JUSTES SEULEMENT EN ESPÉRANCE
Après avoir longuement exposé ces pensées, il écrit : « La passion, le foyer du péché, la concupis^ cence, autrement dit l'inclination au mal et la difficulté de faire le bien, voilà le péché ». Les a œuvres du péché », c'est-à-dire les péchés actuels, sont « les fruits » les œuvres « de ce péché! », c'est-à-dire de la concupiscence i. Pour celui-ci, u Dieu le remet par miséricorde en ne l'imputant pas à ceux: qui s'en reconnaissent coupables, à ceux qui le confessent, le détestent et demandent d'en être délivrés. C'est une erreur de dire que ce mal peut être guéri par les œuvres ; l'expérience démontre, en effet, que malgré toutes nos bonnes œuvres cette inclination au mal demeure en nous. Que, tout; en demeurant, elle ne soit pas comptée comme péché à ceux qui invoquent Dieu et soupirent après leur délivrance, c'est un effet de sa miséricorde. Ceux qui se comportent ainsi se gardent facilement des œuvres, parce que leur plus grande sollicitude est d'être justifiés. Ainsi donc, en nous-mêmes nous sommes pécheurs, et cependant justes par la foi, grâce à l'imputation de Dieu, parce que nous croyons à sa promesse de nous
vent être qualifiés de « sanandi », en ce sens que peu à peu ils doivent se guérir des suites du péché originel restant après la justification, puis de leurs fautes personnelles. Mai? on n'est pas autorisé à entendre ce mot dans le sens de « justijîcandl », car la rémission des péchés est accomplie par l'infusion de la grâce intérieure au moment même do la justification. Note du P. Weiss.J
i. Voir la note suivante ainsi que le Commentaire sur l'Epître aux Romains, fol. i5o, i5o", i52, etc. [Ficker, II, 117, 33 etsuiv. ; 118, a8 ; m, 1 et suiv.]. Au folio i5ob [Ficker, II, 118, 28], Luther écrit : « Peccata actualia, prsovaricationes, quas operatur malum fomitis », c'est-à-dire le péché originel.
délivrer ; comme condition il faut seulement que nous nous eflorcions avec persévérance de ne pas laisser le péché dominer en nous, et que nous le réfrénions jusqu'à ce que Dieu l'efface », à savoir par la mort. Après une comparaison avec le malade, le médecin et le bon Samaritain, Luther conclut : « Ainsi donc [ce justifié] est-il parfaitement juste? Non, mais juste en même temps que pécheur : pécheur en fait, juste par l'imputation de Dieu et la promesse assurée qu'il lui a faite de le délivrer du péché, en attendant de l'en guérir complètement. Cet homme est donc parfaitement guéri en espérance, et pécheur en réalité, mais possédant lo commencement de la justice, afin que se sachant toujours injuste, il la cherche toujours davantage K
j. « ... Peccatum autem ipsa passio, fomes et concupiscentia, sive pronitas ad malum et difiicultas ad bonum... opéra peccati (peccata actualia) fructus sunt hujus peccati. » Puis, il ajoute sur la concupiscence identifiée avec le péché originel : « Hoc malum, cum sit rêvera peccatum, quod Deus remittit per suam nonimputationem ex misericordia omnibus, qui ipsum (peccatum) agnoscunt et confitentur (par là, il entend l'aveu simple, et non l'aveu en confession) et odiunt et ab eo sanari petunt... Et error est, quod hoc malum possit per opéra sanari, cum experientia testetur, quod in quantumlibet bene operemur, relinquitur concupiscentia ista ad malum, et nemo mundus ab illa, nec infans unius diei. Sed misericordia Dei est, quod hoc manet et non pro peccato reputatur iis, qui invocant eum, et gemunt pro liberatione sua. Taies enim facile et opéra cavent, quia quœrunt justificari omni studio. Sic ergo in nobis sumus peccatores, et tamen reputante Deo justi per fidem. Quia credimus promittenti, quod nos liberet, dummodo intérim perseveremus ne peccatum regnet, sed sustineamus ipsum, donec auferatur ipsum... Numquid ergo perfecte justus ? Non, sed simul peccator et justus ; peccator rêvera, sed justus ex reputatione et promissione Dei certa, quod liberet ab illo, donec perfecte sanet. Ac per hoc sanus perfecte est in spe, in re autem peccator, sed initium habens justitias, ut