‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 25 sur 283 · Erl., 1, 161 (i · texte numérisé non relu

Erl., 1, 161 (i

46 tE MARIAGE CONDAMNÉ PAR LE PAPE

ment à la chasteté que j'ai renoncé, car Dieu lui-même appelle l'état conjugal une chasteté, une sanctification et une pureté *. Or, cette sanctification, cette pureté et cette chasteté véritable, je les ai renu es comme si elles n'étaient qu'impudicité, comme si je ne pouvais être chaste à moins de renoncer à une chasteté que Dieu a exaltée, qu'il a prescrit de garder en tout honneur. Ainsi, par son vœu de chasteté, le moine ne peut avoir en vue que de renoncer au mariage, et ce renoncement implique que le mariage est une impudicité. Autrement, que signifierait son vœu de chasteté ? Or, par là, d'abord il blasphème contre Dieu : il taxe Dieu de mensonge, lui, sa création et sa parole» puisque Dieu loue cet état comme honnête, chaste, pur et saint ; ensuite il insulte tous ceux qui sont entrés dans l'état conjugal ; d'après le sens véritable de son vœu, la condition de père et de mère de famille doit nécessairement être et s'appeler une condition impudique, tous les enfants nés dans le mariage être et s'appeler des enfants d'impudicité, tout comme s'ils étaient des fils de prostituées... Un tel vœu n'cst-il pas impie, menteur, honteux? N'est-ce pas là un véritable aveuglement2? » Ou plutôt tout ce que dit ici Luther n'est-il pas impie et menteur, et le signe du plus étrange aveuglement ?

Remarquons d'abord que dans le vœu de chasteté perpétuelle est comprise aussi la promesse de s'abstenir de tous les actes intérieurs et extérieurs con-

i. I Thess. 4, 3 etsuiv., Hebr. i3, 4. a. Erl., 3i, 297 (i533).

traires à la vertu de chasteté ; cette continence est déjà commandée par le précepte et la vertu de chasteté, mais, par le vœu de chasteté, on s'y oblige à nouveau. Néanmoins (et dans les sophismes de Luther il n'y a pas un mot à ce sujet) cette obligation n'est qu'une conséquence de l'objet premier et principal du vœu, c'est-à-dire une conséquence de l'abstention du mariage et du renoncement aux plaisirs charnels, puisque, dans l'état conjugal, ces plaisirs ne sont pas déshonnêtes, mais permis» C'est pourquoi plusieurs scolastiques ont employé l'expression de vœu de continence1, ou même de vœu de virginité2, plutôt que celle de vœu de chasteté, et, comme idée fondamentale du vœu de chasteté, ils ont donné le renoncement au mariage3. C'est de cette manière qu'en i5i8, alors qu'il n'était pas si formidablement entraîné par la haine, Luther lui-même interprétait cette expression de vœu de continence*. Mais en i533, alors que pour jeter le mépris sur l'Eglise, tout moyen lui était devenu bon, il ne recule même pas devant la calomnie :

i. « Votum continentiœ ». Voir, par ex., S* Thomas, De perfect. vitx spirit ; c. 8, 9 ; il y emploie seulement l'expression «proposition continentiœ », dans le sens de «a matrimonio abstinere». Voir surtout a* a", qu. 186, a. k : Utrum perpétua continentia requiratur ad perfectionem religionis; ici encore il oppose la continence au mariage. De môme saint Bonavcnture, 4 Sent. dist. 38, a. 3, qu. 1 ; qu. 3, etc.

a. a Votum virginitatis. » S' Thomas, Contra retrah. a religionis ingressu, c. 1 ; et 3* s", qu. 1S6, a. 4.

3. S* Thomas, Contra impugn. religionem c. 1 : « votum castitatis, per qaod abrenuntiatur conjugio ».

4. De decem prœceptis. Weim..., I, 483, si : « sacrilegium, quod est cum religiosus, sacerdos, montalis et omnes alii, qui Deo continentiam voverunt, fornicantur »,

d'après lui, si les moines renonçaient au mariage, c'était comme à une chose illicite et déshonnête ; alors qu'en réalité, ils le plaçaient simplement après la virginité, comme un moins parfait après un plus parfait.

Par ses assertions de i533, Luther est en pleine contradiction avec tout ce qu'il avait dit en i52i et les années suivantes, à savoir que le pape se bornait à interdire le mariage sans toutefois le condamner et le déclarer criminel. Ainsi donc, ces années-là, il n'avait pas encore découvert que par le vœu de chasteté on renonçait au mariage comme à un état déshonnête ! En i523 encore, comme fruit et avantage de la virginité sur la terre, il donnait la facilité de mieux servir Dieu : « car lorsque l'on est marié, l'on ne peut pas s'adonner totalement à la lecture et à la prière, mais, comme le dit ici saint Paul *, on est partagé, c'està-dire obligé d'employer une grande partie de son temps à chercher à plaire à son mari ou à sa femme ; comme Marthe, on est astreint à beaucoup de préoccupations que cause la vie conjugale. Une vierge, au contraire, n'est pas tiraillée par de telles sollicitudes; elle peut se donner entièrement à Dieu. Par là, toutefois, V apôtre ne veut pas condamner le mariage ; il ne dit pas qu'une personne mariée... soit séparée de Dieu ; il dit qu'elle est partagée, et qu'elle a beaucoup de soucis, qu'elle n'a pas toujours la liberté de prier et de s'occuper de la parole de Dieu) quoique eux aussi ses travaux et ses soucis soient bons, il est toutefois bien

i. Luther parlait de la I" Epitre aux Cor. 7, 33.

meilleur d'avoir toute liberté pour prier et s'adonner à la parole de Dieu, car par là, on est utile et on vient en aide à un grand nombre de personnes et même à toute la chrétienté {. » Malgré ces avantages de la virginité, du célibat, spécialement pour les ministres et les prédicateurs de la parole de Dieu, saint Paul, dit Luther, ne condamne pas le mariage. Que s'ensuit-il? C'est que l'Eglise et le pape ne le condamnent pas non plus, bien qu'ils le mettent au-dessous de la virginité, et qu'en renonçant pour toujours au mariage, le religieux ne le regarde pas néanmoins comme un péché et une impudicité.

Le reproche que Luther fit plus tard à l'Eglise et au pape n'a aucun fondement ; depuis longtemps rebattu, il est depuis longtemps réfuté. Il a pour base une idée complètement erronée, et imaginée par Luther contre l'Eglise, idée qu'il avance non seulement à propos du mariage, mais sur d'autres points encore2 : c'est que reconnaître un état de vie comme meilleur, plus élevé, plus parfait, suppose la condamnation de tout autre &êat comme mauvais et repréhensible. G'estdece fauxprincipe qu'aujourd'hui encore, dans leurs attaques contre l'Eglise, partent çà et là les théologiens protestants3.

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