‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 224 sur 283 · DEGOUT DE LA JUSTICE PROPRE · texte numérisé non relu

DEGOUT DE LA JUSTICE PROPRE

œuvres extérieures, mais aussi des sentiments intérieurs ; partant, on ne doit ni se mettre en colère, ni avoir des sentiments de haine, car « quiconque hait son frère est homicide j . » « Cette intelligence spirituelle de la loi la rend impossible à accomplir ; par contre, elle porte l'homme à douter de ses forces et à s'humilier, car personne n'est exempt de la colère et de la concupiscence : nous sommes tous ainsi de naissance2 ».

S'il en est ainsi, on comprend que Luther dut finir par prendre en dégoût la pratique des vertus, la justice propre. Cette justice ne pouvait que lui paraître présomptueuse, arrogante, insolente et, par là même, coupable : elle prétend effacer une chose qu'elle ne peut efîacer, elle pousse l'homme à une fausse confiance en ses œuvres. « Toutes nos œuvres de justification sont des péchés », dit-il dès lors dans son sermon de i5i53. Delà encore cet avertissement: Désespère de toi-même et de toutes tes œuvres î Croire arriver à quelque chose par nos méditations, nos désirs et nos efforts personnels, n'est que « sagesse, prudence de la chair ». Or, cette sagesse, cette prudence doit s'effacer, se taire et chercher humblement secours ailleurs. Mais

î. I Jean, 3, i5.

2. Avent de i5i6, Weim., I, io5. Après avoir dit qu'un premier but de l'Evangile était d'interpréter la loi ancienne, il ajoute : « Hœc est litera « non occidcs », scil. de opère tantum externo intelligendo... Sed spiritualis intelligentia est illa : « Non occides corde seu spiritu », i. e. non irasceris, non odies... Haec autem intelligentia legis spiritualiter multo magis occidit, quia facit legem impossibilem impletu ac per hoc hominem de suis viribus desperatum et humiliatum, quia nullus est sine ira, nullus sine concupiscentia : taies sumus ex nativitate. »

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