‹ Luther et le LuthéranismeChapitre 227 sur 312 · MISÉRICORDE DE DIEU · texte numérisé non relu

MISÉRICORDE DE DIEU

pardon et désireux du salut de l'homme^ », bref, o en tant que Dieu clément, il aime mieux rendre meilleure une âme qui confesse ses fautes que de la perdre ))2.

Jeune moine, Luther apprit aussi par le bréviaire que ce n'est pas de nos œuvres, mais uniquement de la miséricorde et de la grâce de Dieu que TEglise attend le pardon des péchés. Pendant le Carême, il disait dans une hymne : « Qui pourrait nous purifier du péché si Dieu s'y refusait ? Et c'est précisément parce que, dans la pensée de l'Eglise, personne ne le peut qu'aussitôt après elle adresse à Dieu cette prière : « Pardonne-nous, parce que tu es puissant 3 )>. En conséquence, à l'enterrement d'un confrère, Luther récitait avec l'Eglise la prière suivante : « 0 Dieu, n'entre pas en jugement avec ton serviteur, car nul ne sera trouvé juste devant toi, si tu ne lui accordes toi-même la rémission de tous ses péchés ^ ». C'est Dieu qui justifie

1. « Deus veniaB largitor et humanae salutis amator ». Missel, fol. aSi.

2. Postcommunion de la messe Pro conjîtente peccata sua : (( Omnipotens et misericors Deus, qui omnem animam penitentem et confitentem tibi magis vis emendare quam perdere », Missel, fol. 228\

3. Dans l'hymne de matines pendant le Carême (Bréviaire, fol. 372) :

« Nostra te oonscientia Grave olîendisse monstrat, Quam emundfts, supplicamus, Ab omnibus pinculis Si renuis, quis tribuet?

Indulge, quia potens es », etc.

li. (( Non intres in judicium cum servo tuo, Deus, quia nullus apud te justificabitur homo, nisi per te omnium peccatorum ei tribuatur remissio ». Bréviaire, fol, 4a 7\

342 LES PRIÈRES DE l'ÉGLISE

le pécheur*. Il montre aux égarés la lumière de sa vérité, afin qu'ils puissent rentrer dans la voie de la justice 2. Même les « œuvres préparatoires », c'est-à-dire toutes ces bonnes actions qui précèdent la justification, et dont Luther parle encore dans son Commentaire sur VEpître aux Romains , ne peuvent être produites sans la grâce du Christ, car sans elle nous ne pouvons absolument rien pour notre salut, a 0 Dieu, dit l'Eglise, toi le protecteur de ceux qui espèrent en toi, toi, sans qui rien n'a de valeur, rien n'est saint, multiplie sur nous tes miséricordes, afin que, sous ta loi et ta conduite, nous passions à travers les biens du temps sans perdre ceux de l'éternité » 3. Cette oraison plaisait tant à Luther, que, même après son apostasie, il en traduisit en allemand la première partie, jusqu'aux mots « afin que » ; puis il prit la seconde partie d'une autre oraison que dans son missel et son bréviaire il avait récitée autrefois au moins sept fois par an : « 0 Dieu, de qui procède tous les biens, lisait-il dans cette seconde oraison, accorde à nos humbles prières que par ton inspiration nous pensions ce qui est bien et que par ton action nous

i. Dans le missel des Augustins, messe Pro amico peccatore, fol. 2 3 4" : « Deus qui justificas impium, et non vis mortem peccatoris ».

2. Oraison du ///* dimanche après Pâques : « Deus qui errantibus, ut in viam possint redire justitii», veritatis tuae lumen ostendis... ». Missel et bréviaire. Elle se trouve déjà dans le Sacramenlarium Leonianum, p. g.

3. Dans le missel des Augustins, comme d'ailleurs dans tous les autres missels, au III' dimanche après la Pentecôte : « Protector in te spérantium Deus, sine quo nihil est validum, nihil sanctum : multlplica super nos misericordiam tuam, ut te rectore, te duce »ic transeamus », etc. Bréviaire^ fol. i58*.

puissions Vaccomplir. Par Jésus-Christ, etc. ^ ». De ces deux parties, il composa une nouvelle oraison à Tusage des siens 2.

Que de fois dans son missel et dans son bréviaire ne trouvait-il pas des pensées de ce genre ! Qu'il me soit permis de m'étendre encore davantage sur cette théologie liturgique ; ce ne sera d'ailleurs qu'une pré-» pa ration aux chapitres qui vont suivre.

On ne lui laissa pas non plus ignorer que la simple connaissance du bien, autrement dit de ce que nous devons faire, à plus forte raison l'amour ou l'accomplissement de ce bien ou devoir une fois connu sont un effet de la grâce 3. La demande de cette grâce vient

1. Cinquième dimanche après Pâques : « Deus a quo bona cuncta procédant, largire supplicibus tuis, ut cogitemus te inspirante, quaî recta sunt, et te gubernante eadem faciamus. Per dom. nostrum Jesum Christum » etc. Cette oraison se trouve dans le missel {toi. 12 a") et dans le bréviaire des Augustins (fol. i45'). Mêmes pensées dans l'oraison du Sacramentarium Leonianum^ p. i3o : « Deus qui bona cuncta et inchoas et perficis, da nobis, sicut de initiis tuae gratis gloriamur, ita de perfectione gaudere ».

