LES MORTIFICATIONS DE LUTHER DANS LE CLOITRE
cloître, pourquoi me suis-je livré aux plus durs austérités ? Pourquoi ai-je affligé mon corps par les jeûnes, par les veilles et par le froid ? Parce que je tâchais d'arriver à la certitude que ces œuvres m'obtenaient le pardon de mes péchés { ». « Moi aussi, par mes jeûnes, mes abstinences, mes excès de travail et la rudesse de mes vêtements, je m'étais presque donné la mort, tellement mon corps était affreusement ruiné et épuisé 2 ». « Autrefois, sous le papisme, nous avons appelé à grands cris l'éternelle félicité ; pour gagner le ciel, nous avons torturé nos corps, nous nous sommes presque assassinés, sans épée sans doute ni armes du même genre, mais par les jeûnes et les macérations de la chair ; c'est là que nous cherchions Dieu, et nous frappions ainsi nuit et jour. Moi-même, si, grâce à la consolation du Christ, je n'avais été délivré par l'Evangile, je n'aurais pu vivre deux ans de plus, tant je me martyrisais et fuyais la colère de Dieu. Et les larmes, les gémissements et les soupirs ne manquaient pas non plus. Cependant nous n'aboutissions à rien » . « Lorsque nous étions moines, nos mortifications ne nous étaient d'aucun profit, parce que nous ne voulions pas reconnaître notre péché et notre impiété. Nous en étions même à ne rien savoir du péché originel, et nous n'avions pas compris que l'incrédulité était un péché3. » « Le souvenir de mon baptême n'a jamais pu me tranquilliser ; mais je me disais sans cesse : « Oh ! quand seras-tu donc pieux, quand feras-tu assez pour
f. Opp. exeg. lat., V, 267 (i539-î54ô).
a. Ibid., XI, 123 (i5/15).