‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 168 sur 283 · Tim · texte numérisé non relu

Tim

2. Comment in ep. I ad Timoth., ll, 8 (Migne, Patr. lat., t. XVII, c. 5oo).

3. Collectanea in omnes D. Pauli Apostoli epistolas ; Commentaire sur la même épitre (Migne, t. 193, c. 348): « Gorporalis exercitatio

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Lombard rappela pour toujours aux théologiens postérieurs cette conception devenue un bien commun. Saint Thomas d'Aquin, nous l'avons vu *, n'a fait que la développer scientifiquement; lui et les autres docteurs 2 l'ont transmise aux âges postérieurs et Luther lui-même y adhéra jusqu'en i53o.

§3. — Les mortifications et la discrétion dans Luther avant 1530.

Dans un sermon de i5ig, Luther disait au sujet de la répression de la concupiscence : « C'est à cette fui qu'ont été instituées les veilles, les jeûnes, les mortifications corporelles et autres pratiques du même genre; tout cela tend (et c'est aussi le but de l'Ecriture tout entière) à conjurer, à guérir cette très grave maladie3 ». Comme saint Thomas, Luther avant i53o compare

— quasi dicat : ideo de pietate moneo, quia corporalis exercitatio, in qua te fatigas, jejunando, vigilando, abstinendo, quse sunt frena carnis (de même la Glossa interlinearis), ad modicum est utilis, nisi huic addatur pietas. Ad hoc enim tantum valet, ut quaedam faciat vitari vitia, quibus vitatis careatpœna illis débita, sed non omni. Pietas autem quae operatur bona fratribus, valet ad promerendum Deum, » etc.

i. Voir ci-dessus, p. a65 et suiv.

a. De même encore la Glose de Nicolas de'LiRA (1270-13/J0), sur la même épître : Aux mots corporalis exercitatio : in jejuniis et vigiliis et hujusmodi ; à ad modicum utilis : scilicet ad repressionem concupiscentiae carnis ; enfin sur Pietas autem, etc. : cum bene disponat hominem ad Deum et ad proximum.

3. « Ad hoc iustitutse sunt vigiliae, jejunia, corporum macerationes et id genus alia, quae omnia eo tendunt, immo universa scriptura hoc agit, ut expietur saneturque morbus hic gravissimus. » Weim., IV, 6a6.

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donc le jeûne et les autres mortifications à une médecine destinée à guérir la profonde corruption de notre nature inférieure, à éteindre le foyer du péché. Tous les deux, ils connaissaient l'oraison dans laquelle l'Eglise exprime cette pensée *. D'après une autre version du même sermon, Luther se serait exprimé encore plus clairement et il aurait même mentionné la vertu de discrétion : « Ce que les apôtres ont osé prescrire et déterminer par certaines lois, l'Eglise n'a pu le pratiquer que comme un moyen pour mater la chair; on ne doit donc pas en accabler les gens faibles ou malades, pour ne pas les mettre en danger de succomber1* ». Pourtant, dès cette époque, il était contre la prescription du jeûne à certains jours déterminés.

Au moi3 de mars i5ao, alors que son animosité contre l'Église était si grande qu'il était sur le point de rompre avec elle, et qu'il n'observait plus ses préceptes comme tels, il n'en convient pas moins que le jeûne, les veilles, le travail « ont été institués pouf réfréner et mortifier les jouissances mauvaises et les tendances aux excès ». Et tout en donnant à chacun le conseil de décider lui-même s'il doit jeûner, selon que sa santé le lui permet ou qu'il le juge utile, « sans s'inquiéter si cela va contre les préceptes de l'Eglise ou

ï. Feria V post dominicam Passionis : « Prasta quœsumus omnipotens Deus, ut dignitas conditionis human» per immoderantiam sauciata, medicinalis parsimoniae studio reformetur. »

a. Weira., IX, 434 (8 dcc. i5i()) : « ... Quod enim Apostoli prœscribere et cerlis legibus prefinire ausi sunt, nec Ecclesia aliter tentavit (tractavit ?), quam ad mortificandam carnem, et quatenus infirmi et imbecilles (ut pregnantes) etiam his oneribus non premantur, laborent ac periclitcntur. »

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les lois d'un ordre ou de tel ou tel état », il n'en dit pas moins : « Car aucun précepte de l'Eglise, aucune règle d'ordre ne peut mettre dans les jeûnes, dans les veilles et dans le travail une valeur supérieure à celle que nous y trouvons nous-mêmes pour réfréner et pour tuer la chair et ses jouissances. Là où ce but est dépassé, là où le jeûne et les veilles, tout ce qui regarde la privation de nourriture et de sommeil est poussé plus loin que la chair ne le peut supporter ou que la mortification ne l'exige, là où par suite de ces privations, la nature est ruinée et la tête rompue, qu'on ne se figure pas avoir fait une bonne œuvre, qu'on ne cherche pas à s'excuser avec les préceptes de l'Eglise ou les règles d'un ordre. On méritera alors d'être regardé comme quelqu'un qui s'est détérioré lui-même et qui, autant qu'il était en son pouvoir, a été son propre assassin ; le corps ne nous a pas été donné pour que nous le privions de sa vie naturelle ou de son activité propre; nous devons nous borner à détruire son exubérance... afin d'enlever au vieil Adam lascif ce qui V excite \, »

Luther nous donne ici le résumé de ce que les maîtres catholiques avaient constamment enseigné sur le but des mortifications, doctrine dont nous avons vu l'exposé dans le paragraphe précédent.

Les années qui précèdent sa chute définitive, il ne se contente même pas de décrire avec l'Eglise la fin véritable des mortifications et d'enseigner la discrétion : c'est tout particulièrement après l'époque où, à ce qu'il

t. Weim., VI, a£6, dans le sermon Sur tes bonnes œuvres.

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