‹ Luther et le Luthéranisme (volume 3)Chapitre 276 sur 290 · G8 ERREURS DE HARNA.CK · texte numérisé non relu

G8 ERREURS DE HARNA.CK

que Reichenaii, Waldkircli, Siickingen, à l'époque de la décadence de l'Ordre. Du reste, lorsque Harnack écrivait cette phrase, songeait-il à la quantité énorme d'abbayes et de cloîtres qui jusqu'à la fin du \ii' siècle ont continué de couvrir le sol de la France, de l'Allemagne et de l'Italie, et à la multitude de ceux qui les habitaient ? Alors même que tous les nobles de cette époque seraient entrés dans les monastères, ils n'auraient pas suffi à atteindre le nombre de ceux qui étaient alors dans les abbayes et dans les cloîtres.

Harnack et autres sont donc tombés ici dans une erreur grave : elle vient surtout' de ce qu'ils ont mal interprété les chroniques, qui, en effet, en règle générale, ne parlent que de l'entrée de nobles dans les monastères. Pourquoi? Parce que, de fait, il n'y avait que des nobles à y entrer ! Du tout, mais parce qu'ils font sensation quand ils choisissent la vie religieuse, et qu'il n'en est pas ainsi pour le commun du peuple. 11 eu est encore de même aujourd'hui. Ainsi, mon entrée au couvent, à moi, n'a pas fait aboyer un chien, tandis qu'à qui mieux mieux les journaux renseignèrent sur l'entrée de l'un de mes confrères de noviciat, qui appartenait à une ancienne famille de doges de Venise. Dans ces dernières années, j'ai souvent entendu dire : Chez les bénédictins d'Emaus et les bénédictines de Sain t-Gabriel

I. Je dis surloul, car de cette méprise, il y a aussi d'autres raisous, [)ar exemple, qu'à de certaines époques, on trouve les emplois et dignités des abbayes occupés par des nobles ; mais, étant donnée la situation que les abbayes avec leurs abbés avaient alors par rapport au monde extérieur, étant données les vastes possessions qui venaient des nobles, etc., cela est très facile à comprendre.

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à Prague, il n'y a que des nobles. Pourquoi ? Parce que, eu règle généiale, les journaux ne parlent que des nobles qui y eutrcnt ; mais, en réalité, dans ces deux maisons, il y a plus de non-nobles que de nobles. Le monde est toujours le même.

11 faut porter le même jugement sur cette autre affirmation de Harnack que les écoles des monastères n'étaient ouvertes qu'à la noblesse ; naturellement, ici encore ce n'est qu'une supposition toute gratuite, qui vient en grande partie de la même méprise que la précédente. Les cbroniques ne parlent guère de ces écoles que lorsque quelque grand seigneur y envoyait ses enfants. Bien entendu il y eut des différences selon les époques. Mais il y a un point de certain : c'est que précisément dans ce xr siècle dont Harnack aime tant à parler, après la triste époque précédente, l'ordre bénédictin donna sans distinction l'instruction au pauvre comme au riche ^ Mais poursuivons : est-il

I. Dans la VitaS. Guillclmi abbatis Dlvioiiriisis, écrite à l'époque, on dit do lui : (( Cernens vigilantissiuius Pater, quoniam non solum illo in loco (Fiscamni), sed etiam per totam provinciani illani, necnon pcr totam Galliani in plebeiis maxime scientiam psallendi ac legendi deficere et annullari clericis, inslituit scolas sacri ministcrii, quibns pro Dei amore assidui instarent fratres hujus olTlcii docli, ubi siquideni fjraiis largircliir cunctis doclriiiœ bcncficium ad cœnobia sibi commlssa conilnentibus '. nullusqiii', qui ad hœc vellet acccdcre, prohibcrclur ; quin polius, tam servis (luain libcris, divitibus cum Cf^enis, uniforme caritatis impcnderetur documentnm. Pluros etiam... utpote rerum tenues, accipiebant victum, e\ quibus qiioque nonnulli in sanclir conversationis monacliorum devencre habitum. » (Acta SS. O. S. Ben., sxc. VI, p. i", Venotiis, p. ago, n. i/i). Sur les écoles externes dans les abbayes bénédictines et l'enseignement pour les laïques, voir U. Beulière, Les écoles abbatiales au moyen âge ; Ecoles externes : dans la Revue bénédictine, 1889, T. VI, p, igy et suiv. ; à la p. DoG,