2. Voici l'oraison que composa ainsi Luther (Erl., 5G, 3/17) : « Dieu tout-puissant, toi qui es le protecteur de tous ceux qui espèrent en toi, sans la grâce de qui personne ne peut rien et devant qui rien n'a de valeur, accorde-nous ta miséricorde avec abondance, afin que par ta sainte inspiration, nous pensions ce qui est bien et que par ton action nous l'accomplissions ; au nom du Christ ton Fils et notre Seigneur ».

3. Mardi de la deuxième semaine de Carême : «... ut quee te auctore facienda cognovimus, te opérante impleamus ». Bréviaire, fol. 100. — Mercredi de la première semaine de Carême, oraison Super populum : « Mentes nostras... lumine tuœ claritatis illustra ut videre possimus quae agenda sunt, et quse recta sunt agere valeamus ». Missel, fol. 28. ~ XIIP dimanche après la Pentecôte ;

e//^-m^me d'une grâce de Dieu*. Toute preuve est ici inutile, car après avoir déjà formulé plusieurs de ses erreurs fondamentales et avoir commencé sa lutte contre les scolastiques, Luther lui-même en appelle sur ce point à la doctrine de V Eglise'^. « Pourquoi, s'écrie-t-il dans une apostrophe à ceux qui croyaient pouvoir d'eux-mêmes produire de bonnes pensées, pourquoi l'Apôtre fait-il cette prière : « Que Dieu dirige vos cœurs et vos corps ? )) Or, à proprement parler, ce n'est pas saint Paul qui s'exprime ainsi 3, c'est l'Eglise.

« Ut mereamur assequi quod promittis, fac nos amare qiiod prsecipis )). Ibid., fol. i/ia.

I. Mardi de la quatrième semaine de Carême, oraison Super populum : « Quibus supplicandi prscstas afTectum, tribue defensionis auxilium ». Missel, fol, /iG". — Samedi des quatre-temps de septembre : « ... ut salutis œternœ remédia, qiiœ te inspirante requirimus, te largiente consequamur )). Missel, fol. l'yf.

a. (c O Deus, quanto ludibrio sumus hostibus nostris. Non ita faciiis est bona intentio, nec in tua (bone Deus), o homo, potestate constituta, sicut nocentissime vel docet vel discitur Scotus, Ea enim prœsumptio est hodie perniciosissima, quod ex nobis fprmamus bonas intentiones, quasi sufïicientes simus cogitare aliquid ex nobis, contra expressam sententiam Apostoli. Inde securi stertimus, freti libero arbitrio, quod ad manum habentes, quando volumus, possumus pie intendere. Ut quid ergo Apostolus oral : « Dominus autem dirigat corda et corpora vestra » ? Et Ecclesia : « Sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procédant eloquia, dirigantur cogitationes et opéra »? Ilae sunt insidiae iniquorum, de quibus Ps. 5 : Interiora eorum insidia3 »; et Provcrb. ii : « In insidiis suis capientur iniqui »,

Non sic, impii, non sic I Sed opus est, ut prostratus in cubiculo tuo totis viribus Deum ores, ut etiam intentionem, quam prœsumpsisti, ipse tibi det, non in securitate a te et in te concepta vadas, sed a misericordia ejus petita et expectata ». Commentaire sur l'Epîire aux Romains, c. iZj, fol. 277 [Ficker, II, Sai] (i5i6),

3. S' Paul dit seulement (II ïhessal., III, 5) : Dominus dirigat corda vestra in caritate Dei et patientia Christi ». L'Eglise à ajouté ; « Et corpora ». Voir la note suivant*.

Mais par Tune des oraisons de Prime, la rédaction que cite Luther lui était très familière, i. Il ajoute; « Pourquoi l'Eglise demande-t-elle « que nous proférions nos paroles pour accomplir ta justice, que nos pensées et nos œuvres soient dirigées k cette fin? » Luther récitait aussi cette oraison à l'office de Prime 2, Il aurait pu et avec tout autant de raison s'appuyer sur une autre prière qui suit dans la même Heure '^ Cette prière que l'Eglise récite presque tous les jours: « O Dieu, de qui viennent les saints désirs, les bons conseils et les œuvres droites ^^ », il l'a traduite ainsi, alors qu'il était déjà hérésiarque opiniâtre : « Seigneur Dieu, Père céleste, créateur des saints désirs, du bon conseil, et des œuvres droites, donne à tes serviteurs cette paix que le monde ne peut donner, afin que nos cœurs s'attachent à tes commandements et que, grâce à ta protection nous passions notre vie dans le calme et à l'abri de nos ennemis, par Jésus-Christ, etc. «s.

I. Dans la Pretiosa : « Dominus autem dirigat corda el corpora vestra in caritate Dei et patientia Ghristi «. {Bréviaire^ fol. 73^

3. Ibid., fol. 72" : « ... Tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nullum declinemus peccatum, sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procédant eloquia, dirigantur cogitationes et opéra ».

3. Ibid., fol. 73 : « Dirigere et sanctLfîcare, regere et guberinare dignare Domine Deus, rex cœli et terre, hodie corda et corpora nostra, sensus, sermones et actus nostros in lege tua et in operibus mandatorum tuorum, ut hic et in eternum te auxiliante salvi et libtri esse mereamur, salvator mundi, qui vivis et régnas in secula seculorum ».

li, « Deus a quo sancta desideria, recta consilia et justa sunt opéra ». Ibid., fol. 434^

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