‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 178 sur 312 · SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS

De là découlent d'autres pensées de saint Thomas sur les mortifications. « La mortification du corps par les veilles et les jeûnes n'est agréable à Dieu qu'autant qu'elle est l'œuvre d'une vertu, et elle n'a ce caractère que lorsqu'elle est pratiquée avec la discrétion voulue, c'est-à-dire si elle réfrène la concupiscence sans trop accabler la nature^ ». « La saine raison ne permet pas de se priver de nourriture au point de nuire à sa vie^ ». Se référant aux Collations des Pères, de Gassien, saint Thomas enseigne que l'ordre le plus élevé n'est pas celui où règne la plus grande austérité, mais bien

qucc sunt ad finem. In eo autem quod quacritur tamquam finis, niilla mensura adhibetur, sed quanto majus fuerit, tanto melius se habet ; in eo autem quod qaœrilur propter finem, adhibetur mensura secundum proportionem ad finem : sicut medicus sanitatem facit quantum potest ; medicinara autem non tantum dat quantum potest, sed quantum videt expedire ad sanitatem consequendam. Et similiter bomo in fide, in spe et in caritate nullam mensuram débet adbiberc, sed quanto plus crédit, sperat et diligit, tanto melius est, propter quod Deul, 6, 5 : « Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde luo. » Sed in exterioribus aclibus est adhibenda discretionis mensura per comparationem ad caritatem. » Puis, saint Thomas cite le passage de saint Jérôme que nous avons donné plus haut, p. 2G2, n. 2.

1. a* 2", qu. 88, a. 2, ad 3 : « Dicendum quod maceratio proprii corporis puta per vigilias et jejunia non est Deo accepta, nisi inquantum est opus virtutis, quod quidem est, inquantum cum débita discretione fit, ut scil. concupiscentia rcfrenetur et natura non nimis gravetur. »

2. Ibid., qu. 1A7, a. I, ad 2 : « Non ratio recta tantum de cibo subtrahit, ut nal'.ira conservari non possit. » A l'appui de sa thèse, saint Thomas cite saint Jérôme : « De rapina holocaustum offert, qui vel ciborum nimia egestate, vel somni penuria corpus immoderate afïligit. » Ce passage est tiré de De consecrat., V, Non med.ocriter, c. 2/1. Toutefois cette règle vient surtout de la Régula Monachorum (Mîgne, Patr. lat., t. 3o, c. 33o et suiv.), où l'on recommande le « ne quid nimis » à propos du jeûne (c. i3, c. 353).

celui OÙ (( la prudence a su le mieux ordonner cette austérité par rapport à la fin de l'ordre^ ». Dans les ordres, les austérités ne sont même que des accessoires ayant pour but d'éloigner les religieux du vice et de leur faciliter le progrès dans la voie de la vertu 2 ; elles ont pour fin de nous aider à conquérir la maîtrise sur nous-mêmes 3.

Dans ce qui précède, saint Thomas résume la doctrine de Tantiquité chrétienne et de son époque sur le but des œuvres de pénitence et la discrétion avec laquelle il faut les pratiquer. C'est pourquoi nous ne trouvons pas ici la moindre différence, si petite soit-elle, entre lui et les autres docteurs, ce qui, on le sait, n'est pas le cas sur bon nombre d'autres points. Néanmoins, nous allons encore passer en revue quelques-uns des maîtres les plus importants depuis l'époque de saint Thomas jusqu'à celle de Luther.

Le Franciscain David d'Augsbourg, de quelques années plus âgé que saint Thomas, et dont les œuvres eurent une vogue immense pendant tout le moyen âge, s'exprime au sujet des mortifications comme tous les autres maîtres de la vie spirituelle. Il est contre ces moines qui les regardent comme l'idéal suprême de la vie monastique, et qui, par contre, négligent ce qui en est l'essentiel : le progrès dans la vertu. Ces

1. 2' 2'% qu. 188, a. 6, ad 3. Voir, ci-dessus, t. I, p. 3ii, n. i.

2. Contra retrahentes a religionis ingressu, c. 6 : « Adduntureliam in religionis statu multae observantiœ, puta vigiliarum, jejuniorum et sequestrationis a saîcularium vita, par quae homines magis a vitiis arcentur, et ad virtutis periectionem facilius pro moventur. »

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