‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 172 sur 283 · Erl., a9, i/,o (i5a4-i5a · texte numérisé non relu

Erl., a9, i/,o (i5a4-i5a

20° LES MORTIFICATIONS DANS LUTHER AVANT l53o

i53o4, Luther témoigne en faveur de la rectitude de la doctrine catholique sur la nécessité relative des mortifications ! C'est seulement peu à peu que nous l'entendons formuler le grief que sous le papisme les œuvres de pénitence auraient eu pour fin de trouver Dieu ou Jésus-Christ, d'apaiser la sévérité du souverain juge et d'obtenir la rémission des péchés. Auparavant il n'avait pas trouvé cette conception dans la doctrine catholique, dans les maîtres de la vie spirituelle ni dans les théologiens. Hugues de Saint-Cher, qu'il connaissait fort bien, parle au nom de tous, et même de Luther, lorsqu'il dit : « Dieu peut-il se réconcilier avec nous à cause des mortifications de l'homme extérieur? Non 2 ! » Quand Luther entra au couvent d'Erfurt, cette doctrine était, depuis déjà plus de mille ans, devenue élémentaire dans toute la chrétienté. C'est pourquoi il n'ose attribuer à l'Eglise l'opinion contraire. Mais plus il s'approche du moment où il apostasiera, plus il lui fait un autre grief : celui d'avoir institué des jeûnes à jours fixes. Aussi exhortait-il les fidèles à ne pas obéir à l'Eglise, mais à s'en tenir à leurs propres idées 3.

1. Par exemple, Erl., 1, 108 et suiv. (i53i); 19 (a* édit.), duo ; Opp. exeg.. XI, ia4 (vers i545).

a. « Numquid placari potest, Dominus in millibus arietum, i. e. macerando hominem exteriorem ? Non, sed per istud quod sequitur indicando tibi, o homo, quid sit bonum, » etc. Inep. ad Rom., c. 3 (Opp., t. VII, fol. a6b).

3. Ainsi, par exemple, en i5ao, dans le sermon sur les bonnes œuvres, Weim., VI, a£6, 3 : « C'est pourquoi je permets que pour jeûner chacun choisisse le jour qui lui convient, la nourriture et la quantité de nourriture qui lui plaît ; sans toutefois en arriver à délaisser le jeûne, mais en continuant de surveiller sa chair ; dans la mesure où elle est lascive et pétulante, on doit

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C'était une conséquence de sa situation d'alors à l'égard de l'Eglise et du pape, qu'il regardait déjà comme le véritable antechrist. La doctrine sur le but des mortifications et sur la vertu de discrétion n'en était nullement atteinte, pas plus qu'elle ne l'était par son zèle contre ces « prédicateurs » par la faute de qui « quelques femmes enceintes observaient encore le jeûne au grand préjudice de l'enfant qu'elles portaient1 ». S'il y eut des prédicateurs de recoins à tomber dans ces excès ; s'il « ne montraient jamais le véritable usage, la mesure, les fruits, la raison et la fin 2 » du jeûne, la faute n'en était pas à l'Eglise. C'est ce que Luther savait ; et, de fait, il ne l'en rendait pas responsable. Du reste, et c'est seulement de ce point qu'il s'agit ici, il n'avait pas le moindre droit de se plaindre que son ordre, d'ailleurs peu sévère en lui-même, ne tînt pas compte de ceux qui étaient faibles ou malades, ou qu'il les négligeât. Sur ce point, nous connaissons déjà quelques principes généraux de la Règle, dont Luther, on le sait, fait ressortir si souvent la modération. C'est à peine notamment si Ton trouverait un autre ordre avec des prescriptions aussi raisonnables, aussi humaines, ou, pour mieux dire, aussi chrétiennes au sujet du soin des malades. On faisait au prieur un devoir d'être pour eux de la plus grande indulgence et de la plus grande bonté ; on l'obligeait à veiller à ce

recourir aux jeûnes, aux veilles et au travail, et s'en tenir là, quoi qu'aient commandé le pape, l'église, l'évêque, le confesseur ou n'importe qui. »

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