‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 53 sur 283 · CAS DE DIVORCE · texte numérisé non relu

CAS DE DIVORCE

Si dans le mariage on met en première ligne l'assouvissement de l'ardeur de la chair, d'instincts sexuels indomptables, c'en est alors vite fait aussi d'un autre bien du mariage, la fidélité et l'indissolubilité. De fait, Luther arriva promptement à en dépouiller l'union conjugale. En i5ao, il se demande ce que devrait faire une femme qui ne pourrait avoir d'enfants de son mari, ou qui ne pourrait rester dans une continence où elle se trouverait condamnée malgré elle1. 11 lui conseille de demander le divorce à son mari, afin de pouvoir se remarier. Que s'il s'y refusait, elle devrait alors avec son consentement, et puisqu'il n'était plus son mari, s'unir2 à un autre, à son beau-frère, par exemple, mais toutefois en mariage secret; et l'enfant qui naîtrait ainsi devrait être attribué au premier mari. Si celui-ci ne voulait pas non plus consentir à cette combinaison : « plutôt que d'admettre qu'elle dût brûler de désirs inassouvis ou être adultère, ajoute le Réformateur, je lui dirais de se remarier et de s'en aller en un lieu inconnu et éloigné. Quel autre conseil peut-on donner à qui est exposé sans relâche à succomber à la passion 3 ? »

i. « Aut non possit continere »(Weim., VI, 558, 22 : i52o, Decaptivitate Babyl.) ; et dans l'allemand de Luther. « Si un homme ne pouvait satisfaire suffisamment les ardeurs de sa femme, elle devrait en chercher un autre ». Erl., 20, 60 ; Weim., X, P. Il, p. 278, i5).

a. « Misceatur ». Weim., VI, 558, 26.

3. De Captivitate Babyl. , Weim, VI, 558 ; reproduit dans Erl. 20, 60, Weim., X, P. II, p. 278, 19. C'est de ce passage que parle le duc Georges, dans la lettre citée ci-dessus, t. I, p. 28. Comme nous l'avons vu au même endroit, lorsque les difficultés viennent de la femme, le « Réformateur » donne au mari des conseils analogues. Pour ceux qui lui reprochaient l'enseignement qu'on vient de lire, enseignement tiré de la Captivité de Babylone, il avait l'audace de dire qu'ils étaient des « menteurs pervers »

S'enfuir dans un autre pays, et là se remarier s'il ne peut se contenir, c'est aussi le conseil que Luther donne à un adultère, si la législation de son pays ne Tapas fait mettre à mort1.

Si une femme ne veut pas se prêter au devoir conjugal, le mari doit se dire « que des voleurs lui ont enlevé et tué sa femme, et que dès lors il peut s'attacher à une autre2. » Lorsqu après une séparation, quelqu'un veut se réconcilier et que l'autre partie n'en veut pas entendre parler, le premier a le droit de se remarier. La raison en est toujours la même : c'est si l'on ne peut se contenir, c'est l'impossibilité, à laquelle Dieu n'oblige personne 3.

(Erl., 20,60; Weim„ X, P. II, 278, i5. — (N.d.T.) : L'Eglise catholique reconnaît l'impuissance comme cas de nullité de mariage, mais elle n'admet pas la possibilité des unions clandestines dont parle Luther, qui mèneraient à de9 désordres véritablement répugnants.

1. Erl., ao, 71 ; Weim., X, P. II, p. 289, i5. — (N. d. T.): Ces mots font écho à une théorie radicale de Luther : le pouvoir temporel aurait dû mettre l'adultère â mort ; ainsi la question aurait été simplifiée : de la partie infidèle il n'y aurait plus eu à s'occuper, et l'autre aurait pu se remanier. Voir, par ex. Weim. X,P. II, 289, 9 et suiv., ci-ap., p. nti. — On peut consulter aussi notre article de la Revue du Clergé français, (i5 mai 191 1) : L'état religieux et le mariage d'après Luther ; on y trouve un précis des théories de Luther sur les cas de divorce.

a. Erl., 20, 73 ; Weim.. X, P. II, p. 200, 23.

3. Weim,, XII, 119 (sur Le VU* chapitre de la I" Epitre de saint Paul aux Corinthiens, i523) : « Mais supposons que l'une des parties (des deux époux) ne voulût pas se réconcilier avec l'autre (a;>rès qu'ils se sont séparés) et qu'elle voulût absolument rester seule; si l'autre ne pouvait se contenir et qu'elle eût besoin du mariage, que devrait-elle faire? Pourrait-elle modifier cette situation ? Oui, sans aucun doute. Car, du moment qu'il ne lui est pas commandé de vivre chaste, qu'elle n'en a pas la grâce, et que l'autre partie ne veut pas de la cohabitation, et qu'ainsi elle est privée d'un corps

Page 1