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vrai que pour la masse grossière du peuple, le monastère restait aussi fermé que le manoir ? Et qui donc a nourri le peuple pendant ces siècles? Pourquoi était-ce surtout autour des abbayes bénédictines que l'on s'établissait, formant ainsi des colonies qui ont donné naissance à de nombreuses localités ? D'où vient le proverbe : « 11 est bon de vivre sous la crosse ? » A quoi servaient les hôpitaux et les églises paroissiales appartenant aux abbayes ? Aux nobles, peut-être? Mais il suffit, car ce sujet n'entre pas dans le plan de cet ouvrage ; si je l'ai eflleuré en passant, c'est fjue j'y ai été amené par les assertions de Harnack.

Ce qu'il dit de saint François d'Assise et de sa création au xiu'' siècle n'est pas moins obscur que ce qui précède; et les contradictions n'y mancjuent pas non plus. Nous lui avons entendu dire qu'au xi'= siècle Cluny avait eu pour programme de donner un ujodèle de la vie chrétienne à toute la chrétienté. Or, cinq pages plus bas il écrit ^ : <.( Le premier, François d'Assise a donné au monachisme une mission spéciale pour toute la chrétienté ! » Comment ces déclarations s'accordentelles ? Il est vrai qu'à la page où il parle de François,

on trouve, avec des explications, le texte qu'on vient de lire. En Allemafrne et dans les pays limitrophes, il y eut des écoles externes de ce genre attachées aux abljayes bénédictines, par exemple à Gcmbloux au xT siècle (CI'. GesUi abb. Gemblacnis., dans Mon. (ierm., S.S. VIII, p. 5'io-5'iij, à ïcgernsee, à Hersield, etc. Parmi ceux qui les fréquentaient, se trouvaient toujours aussi des clercs ou des prêtres qui n'appartenaient pas à la noblesse. Que celui q\ii le nie essaie de prouver le contraire. I. Df/s Moncliliirn, p. 5o.

LES ORDRES MENDIANTS Sy I

Harnack, afin de micu\ l'exalter, limite le programme de Cluny : les moines de Cluny n'avaient eu en vue que le clergé, François n'avait pas fait de distinction. Mais cinq pages plus haut, les moines de Cluny, eux non plus, n'avaient pas fait de distinction ; ils avaient eu en vue toute la chrétienté, par conséquent pauvres et riches, clergé et peuple. En outre, François d'Assise n'avait pas « voulu fonder un ordre nouveau » ; « c'est contre sa volonté que sa création en vint à appartenir au monachisme '. Et pourtant, Harnack vient de nous dire que François a donné « au monachisme n une mission nouvelle pour toute la chrétienté ? Mais quand? Alors que son institution n'appartenait pas encore au « monachisme »? A cette époque, il n'a évidemment pas indiqué au « monachisme » une mission nouvelle, puisqu'il ne lui en a pas indiqué du tout. Est-ce plus tard ? Mais quand est-ce donc que l'institulion de saint François entra dans le « monachisme » ? Je demande des notions claires et précises. C'est d'après ces données fantaisistes que l'on taille de grandes époques dans l'histoire : Réforme de Cluny, François d'Assise ! Plus c'est nébuleux et plus c'est original et génial !

Tout l'opuscule, mais particulièrement ce qui a trait à saint François, paraît écrit pour des lecteurs hors d'état de contrôler les assertions qu'on y trouve. Des lecteiirs de ce genre accepteront sans doute tout simplement cette affirmation que François « a rendu l'Evangile au peuple, qui. jusque-là, n'avait eu que le

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