‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 151 sur 283 · Régala, c. 64, dans Migne, Pair, lat., t. 66, c · texte numérisé non relu

Régala, c. 64, dans Migne, Pair, lat., t. 66, c

6. Ep. 106, ad Lsetam, a. io : «... Experimento didici asellum in via, cum lassus fuerit, diverticula quaerere. »

dans toutes sortes de pratiques1. « Il est contraire à la dignité de notre nature raisonnable dit-il, de nuire à ses sens par les jeûnes et les veilles, ou même de tomber dans la démence ou la mélancolie par le chant immodéré des psaumes et des offices2. Ce que saint Jérôme dit ici d'un chant obligatoire, saint Pierre Chrysologue le dit aussi des jeûnes d'obligation : « Que les jeûnes se fassent régulièrement, dit-il dans un de ses sermons; comme Jésus-Christ nous le recommande, qu'ils servent à discipliner le corps et l'âme. Que celui qui ne peut jeûner ne s'avise pas d'introduire de nouveaux usages, mais qu'il reconnaisse que sa faiblesse est la raison des adoucissements qu'il doit prendre, et qu'il rachète par des aumônes ce qu'il ne peut fournir par ses jeûnes. Le Seigneur ne condamne pas aux gémissements celui qui se fait un trésor en soulageant

i. Ep. i2o, ad Rusticum, c. 16 : « Sunt qui humore cellarum, immoderatisque jejuniis, taedio solitudinis, ac nimia lectione, dum diebus ac noctibus auribus suis personant, vertuntur in melancholiam, et Hippocratis magis fomentis, quam nostris monitis indigent. » Voir aussi le c. 7, où il recommande la pratique modérée du jeûne.

2. « Nonne rationalis homo dignilatem amittit, qui jejunium vel vigilias prsefert sensus integritati ; ut propter Psalmorum atque officiorum decantationem amentiae vel tristitiœ quis notam incurrat ? » Saint Thomas (In cp. ad Rom., c. 1a, 1. 1) approuve cette pensée de S* Jérôme. — (N. d. T.) : Nous avouons n'avoir pu trouver ce texte dans S* Jérôme. Il nous paraît probable que Denile n'a pas pu le trouver davantage, et que finalement il s est borné à le prendre dans S' Thomas dont l'indication n'est pas très précise : « Unde dicit Hieronymus, Epist. ad Rustic. et ad Roman. » (Divi Th. Aq. Opéra, éd. Vives, t. XX, 1876, p. 55 1.) La pensée exprimée ici est du reste en pleine conformité avec les autres enseignements de S* Jérôme sur le jeûne.

S. riERRE CHRYSOLOGUE. H. DE S. -VICTOR. S. BERNARD 263

. s gémissements du pauvre { ». Toutes les œuvres de pénitence, même celles que l'on s'impose volontairement, ont le but que saint Pierre Ghrysologue donne ici aux jeûnes d'obligation ; c'est ce que dans le paragraphe précédent, nous disait Hugues de Saint-Victor; dans ce passage, sans citer le nom de l'auteur, il ne faisait que rapporter l'avertissement de Grégoire le Grand : « L'abstinence doit tuer les vices de la chair et non la chair elle-même®. »

Saint Bernard, ce grand maître de la vie spirituelle, que Luther mettait parfois au-dessus de tous les autres, ne fait que s'inspirer de saint Benoit lorsqu'il nomme la discrétion la mère et la directrice de toules les vertus, sans laquelle la vertu se changerait en vice3. En outre, de même qu'il n'y a rien de plus funeste que de mortifier sa chair par des jeûnes et des veilles pour l'amour des hommes, ainsi c'est encore une faute (alors même qu'on le ferait pour l'amour de Dieu) que de mortifier sa chair trop rigoureusement et sans discrétion, et de nuire ainsi à notre santé. Nous devons, ajoute-t-il, tenir compte de notre corps et de son

i. Scrmo 1GG (Migne, Patr. lat., t. 5a, c. 636), sur le jeûne du carême.

a. M'.ra. XX, c. 4i, n. 78 : « Per abstinentiam quippe carnis vitia sunt exlinguenda, non caro. » Même avertissement, ibid., XXX, c. 18, n. 63 ; In Ezech. I, homil. 7, n. 10, et dans beaucoup d'autres endroits.

3. Sermo 3 in Circumcisione (Migne, Patr. lat., t. i83, c. 1^2, n. 11). « Necesse est lumine discretionis, quae mater virtutum est, et consummatio perfectionis. » In Cant. Serm. U9, n. 5 : « Discretio omni Yirtuti ordinem ponit... Est ergo discretio non tam virtus quam quaedam moderatrix et auriga virtutum, ordinatrixque affectuum et morum doctrix. Toile hanc, et virtus vitium erit. »

endurance, afin que « cherchant à soumettre notre ennemi, nous ne tuions pas notre compagnon. Conserve ton corps pour le service du Créateur1 ». C'est la pensée que nous avons trouvée chez Hugues de Saint- Victor. Saint Bernard s'exprime sévèrement contre le zèle inconsidéré des nouveaux venus, à qui les jeûnes et la discipline de l'ordre, la mesure prescrite pour les veilles, les vêtements et la nourriture paraissaient insuffisants, qui voulaient faire passer leurs idées propres avant les principes de la règle, et faire plus qu'elle ne demandait. Il craint qu'après avoir commencé dans l'esprit, ils ne soient absorbés par la chair2. Il en est tout autrement de ceux qui mettent l'ordre général avant leurs pratiques particulières et leurs vues personnelles. C'est à eux que se rapportent ces paroles du saint, si souvent répétées dans le dernier siècle du moyen âge : « Dans presque toutes les communautés religieuses, tu trouveras des hommes remplis de consolation, débordants de joie, toujours aimables, enjoués et de beaucoup de ferveur;... la discipline leur est chère, les jeûnes agréables, les veilles courtes, le travail manuel une récréation ; enfin toute la rigueur de cette sainte communauté leur paraît un soulagement3 ».

Dans les autres instituts religieux, par exemple dans l'ordre austère des Chartreux, on posait aussi comme principe fondamental qu'il fallait se contenter

i. De diversis Sermo UO (Migne, 1. c, c. 65 1, n. 7).

2. h\ Cant. Sermo i9, n. 7 (ibid., c. 866) : « Vereor ne... qui spiritu cœpistis, carne consummemini. »

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