt doctores, quod omnia in tali additione inclusa majorem efficaciam habebunt satisfaciendi pro peccatis, » etc. La Summa Angelica, œuvre franciscaine, en appelle à S' Tbomas. Cajet.vn loue ceux qui récitent ce supplément.
3. Voici, par exemple, ce qu'écrit André d'Escob.vr, loc. cit. : « Ipsa passio domini nostri Jesu Christi, et mérita omnium sanctorum, et passiones sanctorum martyrum... et opéra miseridifn quaî fecisti et facis... totum tibi confero in satisfactionem hujus penitentie tibi per me injuncte et ad profectum et auxilium ïonis omnium peccatorum tuorum », etc.
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ainsi ; c'est par un mouvement de leur propre esprit et du démon, qui est le père et l'auteur de ces doctrines mensojgères *. »
Pour Luther, aucun moyen n'était trop mauvais quand il s'agissait de jeter le mépris sur l'Eglise et ses moines. A l'antécédent qu'il a inventé [que par le culte des œuvres on renie Jésus-Christ], correspond ce conséquent que les moines et les papistes ne s'appuient que sur leurs œuvres. Pour arriver à cette conclusioD, il ne craint pas de se peindre lui-même, pour l'époque de sa vie monastique, comme le plus grand des ignorants ; à cette époque, prétend-il, il regardait le Christ comme un juge qu'il fallait apaiser par l'observance de la règle ; c'est pourquoi, à la fin de ses prières, ou après avoir dit la messe, il avait l'habitude d'ajouter : « Seigneur Jésus, faites, je vous en prie, que les rigueurs de mon ordre me soient une compensation pour mes péchés 2. » Mais nous reviendrons sur cette question dans la seconde partie, où nous donnerons un exposé de la doctrine de l'Eglise catholique et de celle de Luther sur les bonnes œuvres.
Et que dire du « Vieux Maître » des biographes de Luther, de Kostlin, qui croit son « Père » sur parole, et qui écrit : « Luther nous a conservé une formule d'absolution usitée chez les moines » ; il traduit cette formule en allemand et il fait cette remarque : « Ainsi, la rémission des péchés qui devait être fondée sur la réconciliation par le Christ, était donnée, en ces termes
i. Erl. ti, 36a (i54o).
2. Voir, ci-dessus, p. 186, n. i, dans les conclusions que Luther tire de la manière déloyale dont il expose la formule de l'absolution.
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formels et exprès, comme la conséquence de la dignité et des œuvres du pécheur qui implorait son pardon1. » Ainsi! La méthode est très simple: au lieu de travailler scientifiquement et sans préjugés, au lieu de contrôler les dires de Luther, Kôstlin accepte comme parole d'Evangile chacune de ses impostures ! Il n'y a pas de sottise si ridicule que les théologiens protestants ne s'empressent de redire après le père de la « Réforme évangélique », pourvu qu'elle aille contre l'Eglise catholique ; pas de calomnie si malséante qu'ils n'accueillent, qu'ils ne colportent et dont ils ne nourrissent leurs « fidèles. »
§5. — a Le grand malfaiteur condamne le petit ». Moyens indignes employés par Luther pour discréditer les religieux et le clergé séculier.
Assez souvent, comme nous l'avons vu, Luther attaque les religieux et les prêtres sur le point où lui et sa suite étaient dans la situation la plus fâcheuse. Il savait fort bien qu'aux yeux du peuple comme devant le droit divin, son union et celles des religieux et prêtres apostats n'étaient pas un mariage, mais un concubinage prolongé2. Lui-même il qualifie de « court moment de honte » le passage de ces hommes à la vie du mariage ; ce n'était qu'ensuite que devaient venir les « années pleines d'honneur »3. Or, contracter
î. Martin Luther, 3' éd., I, 73 ; 5' éd., revue par Kawerau, I, 64. a. Voir quelques mots à ce sujet dans mou opuscule Luther aux yeux du rationaliste et du catholique, p. u0, n. u 3. Voir ci -dessus, 1. 1, p. i3.
un vrai et légitime mariage n'a jamais été un sujet de déshonneur. Il connaissait la vie de ses adeptes, et il savait que, pour la plupart, c'était l'amour de la liberté charnelle qui les lui avait amenés ; il pressentait qu'à tout le moins « beaucoup » des moines apostats répandraient g une grande puanteur1. »
De fait, que valaient ceux qui avaient quitté leurs ordres pour le suivre? Ceux qui étaient restés fidèles les connaissaient pour avoir vécu avec eux durant des années, et ils les tenaient pour de la racaille, pour un vil résidu 2 : c'étaient des « polissons », c'est-à-dire des coureurs de filles, sur qui le dominicain Jean Mensing portait ce jugement : « Ah ! les polissons ne seront jamais que des polissons, en quelque état, profession et ordre qu'ils soient. Et nous souhaitons que si jusqu'à présent il y en a eu dans notre Eglise, ils en soient censément tous partis pour courir à Luther. Plût à Dieu, lui qui veut purger son aire et séparer l'ivraie du bon grain, que Luther eût déjà tous ceux des nôtres qui ne voulaient rien faire de bien. Car, à part ceux que leur naïveté a trompés, il est évident que personne ne se jette dans la secte luthérienne avec l'intention de devenir meilleur et plus pieux, mais seulement afin de vivre en toute liberté et impunité, et d'agir sans aucune retenue, selon son bon plaisir3. »
Il n'y eut qu'une voix pour reconnaître que les pre