‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 201 sur 312 · Ibid., p. 787, n · texte numérisé non relu

Ibid., p. 787, n

29^ LES DIRES DB LUTHER APRÈS l53o

demandé ni par les règles ou les traditions de son ordre, ni par l'Eglise. Bien au contraire, son ordre et TEglise se prononçaient très énergiquement contre le manque de pondération dans la pratique des pénitences corporelles, à tel point qu'en ce cas ils les regardaient comme sans valeur, précisément parce que la discrétion y faisait défaut ; les premiers témoignages de Luther concordent pleinement avec cette doctrine. La preuve de ces affirmations se trouve dans les trois paragraphes précédents. Le premier nous a même conduits à cette conclusion qu'il ne peut être question ici que des cinq premières années de la vie de Luther au couvent.

Qui donc lui enseigna, qui donc lui permit d'employer tous les moyens d'un « ascétisme massif », d' (( endurer le froid » jusqu'à en mourir, de s'exténuer par les jeûnes, les veilles et les macérations de la chair ? Serait-ce lui-même ? Il est à peine possible que a le plus grand homme de l'Allemagne)), ce «génie sans pareil », cet homme unique et dont l'intelligence n'a pas connu les progrès ordinaires, ait agi d'une manière si insensée, et cela, d'autant plus que Luther n'a pris l'habit religieux qu'à vingt-trois ans, à un âge où l'homme est formé. De plus, alors il était déjà maître en philosophie ; suivant les paroles de Mélanchthon, « il sétait déjà attiré l'admiration de l'Université par son esprit supérieur^ ». 11 est impossible que cet homme si fêté se soit laissé surpasser par ce païen d'Aristote, qui savait pourtant que tout bien et en

I. Voir Kôstlin-Kawera.u, M. Luther, sein Leben und seine Schriften (Berlin, 1908), I, 44*

SON NOVICIAT Et SON « PRÉCEPTEUR )) 3^7

général toute vertu n'est possible qu'avec la prudence^.

En outre, s'il est une époque où Luther ne fut pas abandonné à lui-même, c'est bien dans les années qui suivirent son entrée au couvent. Après la vêture, il fut, suivant les prescriptions de la Régie, placé sous la surveillance du maître des novices, dont il dépendait en toutes choses et surtout en ce qui regardait les œuvres de pénitence 2. Parlant de la discrétion avec laquelle il faut savoir les pratiquer, saint Bernard n'avait-il pas dit : « Puisque sur la terre cet oiseau est si rare, que la vertu d'obéissance supplée chez vous, mes chers frères, celle de discrétion, en sorte que vous ne fassiez ni plus ni moins ni autre chose que ce qui vous est prescrit ^ », Quelques pages plus haut, nous avons entendu Gerson répéter cette maxime, et elle était un principe fondamental dans les communautés religieuses*.

Ainsi donc, pendant son noviciat, Luther eut à obéir au maître des novices, au a précepteur », comme on l'appelait encore. Peut-être eut-il le malheur d'avoir affaire à un maître absolument inexpérimenté, jeune,

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