RAYMOND JORDAN. S. LAURENT JUSTINIEN
voie la plus directe pour aller à Dieu, il dit : « Ceux qui font des pèlerinages, qui mortifient leur chair par des pénitences et donnent l'aumône, sont souvent assaillis par le vent de la vaine gloire, et alors qu'ils croient s'adonner à la pénitence, ils tombent dans l'enfer. Ainsi, Seigneur Jésus-Christ, dispensateur de la charité, ce ne sont pas les jeûnes, les prières et les aumônes qui nous mènent directement à toi, c'est la charité : ton amour est le chemin le plus direct, et l'on ne risque pas de s'y égarer, etc. ^)). Il n'y a que la charité, écrit-il encore, à protéger l'homme de toutes parts^, tandis que les autres vertus n'ont qu'un seul côté en vue ; l'abstinence, par exemple, ne nous protège que contre la gourmandise. Du reste, l'aumône et le jeûne (pour ne nommer que ces deux-là) n'auraient aucune valeur s'ils n'étaient dirigés et protégés par la charité 2 ».
C'est un simple écho de Hugues de Saint-Victor qu'au commencement du xv' siècle nous trouvons en Italie dans la bouche de saint Laurent Justinien : (( C'est pour chacun de nous une nécessité absolue d'observer fidèlement l'art de la sobriété, en détruisant les vices et non la chair. Il n'est pas rare, en effet, qu'en poursuivant en elle un ennemi, nous égorgions aussi le compagnon que nous chérissons 3 ». Et le
1. Contemplationes de amore divino, c. 17 (op. Sommalii, Venetiis, 1718, p. 337). Voir en outre S' Thomas, ci-dessus, p. 263, n. /».