‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 211 sur 283 · MANQUE DE CRITIQUE DES ÉCRIVAINS PROTESTANTS · texte numérisé non relu

MANQUE DE CRITIQUE DES ÉCRIVAINS PROTESTANTS

De la doctrine même de Luther, on fait très bon marché ; de l'aveu de plusieurs d'entre eux, les théologiens protestants s'en éloignent plus qu'autrefois Luther lui-même ne s'était éloigné de la doctrine catholique. Mais s'il s'agit du rôle de Luther contre l'Eglise, alors tout ce qu'il a dit est accepté sans contrôle. Il écrit par exemple : « Lorsque j'étais moine dans le papisme, je n'en ai pas trouvé un seul à pouvoir m'enseigner ce que c'était que le Christ, les dix commandements, le Notre-Père et la foi ; ce que c'était qu'un chrétien, un sacrement, le baptême, la fonction d'évêque, l'état du mariage et les autres états1. » Eh bien ! pour les protestants, il ne saurait s'élever aucun doute sur la vérité de toutes ces affirmations, sur la véracité et la loyauté de Luther. Bien au contraire, les ténèbres où il nous représente l'humanité sous la papauté leur servent de fond de tableau pour mieux mettre en lumière le portrait radieux du grand Réformateur.

Un autre exemple 2 fera encore mieux saisir ce manque de critique : « Au début, écrit Kœstlin, ce que Luther

i. Erl.,'4, 5 (i532). — L'année précédente, dans son Avertissement à ses chers Allemands (Warnung an seine lichen Deutschen), il avait donné une plus longue énumération encore. (Erl., a5, 67). A la p. 48, il concluait : « En résumé, nous ne savions rien de ce qu'un chrétien doit «avoir. L'Orne de pape a tout enténébré et caclié. Ai) ! oui, ce ne sont que des ânes, de grands et de gros ânes, qui ne savent rien de ce qui regarde la foi. Moi aussi, j'ai été du nombre, et je sais qu'ici je dis la vérité. »

2. On peut ajouter celui du ch. vu, S 1 sur les trente articles qu'en i5ao Luther prétendit avoir tirés du droit canon. (Ci-après, t. IV, p. 1 83-i 80). Du reste, tout ce chapitre vu complète le présent paragraphe (N. d. T.).

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trouvait dans la sainte Ecriture, et tout spécialement dansl'Epître aux Romains..., ce n'était pas encore la véritable parole du salut, mais plutôt un motif de désespérer de son salut. A cette époque, comme il l'a souvent répété plus tard dans ses écrits et dans ses discours, ce qui le frappait le plus, c'était la conception qu'il se faisait de la justice de Dieu, dont saint Paul dit qu'elle est révélée dans l'Evangile1. Par là, il entendait cet attribut de Dieu qui lui fait punir ceux qui sont dans le péché et qui ne possèdent pas la justice. A l 'exception d'Augustin, que du reste il ne connaissait pas encore, tous les docteurs catholiques ne lui donnaient que cette explication... 2 ». Quelle serait ici la première préoccupation d'un historien sagace et consciencieux ? Evidemment de rechercher quelle est la la valeur de l'affirmation de Luther, de voir si réellement jusqu'alors tous les docteurs catholiques avaient entendu ce passage de saint Paul dans le sens de la justice de Dieu qui punit. Or, ni Kôstlin, ni aucun autre théologien protestant n'a entrepris ce travail ; pas un d'entre eux n'y a même songé. De confiance, ils ont accepté et acceptent encore pour vraies les paroles de Luther.

J'ai fait sur cette question l'enquête qu'ils ont oubliée, et j'en ai consigné les résultats dans un supplément au premier volume3. Je n'ai pas travaillé en pure perte puisque voici le résultat de mes recherches : Pas un seul écrivain catholique, depuis VAmbrosiaster jusqu'à

i. Rom. I, 17.

2. Luthers Théologie, 2' édit., I, 22. C'est moi qui souligne.

S. Voir t. I, p. xiv-xvh (N. d. T.).

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